Famille à tout prix de Geneviève Delaisi de Parseval

Famille à tout prix de Geneviève Delaisi de Parseval

Titre Français : Famille à tout prix

Titre Original : Famille à tout prix

Auteur : Geneviève Delaisi de Parseval

Date de Sortie : 07 Février 2008

Nationalité : Française

Genre : Essai

Nombre de Pages : 389 pages

Éditeur : Seuil

ISBN : 978-2020817288

Famille à tout prix : Quatrième de Couverture

Geneviève Delaisi de Parseval poursuit ici sa réflexion sur la famille contemporaine commencée il y a vingt-cinq ans dans L’Enfant à tout prix. À partir de son expérience clinique de l’assistance médicale à la procréation (insémination artificielle par donneur, fécondation in vitro, dons de gamètes et d’embryons…), elle s’adresse principalement à ces nouveaux parents pour les aider à se repérer dans ce paysage extrêmement complexe. Que faire quand “ça” ne marche pas ? Mais aussi quand ” ça” marche ? S’agit-il d’une grossesse comme les autres ? Faut-il – et comment – parler aux enfants de la manière dont ils ont été conçus ? Comment se représenter l’apport des donneurs de gamètes ? Que penser de la pratique de la gestation pour autrui ? Et des demandes des couples homosexuels ? Après avoir comparé les lois en vigueur dans différents pays du monde, Geneviève Delaisi de Parseval propose au législateur français des mesures concrètes destinées à renouveler le débat bioéthique. C’est le livre que l’on attendait sur la révolution familiale engendrée par l’assistance médicale à la procréation.

Geneviève Delaisi de Parseval est psychanalyste et membre associé de plusieurs Centres d’éthique bio-médicale dans le monde. Elle est notamment l’auteur de L’Art d’accommoder les bébés (avec S. Lallemand, Seuil, 1980, et Odile Jacob “Opus”, 1998), La Part du père (Seuil, 1981, et “Points Essais ” 2004), L’Enfant à tout prix (avec le Dr A. Janaud, Seuil, 1983), Enfant de personne (avec P. Verdier, Odile Jacob, 1994), La Part de la mère (Odile Jacob, 1997) et Roman familial (Odile Jacob, 2002, prix N. Abraham/M. Torok).

Famille à tout prix : Avis Personnel

Le désir de fonder une famille est un désir légitime, qui correspond tout autant au désir de procréation assumé par nos instincts, qu’au message véhiculé par la société. On entend ainsi souvent dire qu’une femme ne peut jamais être accomplie qu’avant de devenir mère. Partons donc de cette affirmation plutôt doxale pour nourrir notre réflexion. Au-delà du caractère réducteur d’une telle affirmation, du fait que la part masculine y est complètement occultée, on y trouve un bon nombre de présupposés de la société. Une femme qui ne peut avoir un enfant ne sera-t-elle jamais une « vraie » femme ? Comment assumer sa stérilité et faire le deuil de ce désir d’avoir un enfant légitime? Voici donc le problème principal que comportent ce genre de discours tous faits : ils posent une norme, en excluant radicalement ceux qui n’y entrent pas. Comment celles qui ne veulent pas d’enfants, qui privilégient leur carrière avant leur famille, ou bien celles qui ne peuvent pas – infertilité physiologique, sociale, voire même tout simplement amoureuse – peuvent-elles assumer ce désir qui semble aller à l’encontre du rôle qu’on leur a assigné ? Outre les évolutions des mœurs et le décalage qui existe désormais d’avec les discours tous faits qui ne correspondent plus à l’époque actuelle, un nouvel élément vient changer la donne : celui des avancées scientifiques. Désormais, avec l’Assistance Médicale à la Procréation – et à travers elle la multiplicité des possibles qu’elle intègre, fécondation in vitro, dons de gamètes, dons d’embryons, gestation pour autrui,… – l’ordre « naturel » des choses est bouleversé, et ce qui autrefois était impossible devient aujourd’hui possible. Ainsi, l’infertilité ne semble plus être un problème irrémédiable : si nous prenons l’exemple de l’ICSI (intra-cytoplasmic sperm injection) dans le cadre de l’infertilité masculine, il suffit d’un seul spermatozoïde valable pour féconder un ovule. Or cela pose plusieurs types de problèmes, philosophiques, éthiques et religieux. Pour le cas de l’ICSI, la philosophie pointe le problème de l’eugénisme (et pourquoi pas celui du bébé « fait sur mesure », p 59), l’éthique s’interroge sur la légitimité des résultats de cette pratique (avec des spermatozoïdes « défectueux » on obtient un taux de réussite supérieur à celui d’une procréation « normale » sans AMP), et les questions de religions – que nous considérons cependant comme étant des questions de second plan car elles ne peuvent qu’aboutir à un dialogue de sourds avec la science, les deux se situant sur des domaines différents et irréconciliables – qui suscitent de nombreux problèmes et débats : vouloir aller à l’encontre de la nature, remettre en cause le pouvoir divin de création. Cependant, ces questions ne sont qu’une facette de la question générale de l’AMP, si nous pouvons le dire ainsi : la facette théorique. En réalité ces questions ne sont que prescriptives, et elles adviennent postérieurement à l’acte médical. Donc, le second aspect du problème, qui est en réalité premier, est celui du statut des nouvelles familles, celles issues de l’AMP. Voici donc ce dont propose de traiter l’ouvrage de Geneviève Delaisi de Parseval : famille à tout prix, parce qu’il est désormais possible de fonder une famille, mais à quel prix ? Au prix de faire face à l’incompréhension et à la véhémence des gens, au prix de son énergie et de sa santé, au prix de rentrer dans une nouvelle catégorie sociale pour laquelle rien n’est encore prévu, puis finalement, au prix au sens propre du terme : s’exposer à des dépenses exorbitantes.

Cet ouvrage se présente donc comme un guide complet : il propose tout aussi bien des considérations scientifiques, des exemples précis avec études de cas, des chiffres à l’appui, des expériences concrètes auxquels vient s’additionner le point de vue de la psychanalyste qu’est l’auteure. Tout y est donc réuni pour rendre accessible à tout le monde, et surtout aux profanes que bien souvent nous sommes – ne serait-ce que par rapport aux techniques scientifiques et au jargon qui les accompagne – les problématiques, enjeux et fonctionnement de cette nouvelle ère. Le thème permettant de réunir ceci est celui de la famille. Tout se joue autour de ce désir d’enfant, des fantasmes de parentalité qui se rêvent réalité. Avec l’AMP et l’enfant qui a été « difficile à faire », l’adoption, l’homoparentalité, les parents célibataires, de toutes nouvelles configurations émergent et avec elles un nouveau concept de famille. L’évolution de la famille a subi une transformation radicale, en outre, elle ne repose plus sur une sorte de modèle patriarcal, composé d’un couple homme / femme destiné à rester ensemble pour le reste de leur vie. Le nouveau noyau dur de la famille, ce qui nous permet d’affirmer que c’est bien une famille, est l’enfant. C’est donc autour de l’enfant que se construisent les nouveaux modèles familiaux. Famille à tout prix nous renvoie donc au désir de fonder une famille, d’avoir un enfant et des difficultés que cela entraine lorsque la nature ne nous le permet pas toujours. La filiation est donc le ciment qui remplace ce qu’étaient autrefois les liens du mariage.

Geneviève Delaisi de Parseval organise son ouvrage et traite ce problème selon deux grandes sections intitulées respectivement « la cuisine procréative contemporaine » et « malaise dans la filiation » (qui n’est pas sans nous rappeler Malaise dans la civilisation de Freud). Dans cette première section elle passe en revue les diverses manière d’être parents grâce à la « cuisine procréative ». Cette expression qui peut paraître étonnante au début résume parfaitement l’idée de fond selon laquelle, avec les avancées scientifiques, il s’agit plutôt de recettes pour obtenir des enfants. Il faut des ingrédients, un ovocyte, des gamètes, le tout mélangé dans un environnement neutre et « enfourné » pendant neuf mois, et si la recette a été bien respectée, alors on obtiendra un enfant. Il s’agit réellement d’une instrumentalisation des potentialités du corps humain. Ce jargon protocolaire vient se substituer au mystère qui entoure le phénomène de la vie. Nous retiendrons une phrase présente à la page 257 que l’auteure empreinte à Jean-Philippe Pierron : « l’engendrement est physique, l’origine est métaphysique ». Il sauve la sacralité de la vie en dissociant l’engendrement, qui est ce dont la science s’occupe et dont nous parlons, et l’origine qui tend plutôt à sauvegarder l’idée que la vie ne réside pas seulement dans une recette parfaitement accomplie, mais bien qu’elle recouvre une étendue plus sacrée, plus mystérieuse et donc en quelque sorte métaphysique – partout où il y a de la vie, il y a aussi du contingent et de l’étonnement. Cette première section recouvre donc l’idée que lorsque l’on souhaite fonder une famille malgré une stérilité ou d’autres problèmes il sera toujours possible de le faire. Elle explique donc les procédés que sont la fécondation in vitro (mettre en contact un spermatozoïde et un ovule hors de l’appareil reproducteur humain) et l’ICSI (intra-cytoplasmic sperm injection). Plus généralement, ces techniques sont possibles grâce à un don. Ces dons recouvrent la totalité des « semences » humaines nécessaires à la création d’un embryon : le don de gamète (la technique étant AMP-D), parmi ces gamètes il y a le don d’ovocytes, le don de sperme (FIV-D) qu’il soit celui du conjoint (IAC, insémination artificielle avec le sperme du conjoint) ou anonyme (IAD, insémination artificielle avec sperme de donneur anonyme). Ces techniques interviennent selon le besoin du couple, s’il s’agit d’une infertilité masculine, alors les solutions sont l’IAC, si cela ne fonctionne pas, on peut essayer l’ICSI, et si cela est toujours un échec, il reste la solution de l’IAD, mais dans ce cas l’enfant ne sera biologiquement que celui de la mère. D’après cela, qu’est-ce qui doit être le plus important : le père d’intention – qui a tant désiré cet enfant, qui a exposé sont couple a de lourdes dépenses, autant financières qu’énergétiques, et qui finalement l’élèvera – ou le père biologique, c’est-à-dire le donneur de sperme ? Ceci nous conduit donc directement à la deuxième section : « malaise dans la filiation ». Cette section s’interroge donc sur les répercussions de ces combats pour « devenir famille » sur le couple, les futurs enfants, et nous montre l’urgence de repenser le concept traditionnel de famille. Outre cela, elle nous montre également la détresse de ces futurs parents et leur propose des solutions aux questions qui ne trouvent encore que peu de réponse – certainement parce que les enfants issus de ces techniques commencent à peine à devenir adultes et que l’entrée dans les mœurs de ces nouvelles techniques est progressive – comme, par exemple, « dois-je dire à mon enfant comment a-t-il été conçu ? ». Plus que de nous expliquer ces techniques, de nous renseigner sur « comment faire pour avoir un enfant ? » et « quels sont les obstacles ? » elle met en lumière les obstacles et les inquiétudes de ces nouvelles familles, propose des réponses et met clairement en avant son point de vue. Ainsi, dans cette seconde section elle expliquera pourquoi, malgré les nouvelles configurations familiales (comme le cas de la famille homoparentale qu’elle soutient par ailleurs) il faut néanmoins expliquer à l’enfant de quelle manière biologiquement, il est issu : c’est-à-dire avec un homme et une femme. Le but de cette argumentation n’est pas de prôner un discours rétrograde visant à valoriser les modèles familiaux traditionnels, donc triangulaires (homme, femme, enfant), mais bien de ne pas renier cette origine qui elle, est bien triangulaire. Le point de vue de la psychanalyste est clair : l’enfant peut grandir équilibré avec n’importe quel modèle familial – en quelque sorte du moment que l’amour et le respect dirigent ce modèle familial (dans le cas où l’un des parents décède, l’enfant grandira avec le modèle d’une famille monoparentale et sera aussi équilibré qu’un enfant issu d’un modèle traditionnel, ceci est la preuve d’une part qu’il n’y a pas qu’un seul modèle possible et que d’autre part, la voie vers d’autres modèles que ces deux là est possible) – mais il ne faut pas renier et lui cacher les origines de sa conception, le « d’où il vient ». Ce raisonnement appuie le combat que l’auteure mène pour la levée de l’anonymat concernant les dons, ce qui permettrai à l’enfant de connaître ses origines, que ce soit dans le cas d’un don de gamètes ou d’une adoption, sans pour autant que la « parentalité » de ses parents ne soie remise en cause. Cet anonymat illustre en quelque sorte l’hypocrisie du système : même s’il prétend aller de l’avant, ceci n’est pas le cas car en laissant les donneurs dans l’anonymat, cela empêche une réelle décomplexion, une réelle transparence, qui seraient alors le témoin de cette nouvelle ère familiale que nous vivons. Ces idées que défend Geneviève Delaisi de Parseval se trouvent en dernière instance de l’ouvrage, dans le chapitre des « propositions au législateur » en vue des discussions sur les lois bioéthiques. Chaque section commence donc par une explication théorique et une mise en exergue des problèmes étoffés d’exemples précis de cas cliniques qui visent à nous montrer des cas concrets et à nous sensibiliser au côté humain, qui est souvent perdu dans le point de vue de la science. En annexe, nous trouvons des tableaux comparatifs permettant de faire l’état des lieux de l’AMP dans le monde, histoire que nous puissions voir où se situe la France par rapport à ses voisins.

Le style de l’auteure est donc net clair et concis, ainsi nous ne pouvons concrètement le présenter plus que nous l’avons déjà fait sans le paraphraser grossièrement et sans rentrer dans des détails scientifiques. Nous choisirons donc, pour finir, de montrer les éléments qui ont attiré notre attention : c’est-à-dire ceux qui permettent de fournir une profonde réflexion bio-éthique, et notamment d’éclairer le statut particulier de la famille homoparentale.

Dès son introduction, Geneviève Delaisi de Parseval indique que son ouvrage ne se limitera pas à un caractère explicatif et descriptif, mais qu’il sera également critique. Elle se qualifie ainsi elle-même de whistle blower (p11), celle qui dénonce quitte à se dresser contre son propre milieu pour l’améliorer et en dénoncer les dysfonctionnements. Outre les questions de corruption, il s’agit également de se remettre au goût du jour : il s’agit d’une remise en question constante car le progrès à cet effet qu’il rend très vite les nouveautés désuètes. Un des grands problèmes est donc celui du déni de l’historicisme. La tendance habituelle calque la culture sur la nature comme si ça allait de soi, alors que tout semble les remettre en question. Ces tendances habituelles, qualifiées de normale par certains, de conservatrice pour d’autres repose sur trois grands axes : la figure familiale triangulaire (un père, une mère et leur enfant), les pressions religieuses qui regardent d’un mauvais œil ces changements, et le peu de réactivité du législateur qui tarde donc à donner un statut aux modèles émergent (celui par exemple de la famille homoparentale). Ainsi, ceux qui font partie de ces nouveaux modèles n’échappent à aucun des inconvénients générés par ces trois axes, et ne savent pas souvent comment agir et se comporter. Ceux qui ne trouvent pas grâce aujourd’hui verront peut-être leur lendemain s’améliorer, et ce, ne serait-ce qu’en trouvant une certaine reconnaissance à travers la loi. Ce qui apparaît donc comme une transgression aujourd’hui sera considéré comme une normalité demain. Ceci est l’idée qui est mise en place à travers l’expression de civil disobedience (p12) : « désobéissance à une disposition législative au nom d’une loi meilleure ».

« Depuis quelques décennies déjà, l’évolution des configurations familiales contemporaines – avec le développement de l’adoption, des familles recomposées et de l’aide médicale à la procréation – avait mis à mal le recouvrement entre procréation et filiation. Auparavant, ces deux termes de la parenté étaient répartis entre les mêmes acteurs – un père et une mère – à l’intérieur d’une unité familiale commune » (p21). Avec l’AMP il y a donc une nouvelle distribution de la « cuisine parentale » : l’ovocyte, l’utérus gestationnel et le spermatozoïde fécondant. Cela entraîne donc de nombreux bouleversement : qu’est qu’un père ? Qu’est ce qu’une mère ?

Il existe deux tendances qui s’entrechoquent et se contredisent sur le statut de la parenté. Geneviève Delaisi de Parseval renomme cet antagonisme, non sans ironie, la querelle des anciens et des modernes ! De manière classique, on reconnait la filiation selon les liens du sang uniquement. Dans le second cas, la pensée moderne détermine la parenté par rapport à la volonté d’être parent. Aux liens du sang se substituent les liens du désir et de l’amour. Un compromis serait possible si le premier n’excluait pas le second. L’auteure propose une vision conciliée des deux : dans le cas d’une adoption, elle soutient qu’il faut d’accorder plus d’importance à la famille de cœur, à celle qui élève, mais qu’il ne faut pas cacher ses origine à l’enfant et lui reconnaître également une famille biologique. Ceci constitue exactement une révolution du concept de famille, car en cachant à un enfant adopté ses origines, nous retrouvons finalement le désir d’une configuration classique triangulaire, mais qui ne correspond plus du tout au contexte. L’on souhaite alors faire rentrer sa famille dans un moule qui n’est pas fait pour elle. Pour crever l’abcès, il faut donc désormais accepter ses différences, sans que celles-ci ne soit discriminatoires, et oser abandonner les modèles réconfortants pour adopter ceux qui sont justes. Cette acception devra forcément passer par une reconnaissance juridique, ce qui n’est malheureusement encore pas le cas. Pour nous en rendre compte, il suffit que nous nous intéressions à la définition de la filiation que propose la pensée juridique classique : « la vérité biologique reste l’objectif à atteindre pour l’établissement d’un lien de filiation entre un parent et un enfant ; contrairement à la volonté humaine dont on connaît les méandres et les fluctuations […], la biologie est nette et immuable » (p192). Pour les modernes, ce qui importe d’être reconnu par la loi est bien plutôt l’intention de devenir parent, ce qui protégerait assurément les futures et déjà existantes familles ayant eu recours à diverses méthodes d’AMP.

L’idée générale est donc qu’il y a de la famille, c’est-à-dire du lien social organisé autour de la procréation. Le but de cet ouvrage est donc de « réinventer le mot « famille », d’en redessiner les contours » (p23). Devenir une famille, se faire famille prend ainsi le nom, dans le cas d’AMP, de projet parental. Ce qui prime désormais est réellement le désir d’enfant, et non plus seulement le devoir d’en faire pour répondre à une norme. Voici donc la définition de l’AMP que nous trouvons dans l’article L. 2141-2 de la loi bioéthique : « l’assistance médicale à la procréation est destinée à répondre à la demande parentale d’un couple. Elle a pour objet de remédier à l’infertilité dont le caractère pathologique a été médicalement diagnostiqué, ou d’éviter la transmission à l’enfant ou à un membre du couple d’une maladie d’une particulière gravité. L’homme et la femme formant le couple doivent être vivant, en âge de procréer, mariés ou en mesure d’apporter la preuve d’une vie commune d’au moins deux ans et consentant préalablement au transfert des embryons ou à l’insémination. » (p205). Ceci résume clairement tous les problèmes éthiques que cela pose : qu’est ce que signifie une maladie de « particulière gravité » ? Que signifie « en âge de procréer » ? Est-il irrémédiablement exclu de parler de projet parental pour les couples homosexuels, dont l’infertilité est uniquement sociologique ? Si le flou du législateur est en fin de compte une bonne chose, qu’il permet, par exemple, de ne pas stigmatiser les maladies, il semble néanmoins affirmer certaines prises de position. Ainsi, concernant la question de l’homoparentalité, Geneviève Delaisi de Parseval remet clairement en cause le concept d’ordre symbolique comme étant un sophisme qui sous-entend que l’hétérosexualité est une garantie sine qua non du bon développement de l’enfant. Elle conclue ce raisonnement en invoquant Freud qui attribuait à l’humain le fait d’être bisexuel. Ceci réfute donc l’argument d’une parentalité perverse. Ainsi, même si les articles de lois essaient d’être cautionneux, ils isolent néanmoins certains cas qui, au sens de l’auteure, ne devraient pas l’être. Voici donc pourquoi il faut redessiner les contours du concept de famille, l’éclairer à la lueur des connaissances issues de la philosophie et de la psychanalyse, et non plus seulement du point de vue de la science et de ses praticiens. Cette nouvelle conception de la famille induit donc de nouvelles lois, des améliorations des textes déjà existants, il n’y à qu’à regarder la définition de projet parental que nous venons de citer. Concernant cet intérêt de l’apport psychanalytique qui cherche à prendre en considération le côté humain, nous retiendrons cette plainte de l’auteure : « on se demande à quel titre une institution peut s’arroger le droit d’ignorer la souffrance et les valeurs d’une famille » (p97, commentaire d’ordre psychologique sur l’IAD, à propos de la loi bioéthique de 1994 qui interdit l’insémination avec du sperme frais).

Finalement, nous retiendrons de cet ouvrage, outre son caractère explicatif précis et complet, l’importance accordée à l’humain. Chaque intention d’écriture est dirigée vers l’intérêt de la famille, vers une amélioration des conditions politiques. Les travaux de l’auteure dénotent d’une réelle expérience dans ce métier, d’une sincère et attentionnée écoute de ses nombreux patients. Elle met l’expérience au service de la théorie, et nous ne pouvons à aucun moment lui reprocher un manque de rigueur. Nous voyons ainsi tout l’intérêt du point de vue du psychanalyste : ce n’est pas parce que désormais la science « peut », qu’elle « doit » (elle se demande notamment « si le mieux n’est-il pas l’ennemi du bien ? », p59). L’intérêt de l’expérience et du suivi des différents cas sur le long terme permet donc de statuer sur les bienfaits et les méfaits au niveau humain. Réussir par exemple à définir la perte de contrôle de son corps (et donc le fait de s’en remettre totalement à la science) comme étant la plus grande blessure narcissique qui puisse arriver à une personne en tant, non plus seulement que sujets engagés dans un projet parental, mais en tant qu’êtres humains avec ses désirs et ses obstacles (par exemple avec le cas des FIV explicité p51 : « devenir enceinte, transformer enceinte, fabriquer enceinte »), est une source riche d’intérêt. Elle permet de mieux légiférer, de mieux encadrer les protocoles et le suivi durant les AMP, de mieux anticiper et répondre aux inquiétudes des futurs parents lancés dans cette difficile aventure. Nous pouvons voir un autre exemple de ceci pour le cas de l’ICSI : si cette technique « aboutit à la restitution d’une paternité biologique chez l’homme infertile, elle pointe aussi, par sa sophistication même, le déficit de fertilité de l’homme : elle ne colmate pas la blessure narcissique d’avoir eu à recourir à cette technique peu gratifiante » (p59).

En conclusion, la clé pour comprendre cette nouvelle notion de famille est celle de pluri-parentalité. Les enfants possèdent une double ou triple appartenance même si une seule filiation est établie (double du côté du père car il y a le père biologique et le père de cœur, et triple pour la mère car il y a la mère gestationnelle, la mère qui fournit l’ovocyte, et la mère de cœur) et il faut désormais accepter cette idée et composer avec. Geneviève Delaisi de Parseval dénonce également dans son livre le fait que les psychanalystes et autres représentants des sciences humaines sont souvent invités dans des débats et engagés pour faire figuration. Elle nous prouve, à travers cet ouvrage, l’importance que peut recouvrir son point de vue. Elle permet de rendre cette connaissance accessible à tous et même au profane, sans pour autant « brader la connaissance » : voici donc une admirable preuve (voire même, bien malgré elle, un brillant plaidoyer en faveur de l’utilité des sciences humaines) des bienfaits qu’apportent une critique constructive, et de leur réelle nécessité au sein des réflexions bioéthiques.

Famille à tout prix : Extraits

« Depuis quelques décennies déjà, l’évolution des configurations familiales contemporaines – avec le développement de l’adoption, des familles recomposées et de l’aide médicale à la procréation – avait mis à mal le recouvrement entre procréation et filiation. Auparavant, ces deux termes de la parenté étaient répartis entre les mêmes acteurs – un père et une mère – à l’intérieur d’une unité familiale commune »(Page 21)

« la vérité biologique reste l’objectif à atteindre pour l’établissement d’un lien de filiation entre un parent et un enfant ; contrairement à la volonté humaine dont on connaît les méandres et les fluctuations […], la biologie est nette et immuable. » (Page 192)

« L’assistance médicale à la procréation est destinée à répondre à la demande parentale d’un couple. Elle a pour objet de remédier à l’infertilité dont le caractère pathologique a été médicalement diagnostiqué, ou d’éviter la transmission à l’enfant ou à un membre du couple d’une maladie d’une particulière gravité. L’homme et la femme formant le couple doivent être vivant, en âge de procréer, mariés ou en mesure d’apporter la preuve d’une vie commune d’au moins deux ans et consentant préalablement au transfert des embryons ou à l’insémination. » (Page 205)

A propos de Edwine Morin

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Relectrice et Chroniqueuse Occasionnelle. Passionnée par les séries télévisées, elle en dévore depuis des années dans tous les thèmes possibles et ses préférences sont si hétéroclites qu'il est difficile d’en trouver les limites. Romantique dans l’âme, elle a succombé au charme d’I Can’t Think Straight et de Loving Annabelle tout en étant fan du travail de Quentin Tarantino.

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