Histoire de films lesbiens ou quand une hétéro tombe amoureuse d’une lesbienne

High ArtWhen Night Is FallingImagine & You

Dernièrement en regardant les films étiquetés lesbiens sous un jour différent, j’ai pris conscience d’un fait étrange. Régulièrement, des héroïnes hétérosexuelles qui se considèrent comme telles dès le générique d’introduction, tombent amoureuses de lesbiennes. J’ai réfléchi, tenté d’agrandir la liste de films et réalisé que ce schéma se répétait très souvent.

J’ai donc essayé de savoir pourquoi. En effet, une découverte de ce genre doit forcément amener un semblant de réflexion. Parce que lorsque vous y réfléchissez quelques secondes, le scénario, une femme ordinaire à qui la vie réussit qui rencontre une autre femme qui l’attire irrésistiblement et dont elle tombe amoureuse, ça vous rappelle quelque chose.

Oui, ça vous rappelle des réalisations allant de When Night Is Falling à Imagine Me & You en passant par High Art, It’s In The Water, Fire, D.E.B.S., But I’m A Cheerleader, The Incredibly True Adventures Of Two Girls In Love, Fucking Amal, Loving Annabelle et j’en oublie volontairement.

Le point commun de ces longs-métrages ? Leur cible. Le public lesbien. Leur autre point commun ? Une hétérosexuelle sexy en couple avec un homme ennuyeux qui réalise petit à petit que ce dernier ne la comprend pas. Elle rencontre alors une femme, notre lesbienne en question, qui se définit très souvent rapidement comme tel.

On sait dès les premières minutes que Luce (Imagine Me & You) est lesbienne sa déclaration à Heck, en témoigne quand il lui demande si elle envisage de se marier, elle répond « Maintenant que les lois ont changé. » et devant son regard interrogateur et sa question elle ajoute « Je suis gay. » Les autres personnages lesbiens sont souvent déjà définis par leur sexualité dès le début du long-métrage de manière à faire gagner du temps. Dans High Art, D.E.B.S., But I’m A Cheerleader, The Incredibly True Adventures Of Two Girls In Love c’est clair dès le premier instant.

Maintenant d’où vient cette ligne narrative commune et quelque part relativement banale où une femme qui s’est toujours considérée comme hétérosexuelle tombe amoureuse d’une autre femme ? Est-ce le désir de la scénariste ou de la réalisatrice, qui sont lesbiennes la plupart du temps (pas tout le temps non plus mais très régulièrement tout de même) ?

On peut effectivement se demander si ce n’est pas une manière de s’approprier une histoire racontée pendant des siècles par des hommes hétérosexuels et qui desservait la communauté lesbienne. En s’appropriant cette trame archi-connue, en la détournant et amenant les deux héroïnes à tomber réellement amoureuses et à vivre une passion vraie, les lesbiennes ne deviennent-elles pas maîtres d’une culture qui les a souvent montrées comme des victimes suicidaires ? Ce serait ainsi une manière de s’affirmer en criant au monde “on sait qui on est, on n’en a pas honte et on peut séduire n’importe qui”. Il serait question de libération, de pouvoir et de reconnaissance. Une femme ne serait pas ici moins qu’un homme mais son égal puisqu’elle parvient à détourner durablement une femme des bras de ce dernier.

Il ne serait plus question de victime ou d’absence de reconnaissance d’une relation, il serait alors question d’égalité entre les sexes. Une égalité entre les femmes et les hommes. En effet, si une femme parvient à séduire une autre femme déjà en couple avec un homme, homme souvent parfait d’ailleurs, et l’amène à l’aimer en retour, il n’est plus question de cet à priori encore répondu qui veut que les lesbiennes sont lesbiennes parce qu’elles n’ont pas trouvé l’homme qui leur convient. Ce serait valider une existence et une relation.

Si l’on continue du côté des scénaristes-réalisatrices, est-ce qu’elles se contentent de reprendre un fantasme lesbien connu à savoir ce rêve de parvenir à convertir une hétéro ? Je veux dire est-ce un fantasme qu’elles ont et qu’elles mettent en image pour le reconnaître ou, d’une autre manière, comme ce long-métrage est destiné à un public lesbien, ont-elles conscience des attentes de ce public et donc choisissent-elles cette ligne narrative pour plaire à leur public ? Est-ce une manière de dire aux lesbiennes, je suis comme vous, je sais ce que vous voulez, je vous ai entendues ? Est-ce donner vie à un fantasme féminin dans une sphère masculine qui les nie en permanence ?

Autant de questions que l’on est en droit de se poser surtout quand on réalise que les films lesbiens sont souvent calqués sur ce même schéma. Cette rencontre, cette montée du désir qui devient étouffant, ces actes manqués qui débouchent finalement sur le baiser tant attendu. Parce que si vous essayez de vous souvenir de tous ces baisers dans les films lesbiens, vous verrez qu’ils sont toujours très travaillés. Je veux dire, ils n’apparaissent pas comme le début de quelque chose mais plutôt comme l’aboutissement d’une attirance, d’un désir, d’une passion. Ils sont désirés à la fois par les deux héroïnes qui se sont tournées autour pendant longtemps et par les spectatrices qui ne rêvent que de les voir se rapprocher vraiment. Un moment où les souhaits des personnages rejoignent ceux du public et permettent une identification réelle.

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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