And Then Came Lola : Interview de la co-productrice et co-réalisatrice Ellen Seidler

And Then Came Lola : Interview de la co-productrice et co-réalisatrice Ellen Seidler

Interview accordée à l'équipe d'Univers-L le 1er Novembre 2010 pour le site Univers-L.com

Vous êtes à la fois la co-réalisatrice, co-productrice et la scénariste de ce film. Combien de temps de travail représente un projet comme celui-ci ?

Eh bien, nous avons probablement passé 6-8 mois à écrire et retravailler le script. Ensuite, au printemps 2007, nous étions prêtes à faire passer les auditions. Au début, nos premières auditions ont eu lieu à San Francisco à la fin du printemps mais on a vite compris que pour trouver les talents dont on avait besoin, il fallait qu’on aille à L.A. Finalement, on a fait quelques auditions ciblées, en prenant des actrices lesbiennes pour incarner les rôles. C’est comme ça qu’on a trouvé Ashleigh, Cathy et Jessica. Jill s’était déjà engagée pour le rôle de Casey après avoir lu le script. En fait, Ashleigh était venue auditionner pour le rôle de Jen mais nous savions qu’elle ferait une super Lola.

La distribution était scellée en juillet et on a commencé à tourner à San Francisco en octobre. Ashleigh jouait dans une pièce à L.A donc on a interrompu le planning et on a fait plus de prises fin novembre-décembre. Il y a eu plusieurs journées de tournage supplémentaires au cours de l’année et demi suivante. Donc ça a été un long processus. On a commencé le montage pour de bon fin 2008 et le film a fait sa première au Festival Frameline du Film Gay et Lesbien de San Francisco en juin 2009.

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles ça a mis longtemps à se terminer. Megan et moi travaillons toutes les deux (on enseigne à l’Université) et on a payé pour ce film en grande partie avec nos propres économies donc on était dans une situation où il nous fallait “trouver” plus d’argent pour chaque nouvelle étape du processus.

Vous avez écrit l’histoire ensemble et réalisé le projet à deux. Aviez-vous déjà collaboré auparavant ? Comment est venue l’idée de ce travail à quatre mains ?

Megan et moi étions amies mais partagions un amour commun pour la réalisation de films donc on a parlé pendant un moment de collaborer sur un projet. Quand elle a eu fini un documentaire sur lequel elle travaillait, on a enchaîné sur Lola.

Comment vous êtes-vous organisées et avez-vous partagé le travail ?

Je pense que Megan et moi apportons différentes forces dans la balance. Une fois sur le tournage, Megan s’est plus occupée des acteurs pendant que je supervisais plutôt les trucs techniques. D’ailleurs, c’était en fait génial d’avoir deux “réalisatrices” étant donné tout ce qu’il fallait gérer. Deux têtes valent toujours mieux qu’une et je pense qu’on a fait une bonne équipe. Une fois le tournage terminé, quand on est passées au montage, ça a été vraiment facile parce que Megan et moi partageons un même sens de l’esthétique. De plus, avec les films indépendants, c’est facile de s’essouffler. Ça implique beaucoup de stress  et de pression financière donc ça aidait d’être deux pour se pousser de l’avant en quelque sorte. Je ne pense pas que ce film aurait pu se faire si nous n’avions pas travaillé ensemble en équipe.

Vous l’avez déjà expliqué, votre film est inspiré de Cours Lola, Cours, ce film à suspense allemand. Mais, mis à part le prénom de Lola et la course contre la montre de l’héroïne pour la personne qu’elle aime, les deux films sont totalement différents. Considérez-vous votre film comme un remake ou juste comme un clin d’œil ?

Ce n’est certainement PAS un remake. Nous n’avions aucune intention de faire un “remake” d’un classique du cinéma. Pour autant, nous voulions rendre hommage là où l’hommage était dû, d’où notre choix de nommer le personnage principal LOLA.

Ce qui nous a attirées dans la structure cinématographique de Run, Lola, Run c’est que ça ouvrait des possibilités. Surtout pour un film à petit budget comme le nôtre, c’était sympa de faire faire à Lola des cascades grâce à l’animation. Opter pour l’utilisation de photographies nous a aussi permis de “jouer” avec la narration sans avoir à dépenser plus d’argent. C’est évident que notre LOLA est un garçon manqué dans le plus pur sens du terme alors que dans le film original, on se demande parfois pourquoi Lola se donne même la peine de courir pour sauver le mec. Je veux dire, il n’est pas si beau que ça en réalité.

Vous pouvez nous l’avouer, vous n’avez pas résisté à l’idée d’en faire une lesbienne en voyant Franka Potente qui passe tout le film à courir en débardeur, cheveux rouges au vent ! Plus sérieusement, comment vous est venue l’idée de ce film ?

Je m’en remets à Megan pour cette question puisque c’était son idée d’utiliser en quelque sorte Run, Lola, Run comme point de départ. Cependant, à partir de là, c’est ensemble qu’on a développé l’histoire, les personnages et les intrigues du scénario. Je pense que le film est réellement fait comme un clin d’œil à Run, Lola, Run, mais ça s’arrête là.

Comment vous est venue l’idée de remplacer les scènes d’action par un aspect bande dessinée ?

C’est simple, ça nous a fait économiser de l’argent. En plus, on a eu la chance de trouver une talentueuse graphiste lesbienne, Jett Atwood, pour le projet. Elle est venue à nous avec ses propres idées sur comment on pourrait s’ouvrir des horizons grâce à l’animation. Je ne pense pas que tout le monde “pige” tout mais moi j’adore les séquences animées.

La distribution du film est composée presque à 100% de lesbiennes, même les musiciennes de la BO. Était-ce important pour vous et pourquoi ?

Eh bien, comme j’y ai fait allusion dans une précédente réponse, Megan et moi pensions qu’au final, les actrices lesbiennes (sachant jouer) feraient sans doute du meilleur boulot que n’importe quelle actrice hétéro qu’on pourrait trouver. Regardons les choses en face, les lesbiennes savent jouer les hétéros parce que c’est un peu ce qu’elles doivent faire au quotidien. Par contre, les femmes hétéros n’ont jamais vécu dans la peau d’une lesbienne, donc elles n’ont pas ce “feeling”. En tant que réalisatrices, on aurait pu passer beaucoup de temps à transmettre ces “vibrations” aux actrices mais il semblait que puisque ce film était entièrement lesbien, pratiquement à 100%, pourquoi ne pas prendre des lesbiennes pour y jouer ? Il y a de talentueuses actrices “out” qui savent jouer, pourquoi ne pas faire appel à elles ? Franchement, le “pay for gay” [= un(e) acteur/actrice hétérosexuel(le) incarnant un(e) homosexuel(le)] à la The L-Word se fait vieux. Si nous avons des femmes talentueuses et heureuses d’être identifiées comme lesbiennes, je trouve que c’est une bonne chose.

Megan et moi voulions aussi impliquer des femmes et des lesbiennes à tous les niveaux. Nous avions beaucoup de femmes dans l’équipe technique. Pour les prises de vue, nos photographes (Mollie McClure and Sophia Wallace) étaient toutes les deux lesbiennes, comme Jett Atwood, la graphiste. Idem pour la musique, pourquoi ne pas profiter de cet incroyable vivier de talent de musiciennes lesbiennes ? Le film demandait un certain feeling et une énergie et encore une fois, nous voulions que tout ça soit emprunt d’une “vibration” lesbienne. Toutes les musiciennes que nous avons eues n’étaient pas lesbiennes, mais je pense que l’ensemble de la BO est géniale et je suis fière que Saucy Monky, Jen Corday, Sick of Sarah et Lori Michaels soient en grande partie à l’origine de cette réussite.

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