Adieu les Rebelles ! de Marie-Josèphe Bonnet

Adieu les rebelles Marie Jo Bonnet

Titre Français : Adieu les rebelles !

Titre Original : Adieu les rebelles !

Auteur : Marie-Josèphe Bonnet

Date de Sortie : 15 Janvier 2014

Nationalité : Française

Genre : Essai

Nombre de Pages : 136 Pages pages

Éditeur : Flammarion

ISBN : 978-2081312630

Adieu les rebelles ! : Quatrième de Couverture

Le court livre Adieu Les Rebelles ! de l’auteure Marie-Josèphe Bonnet publié en janvier 2014 se résume facilement et clairement par l’une de ses citations :

“Le mariage considéré comme un progrès social : c’est un comble”

Marie-Josèphe Bonnet est docteur en histoire et travaille également commen enseignante à l’université. Cette militante féministe a également publié, entre autres, Les relations amoureuses entre les femmes du XVIe au XXe siècle ainsi que Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une femme ? Outre ses travaux sur le féminisme et l’homosexualité, elle travaille aussi sur un tout autre sujet : la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Adieu les rebelles ! : Avis Personnel

Marie-Josèphe Bonnet est historienne. Auteur des Relations amoureuses entre les femmes du XVIe au XXe siècle, de Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une femme ? et de  Les Deux Amies : essai sur le couple de femmes dans l’art, elle a été la première à travailler en profondeur sur l’histoire du lesbianisme, à la publier et à la faire entrer dans la sphère des domaines de recherche du champ historiographique. Aujourd’hui encore, elle compte parmi les chercheurs les plus importants de l’histoire de l’homosexualité et demeure un emblème pour qui souhaite œuvrer à la visibilité lesbienne.

Mais Marie-Jo Bonnet n’a pas seulement écrit l’histoire, elle l’a aussi vécue – sa pensée a été façonnée par son expérience de féministe militante depuis les années 1970.

Aujourd’hui, Marie-Jo Bonnet s’insurge. Elle s’indigne contre le mariage pour tous mais aussi – et surtout – contre ce qui lui semble être une mutation dangereuse et aberrante de la nature même des mouvements homosexuels, qu’elle décrit comme une volonté de se conformer à la norme, à l’ordre établi, en adoptant les codes d’une société hétéronormée que les gays et les lesbiennes s’étaient pourtant donné pour vocation de combattre lors des grandes révolutions sociales des années 1970.

Marie-Jo Bonnet prend d’abord la peine de retracer lesdites révolutions, à partir de sa propre expérience, en prenant soin de souligner les ambitions des mouvements contestataires – le MLF, le FHAR, les Gouines Rouges par exemple -, leurs engagements et les dissensions dont ils furent parfois l’objet. Puis elle aborde de front la question du mariage, brièvement cependant, et clôt son texte sur les problèmes soulevés par la PMA et la GPA, suite logique et très attendue de la loi sur le mariage.

Fidèle à ses convictions profondément féministes, Marie-Jo Bonnet dénonce la quasi-absence des femmes dans le débat sur le mariage pour tous et la monopolisation de la parole par les hommes gays. Au-delà même de ce débat, elle fustige l’homogénéisation d’une «image gay» dont les constructeurs seraient en grande partie les hommes, et qui tendrait à intégrer les lesbiennes en son sein en gommant au passage toutes les particularités liées à leur place sociale de femmes.

Les arguments de Marie-Jo Bonnet sont très clairs, parfaitement exposés et ardemment défendus. Pourtant, je ne peux m’empêcher d’être en désaccord avec elle.

Si les gays, actuellement, aspirent à obtenir les mêmes droits que leurs concitoyens, ce n’est pas par amour du patriarcat. S’ils souhaitent se marier et non se contenter d’une «autre union» que l’on aurait créée à leur intention, ce n’est pas pour se fondre avec bonheur dans le moule qui les a si longtemps oppressés. Bien au contraire.

Le combat du mariage pour tous était un combat de droits et de visibilité. Il ne s’agit pas de disparaître et de nous confondre parmi la foule de la majorité. Et j’ai beau témoigner à Marie-Jo Bonnet le respect le plus sincère pour le travail historique qu’elle a accompli, je ne peux pas être d’accord avec son texte.

Mme Bonnet, la lectrice que je suis est née vingt ans après la fondation du MLF. Certes, je n’étais pas là lorsque les plus grandes batailles féministes ont été menées et remportées. Je n’étais pas là non plus lorsque les gays et les lesbiennes ont dû s’affirmer, revendiquer leur différence, revendiquer leur présence, revendiquer jusqu’à leur existence même.

Mais j’ai grandi dans la « société d’après ». Dans cette société qui regardait en biais, d’un œil un peu gêné, ces gens qu’elle savait être là sans vraiment les comprendre, qui avait vu émerger la vague iconoclaste de ceux qui s’étaient tus mais se déclaraient désormais fièrement, et qui les contemplait un peu apeurée, sans savoir s’ils étaient vraiment dangereux ou juste dérangeants. J’ai grandi dans la société qui avait perdu son droit au mépris : la condamnation était passée du côté des discriminants et non plus des discriminés. Bien sûr, le temps n’est pas encore venu de la cohabitation sans heurts et sans dédain, mais les combattants des décennies précédentes ont au moins gagné aux jeunes d’aujourd’hui le droit de vivre sans peur.

Seulement, le combat de 1970 n’est pas celui de 2013. Maintenant que vous avez dit et prouvé que nous existions, il nous faut dire et prouver à notre tour que nous ne sommes pas négligeables. Que dans une famille de citoyens français, il n’est pas acceptable que certains membres de la fratrie aient des droits que l’on retranche de moitié pour les autres, sous prétexte que leur orientation sexuelle est différente. Qu’il n’est pas possible de prétendre à l’égalité tout en érigeant d’infinies distinctions qui nous séparent encore et toujours des droits de la majorité.

Vivre ne nous suffit plus ; il nous faut désormais pénétrer cette société qui nous observe encore avec suspicion et faire en sorte que les jeunes de demain souffrent encore moins que ceux d’aujourd’hui, qui eux-mêmes doivent tant à leurs ainés.

Pour autant, ne croyez pas, Mme Bonnet, que nous soyons «normaux», comme vous semblez le redouter. Nous n’oublions pas. Nous nous souvenons de nos identités, du chemin parcouru par les communautés LGBT, et nous avons conscience de nos divergences avec la majorité. Nous prenons aussi soin du passé pour garder en mémoire le fait que la différence soit un levier extraordinaire de réflexion et d’amélioration du monde qui nous entoure. Pourtant, il semblerait que le prochain combat à mener soit celui de l’indifférence au lieu de la différence, sur le champ de l’originalité et non de la marginalité.

Ne craignez rien Mme Bonnet, les rebelles sont toujours là.

Adieu les rebelles ! : Extraits

« La loi instituant le mariage «entre deux personnes de sexes différents ou de mêmes sexe» a été promulguée le 17 mai 2013 par le président de la République, François Hollande. Le débat est clos. Les homosexuels sont à présent «comme tout le monde», avec, derrière le mariage, l’espoir de devenir parent «comme tout le monde», mais grâce au développement des techniques médicales d’aide à la procréation, devons-nous préciser. Le plus étonnant, dans cet espèce de happy end suivant quarante ans de combats pour «sortir du placard», c’est qu’on nous présente le mariage comme un progrès social. C’est un comble ! Mais, puisque le mariage homosexuel est déjà légalisé dans douze pays, la France se doit de faire comme tout le monde : normaliser les différences au nom de l’égalité.

Le mouvement des années 1970 a-t-il constitué une parenthèse enchantée dans l’histoire de l’émancipation ?
À voir comment les femmes ont été progressivement écartées d’un mouvement qu’elles avaient pourtant impulsé… À voir comment elles ont été encore écartées des discussions sur la reconnaissance légale du couple homosexuel… À voir enfin comment le mouvement LGBT trouve normal de revendiquer, dans la foulée du mariage pour tous, la PMA et la GPA pour les couples de même sexe… Il y a de quoi se poser des questions. »

A propos de Julia Clieuterpe

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Chroniqueuse occasionnelle

2 commentaires

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    Le figaro s’est réveillé le 18 juillet :

    http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2014/07/18/31003-20140718ARTFIG00172-marie-jo-bonnet-lesbienne-feministe-de-gauche-et-opposee-a-la-pma-et-a-la-gpa.php

    De toute façon depuis longtemps MJ Bonnet dénonce l’abandon du féminisme par les mouvement LGBT, et l’enterrement de celui-ci par les mouvements masculins gays.

    J’avoue que ses idées ont le mérite d’être défendues, son point de vue aussi.

    je suis dubitative sur certains points, cependant la question du féminisme me semble de plus en plus d’actualité…La “mode lesbienne” me semble parfois tuer le droit d’une femme à ne pas être comme les autres. Les amitiés féminines ont de plus en plus tendance a finir en mariage et je ressens parfois un certain malaise face à ce phénomène.
    Une femme ou une jeune fille trop indépendante, trop sportive, dotée d’une trop forte personnalité, d’un caractère trop bien trempé, s’avère de plus en plus souvent à finir comme p…ou comme lesbienne. Le pire c’est que le cliché semble se diffuser dans l’ensemble de la société. Avec derrière cette idée de la femme “parfaite” : douce, soignée, sentimentale, superficielle, sensible, fragile… La femme version culture patriarcale quoi !

    Que quelqu’un comme MJ. Bonnet s’inquiète n’est guère étonnant.

    Après les questions d’éthique divise toujours les foules et il est toujours bon que chacun fasse entendre sa voix.

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    Je ne crois pas que l’opposition soit générationnelle, mais puisque c’est votre point de vue, je me fais volontiers mamie pour monter au front ! 😉 http://www.cyjung.com/spip.php?article1844

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