interview de Mylène Jampanoï, l’interprète de Rani

Interview liée à la série Rani

Mylène Jampanoï

Interview accordée à la rédaction en décembre 2011 pour le site France 2.fr

Qu’est-ce qui vous a plu dans cette histoire et qui vous a décidée à vous engager dans ce projet ?

Plusieurs éléments ont été déterminants. D’abord, la lecture du scénario, que j’ai trouvé extraordinairement bien écrit. Jean Van Hamme est un grand scénariste que j’estime. Ensuite, une ferme résolution de faire un film d’époque, ce qui était nouveau pour moi. Le projet m’excitait, j’avais envie de le faire.
Grâce à Alain Berliner, qui m’avait un peu auparavant proposé La Peau de chagrin, d’après Balzac, je savais qu’on pouvait faire des choses admirables pour la télévision. Puis, le fait que ce soit tourné en Inde, qui est un pays que j’affectionne et que je connais bien, dans lequel j’ai déjà tourné, où j’ai de la famille, et où j’ai commencé ma carrière de comédienne.
Depuis mes débuts, c’est la première fois que je suis sur un tournage prenant autant de risques, dans un pays aussi difficile ; et quand on m’a dit que c’était une fresque qui allait être tournée dans des décors naturels, multiples, allant du nord au sud de l’Inde, j’étais comblée ! Il n’en fallait pas beaucoup plus pour me convaincre, mais j’avais néanmoins besoin d’être rassurée par le réalisateur. Or Arnaud Sélignac est quelqu’un de convaincant, persuasif, qui sait ce qu’il veut et qui il veut.
Le projet était énorme et il fallait quelqu’un de costaud à sa tête : plus de 100 jours de tournage, parfois 300 personnes sur le plateau… Alors évidemment, quand en plus Jean-Hugues a dit oui… impossible de refuser ! Il ferait une pub pour du camembert, je la ferais avec lui ! (rires) Tous les éléments de départ étaient réunis pour partir sur ce projet. Après il fallait être à la hauteur.

Justement, avez-vous eu peur de la pression exercée sur vous, qui êtes quasiment de tous les plans ?

Je n’avais jamais fait de série avant, du moins avec un rôle aussi récurrent, et donc je mesurais mal l’ampleur de ce qui m’attendait. J’avais déjà tourné à l’étranger, c’est un peu ce que j’aime faire (un film dans la jungle au Vietnam avec 2 mois de tournage, un film dans l’Himalaya à 5000 m d’altitude, un film au Canada).
J’aime bien ces aventures humaines, je sais ce que ça comporte comme difficultés, qui sont plus importantes qu’en France.
L’éloignement géographique, la durée, l’absence des proches, autant de paramètres à prendre en compte quand il faut vivre ensemble durant cette période. De plus, la télé est un format difficile, on a moins de temps et donc il faut être bon tout de suite : cette expérience très précieuse m’a beaucoup appris sur mes propres capacités à supporter un rythme aussi intense. C’est un travail colossal.

Votre rôle est très « physique » (bagarres, combats, chevaux…). Y étiez-vous préparée ?

Ça, c’est quelque chose qui me plaît ! Dans les fictions françaises, les scènes de jeu sont souvent très belles mais insuffisamment « physiques » : rares sont les rôles féminins où l’on peut s’exprimer avec le corps.
Ce qui est bien plus le cas aux États-Unis, qui produit beaucoup de films d’action. Rani était donc une vraie opportunité de s’essayer à l’escrime, d’être plongée dans une chorégraphie de combats, de tourner des scènes à cheval (ce que j’avais déjà fait dans La Vallée des fleurs, et qui était resté un souvenir merveilleux), et en cela aussi, Rani m’a comblée ! Durant l’attente inévitable nécessitée par la mise en place des décors, des éclairages, je partais galoper sur les plages : c’étaient là des moments magiques.

Vous avez déjà tourné en Inde, mais à l’époque moderne. Comment avez-vous vécu cette histoire qui se déroule dans celle du XVIIe siècle ?

L’Inde est à la fois un pays de traditions et de modernisme. Loin des grandes villes comme Bombay, le pays présente des aspects traditionnels assez proches de ce que recherchait la production. Il reste presque tout à y faire. Ce n’est pas le pays de l’opulence : la vraie richesse, ce sont les gens. Des êtres à part. Sublimes, généreux, qui vous ouvrent leur porte. La beauté, ce sont les rencontres humaines.

Quel est votre regard sur la modernité du personnage de Jolanne ?

Moderne, il l’est, résolument. D’abord par l’écriture : c’était délicieux de pouvoir interpréter un personnage aussi rebelle, aussi libre et indépendant, aussi naïf parfois. Elle a sans doute tout ce dont peut rêver une femme : elle se confronte aux hommes, elle n’a pas peur, c’est une héroïne du quotidien parce qu’elle ose, il lui arrive même d’être opportuniste.
J’aime ces personnages qui ne sont pas tout blancs ou tout noirs, elle a cette ambivalence, ce parcours un peu dérangeant ; et en même temps elle est si sincère, si convaincue qu’elle va changer les choses.
Jolanne se réinvente à chaque étape de sa vie, et c’est un plaisir de comédienne de vivre avec elle ces changements de décors, de partenaires, de costumes. Jolanne est un personnage cinématographique et rare. Créée par un scénariste de bande dessinée, Jolanne est un fantasme. Et on voit qu’elle a été créée par un homme : elle est la femme qu’il aurait aimé être. Seul un homme peut écrire cette audace que Jolanne a, cette façon de passer de vie en vie avec un naturel aussi déconcertant ; une femme n’aurait probablement pas peint un personnage aussi libre.

Son pouvoir de séduction est redoutable, tant sur les hommes que sur les femmes…

Oui, c’est une séductrice. Mais elle ne s’en rend pas compte. Si elle n’était juste qu’une séductrice manipulatrice, elle captiverait moins. Elle trouble de manière presque inconsciente, il y a quelque chose qui émane d’elle, qui est au-delà de la petite manipulation médiocre. Elle a un instinct de vie et de mort, elle se sauve de toutes les situations dans lesquelles elle se trouve ; même si elle est sauvée de façon quasi miraculeuse, in extremis, on peut dire qu’elle a elle-même créé les conditions pour que ce sauvetage ait lieu. Elle dégage quelque chose qu’elle ne maîtrise pas, qui peut aussi susciter la haine et le mépris comme ceux que lui porte son frère et qui le poussent à la broyer. Elle avance, c’est une amoureuse de la vie. J’aime bien la période où elle est maharani, car c’est un moment d’apaisement, pour elle comme pour les spectateurs, de maturité, où elle met ses apprentissages au service du bien.
Je m’attache à ces personnages qui partent de zéro, qui se créent à partir de rien, avec une jolie morale à la fin, avec des bons sentiments. Jolanne a vécu, est passée par des moments difficiles, douloureux, traumatisants, et malgré cela elle reste intacte, préservée.

En Inde aussi, à cette époque, la femme est victime de coutumes imposées par les hommes (sati)…

Jean Van Hamme a très bien décrit la situation des femmes à cette époque. La situation a changé, même s’il existe encore des villages en Inde où les femmes sont vendues. Mais certaines traditions ont la peau dure. Pour ce qui est de la France, à une époque au fond pas si lointaine, les femmes qui dérangeaient étaient jetées dans des hôpitaux psychiatriques ou en prison. Jolanne doit faire avec, ou plutôt contre ça.

Comment ça s’est passé avec Jean-Hugues Anglade ?

Merveilleusement bien. Je suis fan de Jean-Hugues, qui est selon moi un acteur incontournable. Réellement. Sa performance dans La Reine Margot est phénoménale, inouïe, unique. J’ai adoré la personne, l’être humain, en Inde il était d’une générosité et d’un calme, d’une sérénité…
il a une ambivalence en ce sens que c’est un homme secret, pas facile d’accès, assez impressionnant, avec une sorte d’aura, et dès qu’il tourne, il s’ouvre au monde. C’est un acteur né, je l’ai observé, il a du mystère, et j’ai adoré ces trois mois passés en Inde avec lui. J’ai eu beaucoup de chance.
Et j’ai également beaucoup aimé travailler avec Pascal Demolon, qui joue Laroche, l’âme damnée de Philippe de Valcourt.
Environ trois mois en Inde puis un mois en France. Dans une bonne ambiance. Je connais très bien la culture indienne, alors je résumerai en disant que c’était un bonheur, un pur bonheur. Tout le monde s’est bien adapté. C’est une aventure qui marque, dont on ne sort pas indemne. On en garde des souvenirs à vie. Pour moi, Rani est une étape importante. D’abord par son volume de travail, car je n’avais jusqu’ici jamais été autant impliquée dans un projet de cette envergure.
Ensuite parce que j’étais face à un texte, une écriture, qui n’étaient pas évidents à ramener dans le quotidien de Jolanne. En partie à cause du français un peu daté que nécessitaient les circonstances. Enfin parce que les scènes étaient très longues. Tant de texte pour un format comme celui de la télé, où l’attention peut se relâcher très vite, ce n’est pas simple !
Rani est un projet ambitieux soutenu par des producteurs qui ont pris des risques, et ce type d’aventure est rare.

Quels sont maintenant vos projets ?

Rani correspondait à l’état d’esprit dans lequel je suis aujourd’hui. J’ai envie de travailler, de faire des rencontres, de gagner en profondeur.
Rani m’a donné un peu d’humilité, m’a fait évoluer sur moi-même, m’a fait découvrir ce qu’est la boulimie d’acteur. J’aimerais bien repartir tout de suite sur un autre projet aussi ambitieux. Je vais tourner dans le prochain film de Xavier Dolan. l’un des plus jeunes réalisateurs à avoir été primé à Cannes, que j’avais rencontré durant le tournage de Martyrs.
Le tournage se déroulera à Montréal et commence début octobre 2011. J’y joue une lesbienne mariée à un transsexuel ! On est loin de Jolanne de Valcourt !

Interview Originale sur France 2.fr.

Mylène Jampanoi

Retour à la fiche de présentation Rani

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

Répondre