Elles se rendent pas compte de Boris Vian

Elles se rendent pas compte Boris Vian

Titre Français : Elles se rendent pas compte

Titre Original : Elles se rendent pas compte

Auteur : Boris Vian (Vernon Sullivan)

Date de Sortie : 1950

Nationalité : Française

Genre : Roman Contemporain

Nombre de Pages : 180 Pages pages

Éditeur : LGF

ISBN : 978-2-253--14921-7

Elles se rendent pas compte : Quatrième de Couverture

Que Gaya s’apprête à en épouser un autre, Francis, son ami d’enfance et amoureux d’occasion, aurait peut-être pu l’admettre à la rigueur.

Mais que le fiancé lui fournisse de la drogue, non ! Surtout qu’il appartient à une drôle de bande, ce fiancé. Et qu’en plus il n’aime pas les filles. Et là, ça devient carrément louche. Parce qu’elle est d’une famille très riche, la petite Gaya. Alors il fonce, Francis. Beaucoup de bagarres, pas mal de sexe, quelques morts. Il faut ce qu’il faut : sans ça, elles se rendent pas compte ! Un “Vernon Sullivan” percutant, qui classe sans conteste Boris Vian parmi les classiques du polar noir.

Elles se rendent pas compte : Avis Personnel

Elles se rendent pas compte fait partie des romans peu connus de Boris Vian. Heureusement.

Pour que les choses soient claires, redessinons un peu la quatrième de couverture sans langue de bois : Francis Deacon, le héros, vole au secours d’une jeune fille un peu paumée qui ne lui avait rien demandé (bon, jusque là tout va bien, ses intentions étaient louables). Ensuite, ledit Francis se trouve confronté à une bande de dealers (dealer c’est mal : donc eux, ce seront les méchants) composée d’homos (des gens bizarres, un peu, et contre-nature, beaucoup) dirigée par une lesbienne (comprendre : une fille frustrée qui n’a eu que de mauvaises expériences avec les hommes ; la pauvre) ayant à sa solde une ribambelle de lesbiennes entraînées au combat (c’est-à-dire, était-ce la peine de le préciser, une ribambelle de vagins en manque qui ne demandent qu’à accueillir notre cher Francis ; enfin ça elles ne le disent pas elles-mêmes, mais Francis, lui, il sait bien que c’est ce qu’elles veulent ; c’est évident). S’ensuivent des course-poursuites, des bagarres à coups de poings et de pieds, des dialogues poussifs géniaux, et des viols en série. Sur fond de parodie de polar noir.

Alors le fait que ce soit une parodie de polar américain, ça j’avais compris. Après, quand il a fallu que j’avale le reste, j’ai eu plus de mal. À tel point qu’avant de faire ma critique, je suis allée faire un petit tour sur le net pour trouver des avis de lecteurs et voir leurs réactions.
Ben ils sont enchantés. Si si, vraiment. Ils trouvent ça drôle (pas moi), décalé (c’était pas «malsain» le mot que vous cherchiez plutôt ?) et pas du tout homophobe.

Expliquons-nous sur ce point : il y a dans ce roman des homos hommes et des homos femmes. En ce qui concerne les hommes, je veux bien le croire. Vian n’est pas infiniment élogieux à leur sujet, on a droit aux habituels stéréotypes des efféminés et autres mauviettes, mais imputons cela à l’époque (les années 50) et au fait qu’ici les gays soient les méchants de l’intrigue, donc forcément des personnages désagréables. D’accord.

Mais alors en ce qui concerne les femmes – les lesbiennes donc -, c’est une autre paire de manche. Si je résume, les pauvres lesbiennes ne savent pas ce qu’elles ratent sans nos chers amis les hommes – d’où le fameux titre : «elles se rendent pas compte». Et pour remédier à ce fâcheux constat, il convient donc d’attraper toutes celles que l’on peut et de leur montrer avec force amabilité comment un vrai homme courtise une vraie femme. Bon ça chez moi (et dans le dictionnaire Larousse), ça s’appelle un viol hein. Mais ici comme c’est de la fiction, dès qu’une lesbienne se fait violer, elle se met à adorer ça et se transforme en une créature lubrique et intenable qui ne pense qu’à utiliser tous les garçons qui se présentent à elle comme des sextoys. Génial. Et visiblement c’est drôle. Ah bon.

Bref, ce roman m’a affligée. Vraiment.

Pourtant et très honnêtement, j’ai tout essayé pour tenter de le comprendre. D’abord, je me suis dit que Boris Vian utilisait un héros aux habitudes détestables pour dénoncer une vilaine réalité ; mais non, aucune volonté de morale, aucune volonté de leçon à tirer du comportement du héros. Alors j’ai pensé que tout cela était le reflet d’une époque et de l’opinion des années 50 ; sans doute à cette période l’incompréhension de l’homosexualité poussait à dire les pires âneries qui soient. Enfin, j’ai envisagé de sauver la réputation de cet auteur reconnu qu’est Boris Vian en me persuadant que je n’avais rien compris au roman, et qu’il devait y avoir un message subliminal que je n’avais pas su décoder et qui excuserait tant d’imbécilité pleinement assumée.

Quoi qu’il en soit, les réactions que j’ai pu lire sur le net m’ont achevée après cette lecture déjà éprouvante. Voir tous ces gens qui trouvaient ce roman teeeeeellement drôle, divertissant et bourré d’humour…

Alors il y a deux solutions : soit je manque singulièrement d’humour, soit – cinquante ans après la rédaction de l’ouvrage – les lecteurs des années 2000 ne sont toujours pas choqués par cette déferlante de lesbophobie concentrée. J’espère sincèrement que c’est moi qui manque d’humour.

Elles se rendent pas compte : Extraits

« Je n’insiste pas parce qu’elle a beau être inconsciente, je lui ferais bien des politesses. Mais à y réfléchir, ça ne vaut pas le coup. La vraie Flo m’attend dehors et elle a toute sa lucidité. Gaya dans l’état où elle est, autant faire ça avec une chaise. Et puis j’ai ma robe qui me gêne et j’aurais l’air idiot si on entrait.
Et zut et zut, j’ai horreur des drogués, quels qu’ils soient, Gaya ou autres.»
«- Tiens-lui les mains.
Ritchie obéit. Il lui garde les deux mains au-dessus de la tête pendant que je maintiens les jambes allongées. C’est un charmant spectacle que le ventre plat d’une jolie fille mince avec les attaches des bas et le nid bien doux où plus d’un oiseau que je connais s’empresserait volontiers de venir nicher.
Allons, qu’elle en ait pour son argent… Et moi aussi. […]
Elle pousse un cri au moment où je me glisse sur elle… Mais il est trop tard. Ritchie la lâche à son tour et se remet à surveiller la route… Discret, mon frère… Elle ouvre des yeux comme des passages à niveau.

– Salaud…, dit-elle entre ses dents.

Je me sens comme dans un petit complet sur mesure… Un soupçon trop ajusté, mais c’est le charme du presque neuf… En même temps, je lui tiens les poignets et je me penche jusqu’à lui embrasser les lèvres de nouveau. Elle essaie de me mordre. J’aime assez. Je mords aussi. »

A propos de Julia Clieuterpe

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Chroniqueuse occasionnelle

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