Ani Ohevet Otach : Interview de Roxane Bonnet, Sophie Chrétien, Chloé Fonteneau et Hugo Marchand les réalisateurs du court-métrage

Ani Ohevet Otach : Interview des Réalisateurs

Interview accordée à l’équipe Univers-L le 07 Mars 2011 pour le site Univers-L.com

Est-ce que vous pouvez tous vous présenter en quelques mots ? (Votre âge, vos rêves, vos passions,  votre école et la spécialité de votre section ?)

SOPHIE : J’ai très bientôt 17 ans, je rêve de devenir réalisatrice, même si je m’oriente pour l’instant vers la télévision, et j’adore le cinéma, la photographie, et la musique.

CHLOÉ : J’ai bientôt 18 ans, je veux devenir journaliste, ou travailler dans la rédaction d’un magazine. Mes passions… la danse, le cinéma, la musique.

ROXANE : J’ai 17 ans et demi, j’ai pour ambition de devenir reporter photographe, et je m’oriente dans le domaine de la communication visuelle. Mes passions sont tout d’abord la photo, la musique, la danse, et bien sûr le cinéma et l’art en général.

HUGO : J’ai 17 ans, je rêve de travailler dans le cinéma (image), bien sûr j’adore le cinéma, la photographie… J’aimerais intégrer un BTS audiovisuel avec Sophie l’année prochaine. On est tous les quatre dans l’option ciné audio au lycée Renoir à Angers. Pour Roxane Sophie et Chloé qui sont en L c’est une option lourde (spécialité), donc…

C : … Cinq heures par semaine !

H : Moi qui suis en S je n’ai pas l’heure de scénario mais j’ai tout de même quatre heures.

S : C’est spécifique à Renoir de proposer aux S l’option Ciné Plus alors qu’ils devraient juste avoir les cours de facultatif.

R : On a deux heures de réalisation, deux heures d’analyse filmique et une d’écriture de scénario.

S : On suit tous l’option facultative d’une heure en plus, et oui, on est motivé !

Dans quel cadre a été réalisé Ani Ohevet Otach ? Un travail de groupe en cours ? Une passion commune pour le cinéma ?

S : Justement c’était notre projet de fin de seconde, notre premier court-métrage, en groupe.

C : On devait faire un film musical de quatre minutes maximum.

R : Les scénarios ont dû être écrit avant et il y a eu une première sélection, c’est le mien qui a été choisi.

Comment est née l’idée de votre court-métrage ?

H : En fait c’était une idée de Roxane, qui consistait en une rencontre entre une fille et garçon, une poursuite romantique dans un champ, mais on a tous retravaillé le scénario et on a décidé de prendre deux filles.

Pourquoi avoir choisi d’aborder la question de l’homosexualité féminine ? Est-ce un sujet qui vous tenait personnellement à cœur ?

S : Comme l’idée de base était assez classique, vue et revue, on a ajouté notre touche et donné plus de sens en choisissant l’homosexualité, qui oui nous tenait assez à cœur.

C : C’est un sujet qui n’est pas souvent abordé et c’est bien de l’aborder d’une manière poétique !

S : En fait cette année-là, la moitié des courts métrages de seconde en parlaient ! Quatre sur huit, ce qui nous a surpris parce qu’on ne s’était pas du tout concertés !

N’avez-vous pas craint des représailles, ou du moins d’être catalogué(e)s ?

H : Pas vraiment parce qu’à Renoir, qui est un lycée porté sur les arts, on a quand même un esprit assez ouvert et on n’a pas eu tellement de problèmes.

S : À part des rires à la deuxième projection, qui ont un peu cassé le romantisme ! C’est vrai que déjà faire cette interview sur un site lesbien c’est plus ou moins se cataloguer, mais ce n’est pas dans le but de dire « c’est un film lesbien », c’est avant tout un film d’amour, d’ailleurs je pense que c’est comme ça que les spectateurs l’ont ressenti. Mais les LGBT sont une bonne part du public qu’il ne faut pas négliger, on leur doit bien ça !

À la fin du court métrage, vous expliquez la signification du titre. Comment avez-vous fait cette découverte ?

H : Grâce à Sophie, qui avait un petit livre des « Je t’aime » du monde entier.

S : J’ai eu une illumination et je me suis souvenue de ce « Je t’aime » particulier !

R : En plus ça a donné énormément de sens au film, et un espèce de suspense.

S : Et pour une fois que c’était pas un titre en anglais !

En quoi est-ce important, pour vous, qu’une langue différencie la manière de dire « je t’aime » en fonction des locuteurs ?

H : Ça donne plus de tolérance peut-être ?

S : Bon après, c’est moins facile d’être mystérieux ! (rires)

Quel message avez-vous voulu faire passer par cette œuvre ?

C : Un message d’amour !

S : De tolérance.

C : D’humanité !

R : De poésie !

Vous avez travaillé à quatre sur le court-métrage. Comment vous êtes-vous organisés ? Il n’était pas trop difficile de cumuler plusieurs casquettes chacun (écriture, tournage et comédie) ?

H : On était tous un peu à tous les rôles, on retravaillé le scénario en groupe, écrit les plans en groupe, on est un peu tous passés à la caméra… Ça c’est fait plutôt harmonieusement.

S : Même si moi et Chloé étions actrices, on participait au choix du cadre etc.

Pourquoi avoir choisi la valse d’Amélie Poulain en bande-son du film ? Pourquoi une danse ? Est-ce une question de format ?

R : C’est moi qui l’ai choisie, parce que c’est une musique magnifique, pleine d’émotion !

S : On a construit le découpage très minutieusement en fonction de la musique, amusez-vous à repérer les moments où l’image colle au son…

H : Et pour la danse, parce que nous n’avions pas droit aux dialogues, et que finalement, on peut exprimer énormément rien qu’avec des gestes.

Quel effet ça fait d’être actrice dans son film alors que ce n’est pas prévu à l’origine ? Vous n’avez trouvé personne pour donner son image à ce personnage ?

C : Au début on a eu un problème d’actrices, de disponibilités, et puis on s’est approprié le rôle et pris au jeu. Ça m’a plu de jouer ce rôle pour ce film, même si je ne suis pas goudou ! (rires)

S : Je tiens à préciser que je ne sais pas pleurer et que donc Roxane m’a chaleureusement vidé le tube de dacryoserum dans l’œil !

Comment a été accueilli votre court-métrage ? Au sein du lycée ? De vos familles ? De vos amis ? Sur Youtube ?

H : Plutôt bien !

R : Après mes parents ont cru que j’étais homosexuelle mais c’était fun !

C : Les miens m’ont dit que j’embrassais beaucoup de personnes dans un même film ! (rires)

S : On en est à 600 vues sur Youtube, sinon on a eu un bon accueil à chacune des projections, et l’agréable surprise que le public retienne son souffle à la fin ! Et le « Aaaaaah ! » de compréhension du titre !

Aujourd’hui vous êtes en Terminale. Depuis que vous êtes en première, vous filmez des sujets liés à la reconnaissance militante de l’homosexualité : en filmant la Marche des Fiertés par exemple. Que pensez-vous de la question de la visibilité lesbienne ? Faut-il être visible pour être politiquement audible ?

S : Je pense que ça ne sert à rien de crier toutes les cinq minutes « je suis lesbienne » mais on ne doit pas le cacher pour autant. Et je pense qu’une fois par an, et tant que nos droits ne seront pas les mêmes partout, il est nécessaire de se faire entendre. Le jour où on aura plus besoin de Gay Pride, ce sera bon signe !

H : Bah et les gays ? (rires)

On aurait tendance à penser que la jeunesse actuelle est plus ouverte d’esprit et tolérante face à l’homosexualité, de par la médiatisation qui en est faite dans les médias. Qu’en est-il réellement ?

C : C’est vrai dans un certain sens mais on est quand même dans une société où ça reste un sujet tabou.

S : Je pense que les choses évoluent mais ça dépend vraiment des milieux. Nous on dit ça depuis notre lycée de babas cools mais je pense qu’une lesbienne de banlieue verrait les choses autrement.

H : Bah et les gays ?! (rires) Non mais même si ça reste tabou, les choses sont remises en question, et quand on voit que 53% des français sont pour le mariage gay, on peut positiver !

On se souvient de la polémique du court-métrage « Le Baiser de la Lune ». Pensez-vous qu’il est intéressant de diffuser ce type de travaux dans les établissements scolaires ?

H : Je pense qu’il faut quand  même en parler…

C : … pour leur apprendre à être tolérant.

S : En soit je ne suis pas opposée à leur montrer ça, c’est comme les vidéos sur le racisme etc., je pense qu’il faut faire ça en même temps que les autres opérations sur les discriminations, pas nécessairement à part.

R : Je pense qu’il faut plus approfondir le sujet en collège et lycée, où les questions deviennent plus problématiques.

Vous réalisez des vidéos, des reportages, une websérie (en 1ère), vous utilisez beaucoup Internet : on trouve vos vidéos sur Youtube et vous, Sophie Chrétien, vous avez un site perso, Hugo Marchand également et on peut vous suivre sur Facebook. Comment définiriez-vous votre rapport aux images ?

H : On est tous les deux passionnés par la création d’images, on veut tester le maximum de choses pour augmenter aussi nos chances d’entrer dans des écoles.

S : Je trouve que le truc qui me fait le plus peur c’est la question du partage sur Internet. Parce qu’aujourd’hui, tout va vite, et on retrouve des photos de supers photographes à droite à gauche sans nom, et je pense que tout le monde oublie un peu les droits d’auteur. C’est un super outil de partage mais il faudrait prendre plus de précautions ! En tout cas, le nôtre, il est en ligne, on vous invite chaleureusement à aller le voir (en plein écran avec le son monté), à donner votre avis et à le partager (facebook etc.) !

Merci de nous avoir interviewés, longue vie au site, et on espère que le film plaira à tous et à toutes !

Retrouvez le court-métrage Ani Ohevet Otach sur Youtube.

Ani Ohevet Otach

En haut : Chloé Fonteneau, Roxane Bonnet.
En bas : Hugo Marchand, Sophie Chrétien.

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