Les Filles ont la Peau Douce : Interview d’Axelle Stéphane pour La Cité Bisexuelle

Les filles ont la peau douce d'Axelle Stéphane

Interview accordée à La Cité Bisexuelle le 28 Avril 2010

Axelle Stéphane a 31 ans et vit à Paris. Quand elle a commencé à sortir avec des filles elle a eu envie de lire sur les relations entre lesbiennes et surtout sur le sexe. À son grand étonnement rien n’existait. Ses recherches l’ont même amenée jusqu’à San Francisco d’où elle est revenue bredouille.

Elle a donc pris sa plume et pendant quatre ans elle a écrit et interviewé des filles du milieu ou hors du milieu lesbien, des filles de tous âges, précoces ou tardives et pourquoi pas, des filles et des gars hétéros.

Voici comment est né Les filles ont la peau douce. Il s’agit d’un guide des relations entre filles. Ce dernier a été auto-produit du début à la fin. Pour ceux qui désirent en savoir plus sur l’auteure, vous pouvez aller faire une tour sur son blog en cliquant ici.

Peux-tu nous présenter ton livre ?

C’est un guide qui mêle des témoignages et des conseils pour les lesbiennes sur des thèmes aussi divers que la séduction, le sexe entre filles, le coming-out, la vie à deux, etc. Dans mon introduction, je recense quelques unes des questions auxquelles ce guide répond comme «comment rencontrer une fille ?», «comment savoir si je lui plais ?», «c’est comment de faire l’amour avec une fille ?» ou encore «dois-je le dire à ma famille ?».

Quelle approche as-tu employée pour éviter de tomber dans le style « manuel d’instruction » ?

C’est un peu un manuel d’instruction, type «self-help» américain. Je donne des conseils. Néanmoins, j’ai toujours été vigilante afin d’être à la fois le plus respectueuse possible de chacune et le plus fluide à lire. Mon objectif, c’est que ce guide se lise comme un roman. C’est pourquoi j’ai inventé trois personnages de filles que l’on suit tout au long du guide et dont les histoires – tirées de mon expérience et de mes entretiens avec d’autres filles – illustrent les idées qui sont présentées. Par exemple, quand je parle des techniques de drague, les filles racontent leurs expériences, les bonnes et les mauvaises. Cela permet de relativiser.

Quelles sont les choses que tu as découvertes pendant la recherche que tu as faite pour produire ton livre qui t’ont le plus étonnées ?

J’étais étonnée de découvrir que certaines filles étaient attirées depuis leur plus jeune âge par d’autres filles ; ce n’est qu’en grandissant qu’elles se sont aperçues que le monde était majoritairement hétérosexuel. Cela m’a confortée dans l’idée que l’orientation sexuelle est bien quelque chose de construit, d’où la difficulté d’être soi-même. J’ai aussi découvert la force de l’homophobie intériorisée qui rend difficile le fait d’assumer son attirance ou d’être soi-même dans l’espace social. C’est une clef de lecture importante pour comprendre certaines réactions.

Qu’est-ce qui t’a décidé à éditer toi-même ton livre ?

Cela  me trottait dans la tête depuis le début du projet. J’aimais bien l’idée de tout faire moi-même et de ne pas être dans le système, mais je ne me sentais pas les épaules pour mener à bien un tel projet (je n’y connaissais rien). J’ai donc démarché des maisons d’édition généralistes qui m’ont répondu que mon projet n’était pas dans leur ligne éditoriale… Quant aux maisons gays et lesbiennes, elles ne publiaient que des romans et n’étaient pas intéressées par un guide. Après une courte expérience avec un jeune éditeur qui a fait faillite, je me suis retrouvée avec un livre terminé mais sans éditeur. J’ai donc décidé de me lancer dans l’auto-édition, c’est-à-dire être auteure et éditeure. Avec le recul, j’en suis très contente ! J’ai beaucoup travaillé et tâtonné, mais c’était vraiment sympa de faire ça avec des copines pour au final donner naissance à un livre dont je suis fière.

Quels sont les questionnements les plus fréquents que tu as découverts chez  les filles qui découvrent leur attirance pour les autres filles ?

Je les résume dans mon introduction. Cela dépend un peu du stade d’avancement dans la découverte de ce que c’est d’être lesbienne ou bi aujourd’hui. Ça peut aller de «comment je peux reconnaître une fille attirée par les filles ?» à «comment faire l’amour avec une fille» en passant par «comment séduire une fille ?» ou «comment parler de mon orientation sexuelle autour de moi ?». Beaucoup de questions…

Dans ta recherche as-tu rencontré des filles bisexuelles et si oui leurs questionnements sont-ils différents des lesbiennes ?

Oui bien sûr. J’en ai rencontrées plusieurs. Certaines qui se définissaient bi puis au fil du temps lesbiennes, d’autres qui se sentent bi avant tout et certaines qui sont lesbiennes quand elles sont avec une fille et hétéros quand elles sont avec un mec. Et bien sûr, on est toutes (ou presque) sorties avec une fille hétéro qui ne s’assume pas bi. Leurs questions en tout cas sont sensiblement les mêmes. Mon livre est vraiment pour toutes les personnes se sentant femmes et étant t attirées par des femmes. Donc, ça parle aux filles bi bien sûr. C’était important pour moi de ne pas les mettre de côté, même si mon livre s’adresse principalement aux lesbiennes.

Voulais-tu dans ton écriture apporter une forme de réconfort aux filles qui découvrent leur attirance à l’égard des autres filles ?

Exact. Ce livre est celui que j’aurais aimé lire quand j’ai commencé à sortir avec des filles. C’est un condensé d’expériences, un peu comme 1 000 heures de discussion avec des copines sans tabou, ni cache-sexe. C’est aussi un livre qui fait plaisir à lire même si on connaît beaucoup de choses. Comme il y a des témoignages, ça peut rappeler des souvenirs, voir qu’on n’est pas seule et ça fait du bien. Ça réconforte. Enfin c’était mon intention et dans les témoignages que je reçois sur mon blog, j’ai l’impression que c’est réussi (ça fait plaisir).

Ton blog est-il une source d’inspiration pour d’éventuels projets d’écriture ?

Mon blog est surtout une façon de parler de mon guide et de tout ce que j’organise pour le faire connaître. Comme je suis auto-éditée, je ne dispose pas d’un réseau de vente très important (4 librairies et la vente en ligne sur mon blog). Il y a peu de chance que les filles tombent dessus par hasard… Alors, j’utilise mon blog comme une plate-forme. Cela me permet aussi de rentrer en contact avec beaucoup de lectrices, ce qui est très sympa. Des collaborations artistiques sont aussi nées de mon blog. Par exemple, Esher, une BD-blogueuse, a créé une planche sur mon livre et l’a mise en ligne sur son propre blog.

Penses-tu produire une suite à Les filles ont la peau douce et si oui peux-tu nous en parler un peu ?

Beaucoup de lectrices me posent cette question. Déjà, j’essaye de faire connaître mon livre, ce qui me prend beaucoup de temps. Mais c’est vrai que j’aimerais bien écrire d’autres ouvrages. Pas forcément la suite aux Filles ont la peau douce car pour moi, c’est une œuvre qui se suffit à elle-même. En revanche, je pense raconter l’histoire des trois filles dans un roman, écrire en collaboration avec des dessinatrices des livres illustrés pour enfants de parents LGBT ou encore collaborer à des revues sur ces sujets LGBT…Affaire à suivre en tout cas.

Interview Originale sur Bisexuelle.qc.ca

A propos de Isabelle B. Price

Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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