Mein Freund Aus Faro : Interview d’Anjorka Strechel, l’interprète de Miguel / Mélanie

Mein Freund Aus Faro : Interview d'Anjorka Strechel, l'interprète de Miguel / Mélanie

Interview accordée à Rachael Scott le 27 mai 2011 pour le site GaydarNation.com

Dans My Friend From Faro, Anjorka Strechel joue une jeune femme prétendant être un homme lorsqu’elle tombe amoureuse d’une jolie adolescente. Lorsque leur relation devient plus sérieuse, elle est forcée de reconnaître sa véritable identité face à sa petite amie mais aussi à elle-même.

L’actrice allemande de 28 ans livre une performance envoûtante et est devenue célèbre en Russie en remportant le Golden Eagle Award (l’équivalent russe des Oscars) de la meilleure actrice pour son rôle dans The Edge en 2010. Elle vit actuellement à Berlin.

Rachael Scott s’est entretenue avec elle de l’intrigant film de Nana Nuel.

Parlez-nous de vous…

J’ai commencé à jouer quand j’avais neuf ans au Théâtre Lüneburg où j’ai joué le singe Herr Nielson dans Fifi Brindacier. Après le lycée, j’ai suivi un cours de comédie dans une école de musique et de théâtre à Hambourg, puis j’ai travaillé au Théâtre d’Osnabrück pendant quatre ans. Pendant cette période, j’ai été l’actrice principale de deux longs métrages, My Friend From Faro and The Edge [Titre original : Krai].
Cette production russe a été nominée pour les Golden Globes en 2010 ainsi qu’aux Oscars russes. Krai a remporté le premier prix aux NIKA Awards en Russie et j’ai reçu le Golden Eagle pour ma performance. Donc en 2010, j’ai été sacrée actrice de l’année en Russie.

Qu’est-ce qui vous a attirée en premier dans ce script et chez votre personnage ?

Le script était génial. C’était une histoire formidable avec de l’humour et de l’émotion. C’est ce que j’ai aimé. Et en tant qu’actrice, c’est un challenge de créer un personnage qui a un secret, de changer d’apparence pour un rôle et d’être une personne différente de ce que vous êtes dans la vraie vie.

Pouvez-vous me parler de Mel et d’où elle en est dans sa vie au début du film ?

Mel est une femme de 22 ans qui ne se sent pas bien dans l’existence qu’elle mène. Sa mère est morte quand elle était assez jeune et elle vit avec son père et son frère Knut dans un petit village.
Elle veut partir faire le tour du monde avec Knut, mais quand il lui apprend qu’il va être père et que sa petite amie va emménager, elle se met en colère. Elle part conduire de nuit et soudain, une fille apparaît devant sa voiture. C’est l’accident. Quand Jenny et Bianca pensent que Mel est en fait Miguel, elle joue le jeu. Elle veut dissiper le malentendu, mais cette situation lui convient donc elle s’invente une nouvelle identité, et finalement, l’occasion de rétablir la vérité est passée.

Comment avez-vous appréhendé le fait de jouer une fille prétendant être un garçon ? Et dans quel état d’esprit vous êtes-vous mise pour jouer une adolescente ayant des doutes sur son identité sexuelle ?

Votre travail en tant qu’actrice consiste à identifier le principal problème de votre personnage et de montrer comment ce personnage gère cela. C’est un travail que vous effectuez pour chaque personnage que vous jouez. Mel a besoin de trouver son identité et sa vision de la vie en général. C’était intéressant de créer un personnage qui cherche sa voie dans la vie et qui peut évoluer au cours du film.

Pouvez-vous nous dire comment c’était de travailler avec Lucie Hollmann qui joue votre amoureuse ?

Lucie Hollmann est une actrice géniale. Elle est très sensible et intelligente. On s’est beaucoup amusées pendant le tournage du film.

Partagez-vous certains traits de caractère avec Mel ?

Mel est une solitaire, et c’est quelque chose que j’ai connu à l’école. J’ai fait beaucoup de sport dans ma jeunesse, donc je n’avais pas beaucoup de temps à passer avec des amis. Donc j’étais une sorte de franc-tireur. Je pouvais imaginer ce qu’a ressenti Mel quand Knut a coupé court à leur projet de tour du monde. J’aime jouer des rôles qui diffèrent de ma vie, c’est la raison pour laquelle je suis devenue actrice, donc je pouvais comprendre que Mel veuille changer d’identité.

Pourquoi Mel s’entiche-t-elle tellement de Nuno ?

Mel aime Nuno parce que lui aussi a un secret. Il est assez insaisissable et représente la liberté à ses yeux. Nuno représente le Portugal, la plage, la mer et un pays lointain. Il vient d’arriver en ville, donc le frère de Mel ne risque pas de le connaître. Quand Mel invente son propre alter ego, Nuno est la personne idéale pour jouer son petit ami. Avec le temps, ils deviennent vraiment amis et j’aime voir deux solitaires, deux personnes qui ne cadrent pas dans le monde dans lequel ils vivent, trouver une personne en qui ils peuvent avoir confiance.

Il y a des similitudes évidentes avec Boys Don’t Cry. Qu’avez-vous retenu de ce film pour jouer Mel ?

Je n’ai pas copié des morceaux de Boys Don’t Cry quand je me suis préparée pour le rôle de Mel, pas consciemment. J’ai regardé Hilary Swank dans le film, mais je n’ai rien pris de particulier.
Ma méthode consistait à regarder les garçons dans la rue pour me faire une idée à travers de vrais individus. Comment ils se comportent, comment ils traitent leurs petites amies et comment ils bougent, pour que le public comprenne pourquoi Jenny croit que Mel est un garçon, ou refuse de voir la réalité. Je voulais donner au public l’impression qu’il était possible que Jenny et Bianca puissent penser que Mel était Miguel.
Ensuite j’ai changé de look. J’ai teint mes cheveux, normalement ils sont bruns clairs, mais ceux de Mel étaient noirs. Je portais des lentilles marrons – j’ai les yeux bleus, donc ça me changeait vraiment. Quand je regardais dans le miroir, même moi je pouvais croire qu’une autre personne se tenait face à moi.

La révélation de Miguel en Mel face à Jenny a dû être une scène difficile à tourner…

Ce n’est pas facile de se déshabiller face à une camera, c’est vrai, mais c’était nécessaire pour le film. Puisque Mel ne pouvait pas exprimer ce qu’elle voulait dire, la conséquence, c’était l’aveu visuel.

Que savez-vous maintenant que vous auriez aimé savoir avant le début du tournage ?

J’aimais l’histoire parce que, pour moi, c’est une histoire d’amour. Ce n’est pas important que ce soit entre deux filles ou deux garçons, ou entre un couple hétéro. C’est une histoire romantique. Deux personnes tombent amoureuses l’une de l’autre. Il y a un problème à ce qu’elles soient heureuses ensemble toute leur vie, parce que Mel n’a pas dit la vérité dès le départ.
Le film en lui-même est un très bon film pour tout le monde. La fin montre que Mel trouvera sa voie dans la vie. Elle a trouvé la force de se sortir de l’environnement dans lequel elle a grandi et elle peut réaliser ses rêves. Elle réussira à faire ce qu’elle désire vraiment.

Que pensez-vous de l’état actuel du cinéma gay de nos jours ? Avec des films comme A Single Man et The Kids Are All Right, pensez-vous qu’on ait atteint un niveau sans précédent d’acceptation au sein de l’industrie en tant que telle ?
                          
Je ne suis pas une experte. Je ne peux pas analyser des situations dans l’industrie du film. Je pense que l’industrie souhaite montrer la vie dans sa diversité et aborder des thèmes qui intéressent le public, les gens ordinaires. Mais je me rends compte que l’industrie s’intéresse beaucoup plus au “cinéma gay” qu’il y a 20 ans.

Quels sont vos films homos préférés ?

Je ne connais que Boys Don’t Cry et My Summer of Love que j’ai regardés en me préparant pour le rôle. Ah, et Milk [Harvey Milk] bien sûr. Et Monster.

Vous avez remporté un Golden Eagle Award de la meilleure actrice dans The Edge et le film a été nominé pour un Golden Globe. Ça a l’air d’une histoire peu ordinaire. De quoi parle-t-elle et qu’avez-vous ressenti en remportant l’Award ?

The Edge se déroule en 1945 dans un goulag près d’un village de Sibérie. La guerre est finie et Ignat, un conducteur d’engins est envoyé dans un village du nom de Krai. Mon personnage, Elsa, a vécu pendant quatre ans dans une locomotive sur une île dans la forêt parce qu’elle s’est enfuie quand son père et ses amis ont été tués. Le pont est détruit, donc personne ne peut l’atteindre. Ignat veut récupérer la locomotive et trouve Elsa sur l’île. Au début, ils se battent, puis ils réussissent à cohabiter. Ils reconstruisent le pont ensemble et il ramène Elsa au village, mais ils ne rencontrent pas beaucoup d’hospitalité.

C’est un film qui parle d’amour, de courage et de force. De ce que vous devez faire lorsque vous souhaitez vivre votre vie comme vous l’entendez. Le message est : « Il n’y a pas d’ennemis. »

Vous avez débuté votre carrière au théâtre à l’âge de neuf ans. Espérez-vous vous éloigner de la scène et vous concentrer sur les films dorénavant ?

Je viens d’un univers de théâtre et j’espère pouvoir jouer sur scène toute ma vie. En dehors de ça, je me concentre sur la réalisation en ce moment, ce qui ne veut pas dire que je ne monterai plus sur scène. Mais j’aime le réalisme des films et je peux expérimenter et apprendre beaucoup plus pour le moment par les films qu’au théâtre. J’espère avoir l’opportunité de jouer de nombreux rôles au cinéma.

Y a-t-il une ligne directrice dans votre travail ? Quels genres de projets vous intéressent le plus ?

Une ligne directrice. Eh bien, peut-être que j’aime jouer des personnages qui ne cadrent pas. Qui ont des problèmes avec leurs voisins, avec les circonstances dans lesquelles ils vivent, avec leur environnement, qui n’arrivent pas à mener leur vie. J’aime jouer des personnages forts qui ont leur propre vision de la vie et qui essaient de vivre à leur manière.

Et vous aimez jongler pendant votre temps libre…

Oui, je jongle pendant mon temps libre et je fais beaucoup d’autres choses comme de l’équitation, de la voile ou de la plongée. C’est dommage que je n’aie pas assez de temps pour tout ça ! Au fait, mon intérêt pour le jonglage me vient d’un ami qui vit maintenant à Londres qui est directeur de théâtre ainsi qu’auteur : Philip Thorne.

Traduction Magali Pumpkin

Interview Originale sur le Site GaydarNation.com

Anjorka Strechel

Répondre