Uniformadas

Quand une fillette choisit d’assumer ses différences

Affiche : Uniformadas

Année de Production : 2010

Réalisation : Irene Zoe Alameda

Scénario : Irene Zoe Alameda

Avec : Nadia Casado (Margaret), Lowena McDonell (Maggy), Lucia Caraballo (Esther), Pilar Torriente (la religieuse principale)

Nationalité : Espagnole

Genre : Adolescence, Court-Métrage

Durée : 18 : 00 minutes

Titre Original : Uniformadas

Uniformadas : Résumé

Margaret est une petite fille solitaire et secrète, qui est inscrite dans un internat catholique géré par des religieuses. Elle doit aujourd’hui y faire son grand retour après plusieurs jours de convalescence, suite à une intervention médicale. Une journée qui va s’avérer aussi étonnante et pleine d’imprévus que riche en émotions et révélations…

Margaret est une petite fille solitaire et secrète, qui est inscrite dans un internat catholique géré par des religieuses. Elle doit aujourd’hui y faire son grand retour après plusieurs jours de convalescence, suite à une intervention médicale. Une journée qui va s’avérer aussi étonnante et pleine d’imprévus que riche en émotions et révélations…

L'avis d'Univers-L

Scénario/Réalisation
Casting
Lez/Bi Quantité
Lez/Bi Qualité

Résumé : Une petite fille différente des autres...

Note des lectrices : Soyez la première !
76

Uniformadas est un court-métrage espagnol qui nous conte une journée dans la vie de la jeune Margaret. Cette dernière fréquente une école privée dans laquelle on lui prodigue un enseignement religieux, rigoriste et traditionnaliste. Après avoir subi une opération qui a nécessité plusieurs jours de repos, elle revient dans l’établissement, non sans une certaine appréhension. Alors qu’elle est punie par la religieuse principale pour avoir menti, Margaret est consignée à la bibliothèque. Là, elle retrouve une camarade de classe, Esther, qui lui propose de la suivre dans un placard, où elle l’embrasse sur la bouche…

Si je ne devais retenir qu’une chose de ce court-métrage, ce serait incontestablement Margaret. Je suis totalement tombée sous le charme de cette petite fille à la fois malicieuse et pince-sans-rire. D’une part car le jeu de la jeune actrice est réellement impressionnant du début à la fin (je suis très curieuse de découvrir ses prochains films !!) et d’autre part car le personnage en lui-même est bien construit et écrit. On s’attache très vite à Margaret et ce dès le départ quand on comprend qu’elle a peur de retourner à l’école (qui n’a jamais tenté de rester tranquillement à la maison au lieu d’aller en cours ?) lorsqu’elle rêve que ses camarades de classe se moquent d’elle après qu’elle soit arrivée avec des chaussettes dépareillées. En même temps, et c’est paradoxal, elle semble aussi vouloir absolument y retourner (elle cache à sa mère le fait que ses oreilles saignent – de peur qu’elle ne l’empêche de reprendre l’école ?) ; on en comprend d’ailleurs rapidement la raison quand elle se trouve en présence d’Esther et qu’elle pose sur elle un regard sans équivoque : elle a le béguin pour elle. J’ai aussi beaucoup aimé sa relation avec sa mère, qu’elle ne cesse d’appeler par son prénom, ce qui exaspère cette dernière ; on ressent, malgré une certaine barrière d’incompréhension, cette tendresse irrépressible qui les lie et l’amour qu’elles se portent.

Il est très intéressant de voir comment ce personnage évolue au fil du court-métrage. Au fur et à mesure de l’avancée de la journée et des minutes qui défilent, elle se révèle à nous et on s’aperçoit rapidement que cette peur qui semble la tarauder au tout début va bien au-delà du simple « coup de blues du dimanche soir » : elle se sait différente de ses camarades et cette idée l’effraye. La scène de la bibliothèque est très révélatrice de cela : après le baiser, Margaret ne dit rien et se contente de sourire. On comprend alors mieux la scène des chaussettes dépareillées du début : ce serait la métaphore de sa différence ? L’hypothèse est encore plus probable quand, à l’instar de l’inoubliable Punky Brewster, Margaret choisit à la fin de conserver deux chaussettes différentes : elle a beau ressembler aux autres petites filles, si on y regarde à deux fois, on remarque qu’elle n’est pas totalement comme elles…

Mais comme souvent à Cineffable – c’est dans le cadre du festival parisien que j’ai pu visionner ce court-métrage – en discutant avec deux de mes Cineffscortes (droits réservés ! – un mot de mon invention pour désigner des personnes qui en accompagnent d’autres à Cineffable…!), Magali Pumpkin et Virginie Pécoult, nous nous sommes aperçues que nous avions une interprétation différente de la signification des chaussettes dépareillées. Quand j’y décelais une métaphore de la différence de Margaret, elles y voyaient simplement un échange de chaussettes avec sa camarade de classe. Quoi qu’il en soit, dans les deux cas, il est indéniable que ces chaussettes sont un élément important du secret de la petite fille, même si je ne vous cache pas que je préfère vraiment mon explication.

Parallèlement, j’ai beaucoup aimé comme le court-métrage joue et se joue de clichés tout au long des dix-huit minutes de sa durée. C’est très fort cette contradiction permanente. On dénombre en effet pas mal de stéréotypes, tels que la petite fille qui va dans une école hyper catholique où les sœurs sont habillées d’une aube et portent un voile, ou encore le fait que les religieuses n’hésitent pas à la forcer à manger son dessert, jusqu’à la faire vomir, etc. Dans le même temps, Margaret a beau se savoir différente et avoir déjà conscience de préférer les filles, elle n’en a pas moins pour autant une chambre rose (du sol au plafond et dans toutes les nuances !) qui regorge de Barbie et de poupées. Elle porte aussi les cheveux au carré et des rubans. Aux orties les préjugés qui auraient pu faire d’elle un véritable garçon manqué aux cheveux courts et dont la chambre aurait été pleine à craquer de Playmobil et de Lego ! Mais si je me faisais l’avocat du diable, je pourrais vous expliquer que c’est peut-être justement une décoration et des tenues imposées par sa mère et que malgré cette éducation pour devenir une petite fille modèle, Margaret parvient tout de même à garder ce secret et cette originalité qui la caractérisent en ne rêvant qu’à jouer au foot et grimper aux arbres. Vous voyez ? Irene Zoe Alameda ne cesse de prêcher le tout et son contraire dans son court-métrage…!

Sa réalisation, ainsi que sa mise en scène, sont vraiment bonnes ; j’ai notamment été très sensible à la qualité visuelle (belle photographie et cadrage la plupart du temps juste). Outre le jeu époustouflant de la jeune Nadia Casado (je me répète, je le sais), le court-métrage nous offre beaucoup de scènes drôles grâce à de petites touches d’humour disséminées çà et là : les publicités à la télévision qui semblent interagir avec Margaret quand elle prend son petit déjeuner, le faux mot d’excuses pour ne pas avoir à manger ce dessert tant détesté, le sifflet en forme de crucifix de la religieuse, etc.

On peut cependant regretter ce discours un peu simpliste et ces différentes métaphores un brin faciles qui nous sont proposés : Margaret redoute que ses amies s’aperçoivent qu’elle porte des chaussettes différentes et tente par tous les moyens de le leur cacher, quand la sœur lui demande ce qu’elle veut être plus tard, elle lui répond tout de go qu’elle veut être un homme, ou encore elle décide finalement de conserver deux chaussettes dépareillées, une manière de montrer qu’elle choisit d’assumer sa différence. Et c’est là le point faible du court-métrage : le scénario est par moments réellement poussif, de par cette accumulation d’éléments (vraiment lourde !) qui la différencient des autres enfants.

En bref Uniformadas est un court-métrage sur lequel souffle un peu le vent du déjà-vu, mais où la réalisatrice s’ingénie – avec un malin plaisir – à nous prendre à contre-pied dès qu’elle en a l’opportunité. Ajoutez à cela Margaret, qui malgré cette tentative extérieure d’uniformisation parvient à rester unique, une sorte de petite sœur que ne renierait pas Manuela dans Jeunes filles en uniforme. Vous obtenez un court-métrage que je vous conseille de visionner malgré ses quelques défauts et faiblesses !

Uniformadas : Extraits

LA MÈRE : Pourquoi tu ne m’appelles plus maman ?
MARGARET : J’essaye… Maggy…

ESTHER : Viens avec moi dans le placard.
MARGARET : Pourquoi ?
ESTHER : Viens, j’ai un secret à te raconter.

RELIGIEUSE : Margaret, que veux-tu être quand tu seras grande ?
MARGARET : Un homme ?
(Ses camarades éclatent de rire.)

Un commentaire

  1. Avatar

    beau court métrage et la petite margareth est très touchant

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