Pour autant, Amy Redpath Roddick ne se sépare pas de sa bonne qui assiste au mariage, participe au voyage de la lune de miel et suit partout les époux Roddick. C’est ainsi que deux ans après son mariage, Lady Roddick pose avec sa chère Rose Shallow :
Ce mariage tardif n’apporta pas d’enfants. En 1924, le docteur Thomas Roddick mourut d’une anémie sévère, le 20 février. Devenue veuve, respectée, elle se rendit respectable en devenant la bienfaitrice de l’université MacGill (en hommage à son frère et à son défunt mari), de la réserve indienne de Caughnawaga, elle jouissait d’une situation très en vue qui la rendait inattaquable. Elle patronnait le Women’s Council of Canada, était membre à vie de l’Association d’Art de Montréal et membre de l’Association des auteurs canadiens et du Canadian Women’s Club.
Voici l’honorable Lady Amy dans son salon en 1930 :
Sa vie privée se déroulait toujours à Montréal, dans le Square Mile et dans la propriété mystérieuse des Redpath. Rose Shallow resta au service de Lady Roddick jusqu’à sa propre mort, le 11 avril 1943, survenue à l’âge de 73 ans. Leurs liens privilégiés auraient pu rester inconnus si Lady Roddick n’avait pas souhaité que sa chère Rose ne soit enterrée discrètement (après des obsèques et un enterrement publics) dans le tombeau familial des Redpath à Mont-Royal et si elle n’avait pas fait apposer une plaque commémorative pour Rose sur le monument funéraire des Redpath où elle fut à son tour enterrée le 16 février 1954.
Plaque commémorative de Rose Shallow:
Mais comment comprendre « beloved companion » ? Doit-on le traduire par « bien-aimée dame de compagnie », ce qui ferait de la relation entre Amy et Rose une relation durable, forte, belle sans doute mais sans aucune relation romantique en vue, ou bien faut-il comprendre que Rose était la compagne chérie d’Amy et qu’une relation romantique et amoureuse avait ainsi perduré sous le déguisement classique d’une relation de maîtresse à domestique, y compris pendant les années de mariage1 ? Y eut-il entre elles une sorte de « mariage bostonien » qui ne put sans doute s’épanouir qu’à la mort d’Ada et de Clifford qui libéra Amy de toute entrave filiale2 ?
Mystères. Car si Lady Amy Redpath Roddick fut ‘lesbienne’, elle fut alors une lesbienne invisible.
Stéphanie Bee (08 Mars 2010)
Pour en savoir plus :
http://www.canadianmysteries.ca/sites/redpath/home/indexfr.html
http://www.musee-mccord.qc.ca/fr/ sur les dons de Lady Roddick.
http://cac.mcgill.ca/campus/Buildings/Roddick_Gates_Gatehouse_fr.html
http://collectionscanada.ca/canvers-bin/entry?entry_nbr=605&l=1&page_rows=10&clctn_nbr=1 poème d’Amy Redpath Roddick
1 Naomi Moses, York University, Canada, ‘Who is pure enough to shelter it?”: A celebration of forbidden love in Amy Redpath Roddick’s the “Romance of a Princess”, Lesbian Lives Conference, University College Dublin, février 2010.
2 Bird, K. Money, Matricide, and a “Boston Marriage”: a contextual interpretation of Amy Redpath Roddick’s Italian closet drama An Old Bologna Tale. Congress of the Humanities 2008, Association for Canadian Theatre Research, University of British Columbia.
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