Tig : Interview de Tig Notaro

Tig Notaro - Tig

Interview accordée à Trish Bendix le 9 juillet 2015 pour le site Afterellen.com

Dire que Tig Notaro a eu des années difficiles est un euphémisme. En 2012, on lui a diagnostiqué un cancer, elle a rompu avec sa petite-amie et sa mère est brutalement décédée. Elle nous a ensuite livré un spectacle comique devenu culte au Largo à Los Angeles, où elle discute publiquement de ce qu’elle a traversé. Sa carrière a alors explosé. Puis, elle a dû subir une double mastectomie et a eu encore d’autres problèmes médicaux lors de sa tournée de 2014.

Tig, que beaucoup de lectrices d’Afterellen adorent depuis son rôle de l’officier Tig dans The Sarah Silverman Program en 2007, a toujours gardé espoir, plaisanté avec ses amis et fans et trouvé un peu de comique dans toute cette mélancolie. Le film Tig, qui fait sa première à l’Outfest ce soir et qui sera disponible sur Netflix dès le 17 juillet, décrit la vie privée de la comique out ainsi que sa carrière depuis ses diagnostics. Il illustre la façon dont elle a réussi à se sortir de ces événements tragiques inattendus et à rencontrer le succès dans tant professionnellement et sentimentalement que dans le domaine de la santé. Les réalisatrices Kristina Goolsby et Ashley York ont suivi Tig depuis ses séjours à l’hôpital jusqu’à ses rencontres avec des mères porteuses (eh oui, Tig veut avoir un bébé). Et puis, il y a aussi cette amitié imprévue qui s’est transformée en relation amoureuse pour Tig et sa partenaire de In a World…, Stephanie Allynne (et elles sont maintenant fiancées).

Tig nous a parlé du fait de laisser Kristina et Ashley la suivre caméra à la main, de ce qu’elle a appris sur elle pendant ce temps-là et de son projet passionné, Clown Service, qui sera aussi diffusé à l’Outfest la semaine prochaine dans le cadre du programme Girls’ Shorts.

Il me semble qu’il faut savoir mettre son orgueil de côté lorsque quelqu’un vous filme tous les jours, à chaque aspect de votre vie. Est-ce quelque chose auquel vous aviez pensé lorsque vous avez accepté de faire ce documentaire ou bien lorsque vous l’avez regardé pour la première fois ?

Vous savez, je n’ai pas pensé à grand-chose lorsque j’ai accepté de faire le film. Mon amie Kristina est celle qui est venue me parler de ce projet. Et je me suis dit que, comme j’avais déjà traversé tellement de choses, tout ce qu’elle allait faire c’était de me filmer en train de remonter la pente, de revenir à la vie et juste enregistrer les bons moments. Donc je n’avais pas pensé à grand-chose. Elle avait toujours voulu faire un documentaire et nous sommes amies depuis près de 20 ans, donc j’ai simplement dit « Ce serait cool. Je suis partante ».

Y a-t-il des choses qui vous ont surprise ou des choses que vous avez apprises sur vous-même lorsque vous avez vu le produit fini ?

Oui. Je n’avais pas réalisé que j’étais quelqu’un qui prenait autant de risques. C’était vraiment intéressant de réaliser cela sur moi et quelque part, ça fait du bien [rires].

Aviez-vous votre mot à dire dans le montage ou sur l’histoire au cours du processus ?

Et bien, c’est Kristina qui a commencé à faire cela et par la suite une société de production d’une taille plutôt importante s’en est occupé. Beaucoup de personnes se sont donc retrouvées impliquées et elles m’ont toujours incluse lors des montages. J’ai probablement vu quatre ou cinq versions différentes du documentaire. Je leur faisais des commentaires, ils les faisaient passer et s’ils étaient constructifs, ils en tenaient compte. S’ils ne l’étaient pas, ils m’expliquaient leur choix et dans 95% du temps j’étais d’accord avec eux et ils étaient raisonnables. Je crois aussi que j’ai eu de la chance d’être aussi occupée. À tel point que je n’ai honnêtement pas eu le temps de m’inquiéter de cela. Je faisais tout le temps d’autres choses, puis je recevais un lien qui me conduisait vers le dernier montage ou alors il fallait que je me déplace pour aller le voir.

Y a-t-il quoi que ce soit que les caméras n’ont pas filmé mais que vous auriez aimé qu’elles filment ?

Mon Dieu, vous savez [rires], j’ai eu ce moment bizarre… ce n’est pas vraiment un moment que les caméras auraient pu saisir parce que ça aurait conduit à d’autres histoires parallèles et tout. Mais voilà quelque chose d’intéressant en revanche, une fois qu’elles avaient fini de tourner, j’ai eu ce moment bizarre de ma vie : vous savez, lorsque j’ai fait ce spectacle qui a fini par être très médiatisé parce que j’avais enlevé mon t-shirt sur scène et que tout le monde en a parlé dans les journaux. Je ne savais pas que le New York Times, le New Yorker et Huffington Post faisaient partie du public lors de mon spectacle à New-York. Je savais, bien entendu, qu’il y aurait du bouche à oreille, mais je ne pensais pas que ça aurait pris une telle importance. Puis, juste le soir d’après j’ai été hospitalisée à cause d’une hémorragie et ça, ça a aussi fait le tour d’internet. Il y a eu une confusion de malade, les gens disaient « Oh mon Dieu, tu as entendu pour Tig ? », l’autre répondait « Ouai, c’est cool et génial ! », et le premier répliquait « Non, elle est en train de se vider de son sang à Philadelphie ! ». Je pense donc que c’était vraiment la représentation parfaite de la façon dont la vie passe d’un extrême à l’autre en quelques secondes. Et puis, en quelque sorte, ça résumait bien le thème de ma vie en un court moment. Lorsque je touchais le fond, ma carrière atteignait des sommets mais j’étais anéantie émotionnellement parlant et je souffrais physiquement. Tout ça m’arrivait en 12 ou 24 heures. Ça semblait juste être un moment dramatique intéressant pour le documentaire.

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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