And Then Came Lola : Interview de la co-productrice et co-réalisatrice Ellen Seidler

And Then Came Lola : Interview de la co-productrice et co-réalisatrice Ellen Seidler

Interview accordée à l'équipe d'Univers-L le 1er Novembre 2010 pour le site Univers-L.com

Comment avez-vous réussi à convaincre des actrices aussi connues dans le milieu lesbien ? Est-ce que ça a été difficile ?

Auditionner pour ce film n’a posé aucun problème. Comme je l’ai dit, j’ai contacté Jill pour lui demander si elle connaissait des actrices lesbiennes qui pourraient convenir pour le film. Je ne pensais pas qu’elle serait intéressée, mais elle a lu le script et l’a aimé. Elle nous a dirigées vers Ashleigh. J’ai trouvé Cathy et Jessica Graham (qui est bisexuelle) par d’autres biais. Pour votre information, Jill et Cathy ne se connaissaient pas vraiment avant And Then Came Lola. Elles s’étaient déjà rencontrées mais n’étaient pas amies. Elles n’étaient pas du tout en couple lorsqu’on a fait le casting. Disons juste que le film a contribué à les mettre ensemble. Jenoa Harlow, l’autre lesbienne out dans cette distribution est la seule actrice que nous ayons trouvée à San Francisco. Elle est géniale et je suis tellement heureuse qu’elle soit dans le film. Jenoa et une des musiciennes se sont mises ensemble (je ne donnerai pas de noms, mais c’est génial de voir tant de connexions amoureuses découlant du film) 😉

Presque la totalité du film est jalonnée de clins d’œil à la communauté LGBT, qu’on adore essayer de retrouver tout au long du visionnage. L’idée vous est-elle venue sur le tournage ou vous y aviez déjà pensé lors de l’écriture ?

Je pense que c’est venu tout naturellement. Megan et moi sommes lesbiennes depuis trrrrrrès longtemps et je pense que c’était juste marrant de créer en quelque sorte un film où être lesbienne est juste un état de fait. Il y a aussi tellement de choses qui font partie de la culture lesbienne comme de gérer ses ex, la routine sexuelle, la drague en ligne, etc… que nous n’avons eu aucun problème à les intégrer au script. Je pense que dans un sens, c’est un autre aspect cool du film. Il est fait POUR les lesbiennes. Si des non lesbiennes le regardent, il se peut qu’elles ne “captent” pas tout, mais ce n‘est pas grave. Il n’a pas vraiment été fait pour elles. Le monde est gay pour une journée et on adore ça.

On a parfois l’impression d’être dans une autre dimension, comme dans un univers parallèle arc-en-ciel, peuplé uniquement de lesbiennes et de gay. Pourquoi avoir fait ce choix ?

Pourquoi pas ? Nous vivons dans un monde qui chaque jour est formaté par la population hétérosexuelle. Faire ce film nous a donné l’opportunité de renverser la tendance. Je pense que l’expression “univers parallèle” convient parfaitement. Encore une fois, compte tenu du public et de la volonté de créer une histoire tournée spécialement vers lui, ça prenait tout son sens. En fait, c’est une des choses que je préfère dans le film.

Un tel choix a de bons côtés (il offre une grande visibilité et la possibilité pour la communauté de pouvoir s’y identifier facilement), mais dans le même temps, ne rend-il pas le film inaccessible à toutes les personnes qui en sont extérieures ?

J’ai déjà répondu à ça en fait, mais je vais le redire, c’est un film POUR les lesbiennes. Ce n’était pas destiné à plaire à un public hétéro donc ça n’a pas d’importance qu’ils comprennent ou pas. C’est drôle (enfin, pas si drôle pour nos finances) mais le film a été mondialement piraté. Les chiffres sont assez hallucinants en fait… Des milliers et des milliers de téléchargements illégaux et de streamings et je pense que c’est en partie parce que les hommes voient ces femmes hyper “canons” sur l’affiche du film et se disent : “Oh punaise, des lesbiennes!” J’ai dans l’idée que la plupart d’entre eux sont plutôt déçus en découvrant que ce n’est pas le genre de lesbiennes qu’on trouve dans les pornos hétéros. Ce sont des lesbiennes incarnant des lesbiennes et qui n’en ont vraiment rien à faire, du moins sur le plan sexuel, des hommes; pas le moins du monde. Je pense que c’est une des raisons pour lesquelles les hommes hétéros vont sur le site IMDb et donnent de mauvaises notes au film parce qu’ils s’énervent de voir des femmes qui ont des relations sexuelles sans que ce soit pour leur plaisir. Ils agissent aussi comme si nous avions commis un sacrilège en osant parodier Run, Lola, Run. Demandez à vos lectrices d’aller voter pour nous sur IMDb (si elles aiment le film) pour contrer les hommes hétéros… :o)

Quel public visiez-vous ?

Des lesbiennes, des lesbiennes et encore plus de lesbiennes…

Pourquoi avoir choisi de tourner à San Francisco ?

Eh bien, d’abord, c’est ici pour nous vivons et ensuite, c’est une ville belle et très “gay”. D’une certaine façon, la ville devient un personnage dans le film et je pense que nous avons tiré parti de toute sa beauté. En tant que réalisatrices d’un film à petit budget, nous ne pouvons pas nous permettre des plateaux de tournage très élaborés, etc… Donc utiliser de beaux endroits dans la ville en tant que partie fondamentale de la mise-en-scène était, je pense, crucial afin de créer l’ambiance que nous recherchions. De plus, San Francisco est tellement colorée et par certains côtés, cela donne l’impression de vivre dans une espèce de monde de cartoon multicolore, donc le ton sonnait juste.

C’est aussi le genre d’endroits où quand vous allez dans certains quartiers comme Castro, c’est presque comme si le monde était majoritairement gay, donc ça convenait aussi.

Est-ce compliqué de rester concentrée sur la caméra quand des bombes sexuelles se déshabillent dans tous les coins ?

Hum, oui. Il se trouve que j’étais derrière la camera durant le tournage de ces scènes, donc je devais me concentrer sur ce que je voyais à travers l’objectif (elle tousse). Ashleigh et Jill ont été géniales et il n’y avait que des femmes sur le plateau à ce moment-là donc tout était fait pour être à l’aise. Ça a en fait été plutôt drôle, surtout pour arriver à ce qu’Ashleigh “vocalise” pendant sa scène d’extase. Tous les gars qui travaillaient dans l’équipe avaient été chassés à l’étage du dessous dans la cuisine (puisque c’était un plateau fermé). Tout ce qu’ils pouvaient entendre, c’était Ashleigh faisant de son mieux pour, bref…. Je crois que vous voyez de quoi je parle et si ce n’est pas le cas, je ne veux pas vous gâcher la fin.

Lors du tournage, quelle part a été laissée à l’improvisation ? Est-ce que tout était réglé au millimètre ou avez-vous laissé beaucoup de liberté aux actrices ?

Beaucoup oui, surtout pour les scènes de thérapie. Nous avions certaines répliques, surtout pendant les gros plans sur chaque personnage, qui étaient écrites, mais pour les trucs de couples, surtout entre Ashleigh et Jessica, nous leur avons donné le début et elles ont continué sur la lancée. Il y a plein de trucs très drôles entre elles qui n’ont pas été gardés dans le film. Ashleigh a aussi fait beaucoup d’impro pendant les scènes où elle est en thérapie individuelle, et ça a très bien rendu. Là encore, nous lui avons posé une question et l’avons laissée enchaîner.

Pour les autres scènes, nous en avons répété certaines avec les actrices à Los Angeles une paire de fois avant le tournage et on leur a permis d’apporter leur contribution à ce moment-là. Je pense que Megan et moi sommes assez ouvertes sur ce point.

Ellen Seidler

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