Waiting de J. Peterson

Attendre. Je me demande si qui que ce soit réalise la quantité de temps que nous passons à cela. Un tiers de notre vie est consacré au sommeil, un tiers à l’école ou au travail, et la majorité du dernier tiers nous la passons à attendre.

Attendre quoi ? Bonne question ! Je ne peux parler que pour moi-même… Et moi, j’attends Sacha…

 

Kelly bâilla et posa son stylo, refermant son journal et le rangeant à sa place, dans le tiroir de son bureau. Elle jeta un œil au petit réveil numérique sur la table de nuit de sa colocataire et tiqua. Minuit moins cinq ? Mince, je n’avais pas réalisé qu’il était si tard !

La jeune femme aux cheveux noirs de jais porta son attention sur l’écran de l’ordinateur, le fusillant du regard. Elle avait un devoir sur le Web Design à rendre le lendemain matin, et il lui manquait toujours une page. Avec un soupir résigné, Kelly rassembla ses cheveux en queue de cheval avant de se pencher sur le clavier, et fit craquer ses doigts, comme toujours avant de se mettre à taper. Elle fit ce qu’elle avait déjà fait tant de fois auparavant, fermant son esprit à toute pensée étrangère au travail, se concentrant seulement sur le sujet de son devoir, et laissant les mots couler naturellement de ses doigts.

Les yeux bleus se concentrèrent sur l’écran, la pupille rétrécissant un peu pour s’ajuster à la luminosité aigüe du papier électronique. Peu à peu, la dernière page blanche se couvrit de petites lettres noires, virgules, espaces, et autres ponctuations, le silence de la pièce empli uniquement du cliquettement rapide des mains sur le clavier.

Après relecture, Kelly hocha la tête avec un sourire, enregistra le document et cliqua sur l’icône d’impression en haut de l’écran. L’imprimante s’ébranla, et la petite machine, cadeau des parents de Sacha à Noël dernier, imprima obligeamment le devoir enfin terminé. Elle prit le court rapport en main et, après avoir agrafé les feuilles, apposa sa signature sur la dernière page.

« Fini ! » grommela-t-elle, claquant le rapport sur le bureau, avant de lui tirer la langue malicieusement.

Kelly rit et secoua la tête à sa propre attitude. « Il faut que je dorme ! » marmonna-t-elle. Elle se leva et étira les bras au-dessus de sa tête, grognant de soulagement au craquement de sa colonne vertébrale.

Regardant de nouveau l’heure, elle se renfrogna. Sacha l’avait prévenue qu’elle serait de retour tard le dimanche soir… Mais si tard ?!!! Elle n’était pas inquiète, juste contrariée… Arrête de te comporter comme une gamine, se dit-elle, elle devait rentrer pour les cinquante ans de son père, ce n’est pas sa faute s’ils habitent à 500 kilomètres de là !

Kelly soupira et se retourna vers le miroir, fusillant du regard son reflet boudeur, qui la fusilla en retour. Son amie lui avait terriblement manqué pendant ces deux jours, et la vie de la fac lui avait semblé incroyablement ennuyeuse sans sa belle blonde. Un petit sourire étira les lèvres de la jeune femme. Sacha était connue de tout le dortoir pour son incessant babillage. Elle avait toujours quelque chose à raconter lorsqu’elle était de bonne humeur. Cela avait ennuyé Kelly au début de leur colocation, lors de la première année de Sacha, mais sans s’en rendre compte elle en était venue à chérir le joyeux bavardage qui semblait être une part essentielle de la personnalité de sa compagne.

Kelly avança jusqu’au lit de Sacha et s’y allongea. Au départ il y avait deux lits simples dans la chambre, mais elles les avaient rassemblés en un grand lit lorsqu’elles avaient commencé à sortir ensemble. Un plaid coincé entre les deux matelas comblait le trou et leur assurait de ne pas sentir les boiseries. La jeune femme prit dans ses bras l’oreiller de son amante et enfouit son visage dans le tissu bleu. Elle était heureuse que les draps aient encore l’odeur de Sacha, bien qu’elle ait passé presque chaque moment libre à se blottir dedans depuis son départ. Se confondant dans les images et les parfums de son amour, Kelly s’endormit rapidement.

La porte s’ouvrit lentement, le léger craquement alarmant la jeune blonde comme elle entrait dans la pièce et déposait sa valise contre le mur. Les yeux vert océan de Sacha scannèrent la pièce et se réchauffèrent à la vue de son grand amour endormie sur le lit. Kelly ne se contentait pas d’être d’un an son aînée, elle faisait aussi une quinzaine de centimètres de plus qu’elle !

S’asseyant sur le sol près du lit, Sacha sourit en regardant dormir son amie. Son visage était détendu et aussi ouvert que celui d’un enfant, sa longue crinière brune relevée en une queue de cheval qui avait connu des temps meilleurs… Ce qui signifiait qu’elle dormait depuis quelques heures déjà. Sacha s’agenouilla et, du bout des doigts, explora les traits du visage offert. Elle soupira d’aise en sentant le souffle chaud de Kelly courir sur sa peau, et s’immergea dans le plaisir de la sensation de la peau douce sous ses doigts. Ces deux jours lui avaient paru une éternité, principalement parce qu’elles n’avaient pas pu se parler durant ce temps. Sacha avait été trop occupée avec sa famille, qui, pour la plupart, ne l’avait pas vue depuis plus de deux ans ; et Kelly avait eu énormément de devoirs à terminer et de livres à lire pour ses cours.

La blonde caressa tendrement la joue de Kelly, se penchant pour effleurer ses lèvres des siennes. Qui s’étirèrent en un sourire lorsqu’elles sentirent la brune répondre dans son sommeil. Sentant la douce présence à ses côtés, la main de Kelly trouva la nuque de Sacha, et, mêlant ses doigts aux doux cheveux de la base de son cou, elle attira la blonde à elle pour un baiser plus affirmé. La jeune femme se laissa guider avec délectation, grimpant sur le lit et s’installa à moitié sur le corps de la brune, sans jamais interrompre leur douce exploration. Toute la tension que Sacha avait accumulée pendant ces deux jours se dissipa sous la caresse d’une grande et douce main le long de son dos, et de sa jumelle plus légère sur sa joue.

Interrompant leur baiser à contrecœur, Sacha cala sa tête au creux de l’épaule de Kelly, embrassant délicatement sa clavicule au passage.

« J’avais vraiment besoin de ça » rit-elle doucement.

« Pas autant que moi » répondit Kelly, la voix encore rauque de sommeil. « Tu m’as tellement manqué… »

« Pas autant que tu ne m’as manqué ! »

« J’ai un sérieux doute là-dessus ! » Kelly glissa la main sous la chemise de la jeune blonde et laissa courir ses doigts sur la peau douce.

« Quand tu as un doute c’est la réponse C » murmura Sacha, se perdant dans la caresse.

« Tu ne sais plus ce que tu dis » ronronna Kelly en embrassant tendrement ses cheveux.

« C’est évident ! Ça fait près de vingt-quatre heures que je suis debout… » répondit la blonde.

La brune sourit et la serra plus fort contre elle. Elle se délectait de la sensation, ce doux feu allumé en elle à l’instant où les lèvres de Sacha avaient touché les siennes. Ni l’une ni l’autre n’avaient l’énergie d’aller plus loin que de doux baisers et de tendres caresses, mais Kelly se trouvait pleinement satisfaite de cela… Une surprise vu ce qu’elle avait exigé de ses précédentes conquêtes. Sacha n’était pas une conquête…

Sacha soupira de contentement, se blottissant plus encore en Kelly. Elle ne s’était pas sentie chez elle à Manhattan, bien qu’elle y avait grandi. La grande maison lumineuse, bien qu’emplie de beaux meubles, d’art, et débordante de famille, lui avait parue vide cette fois. Alors qu’ici, dans cette sombre petite chambre d’étudiante, elle se sentait de nouveau chez elle. Elle ne se sentait vraiment bien qu’auprès de Kelly, et où qu’elle aille, elle la suivrait.

Kelly posa deux doigts sous le menton de Sacha, et releva doucement son visage avant de capturer ses lèvres tendrement… Cette sensation valait toutes les attentes du monde…

A propos de Cécile A. Preal

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