Interview de l’actrice Cécile de France

Cécile de France

Interview accordée à Eileen Hofer pour le site www.largueur.com le 19 Juin 2005

La nouvelle égérie du cinéma français, qui a fait sensation à Cannes, reprend le rôle d’Isabelle pour la suite de L’Auberge Espagnole. Une histoire de trentenaires — ce qu’elle sera à la mi-juillet.

Elle aura trente ans le 17 juillet. Ça tombe bien: son nouveau film, Les Poupées Russes , raconte justement une histoire de jeunes trentenaires. Des jeunes Européens qui s’étaient connus à Barcelone à l’occasion du programme d’échange Erasmus, et qui formaient l’équipe de L’Auberge Espagnole, film à succès de 2002.

Le réalisateur, Cédric Klapisch, a eu envie de reprendre le personnage de Xavier (Romain Duris) et de raconter ce qu’il est devenu trois ans plus tard. Il a donc reconvoqué ses acteurs, dont Cécile de France, pour une suite.

Avec un ton plus parisien cette fois, ces personnages se recroisent en France, en Angleterre et en Russie. L’occasion de refaire le point sur leurs amours et leur carrière et donc traiter le thème de la crise de la trentaine version contemporaine.

Rencontre donc avec la Belge Cécile de France, qui incarne à nouveau le personnage d’Isabelle, la fidèle complice et confidente lesbienne de Xavier.

Etait-il difficile de revenir sur les traces d’un personnage déjà interprété?

Après l’aventure de L’Auberge Espagnole, Cédric Klapisch nous a demandé si nous étions partants pour une suite. Il a été surpris de voir l’engouement de tous les acteurs. Mon personnage, Isabelle, a beaucoup évolué en cinq ans et je dois dire que je n’ai pas eu de peine à me glisser à nouveau dans sa peau.

Comment avez-vous préparé votre rôle?

Isabelle est devenue une journaliste spécialisée dans la finance. J’ai dû faire des interviews de professionnels qui m’ont expliqué les ficelles de leur métier. J’ai transmis leurs propos à Cédric qui les a réutilisés tout en les adaptant à sa manière pour le film.

Dans L’Auberge Espagnole, vous étiez une lesbienne en pleine post-adolescence. Ici vous semblez plus affirmée…

C’est le moins que l’on puisse dire. J’ai observé et détecté des manies que possèdent certaines lesbiennes, des façons de se tenir, des gestes et détails –qu’on a parfois supprimés lors du tournage. Cette recherche m’a permis de me nourrir de l’essentiel. Après, lors du montage, on garde ou on jette, peu importe

D’où est venue l’inspiration de votre look mi-garçonne mi-femme d’affaire?

Je me suis inspirée du travail du photographe Helmut Newton.

Cette complicité entre le personnage de Romain Duris et le vôtre existe-t-elle en dehors de l’écran?

Nous sommes de vrais amis. Nous nous connaissions déjà avant le tournage de L’Auberge Espagnole, mais nous n’avions jamais eu l’occasion de jouer ensemble. Dans Les Poupées Russes, une forte complicité lie Isabelle à Xavier. C’est une très belle amitié entre un homme et une femme sans aucune arrière-pensée possible. Elle profite de cette complicité pour lui faire comprendre le fonctionnement d’une femme et l’héberge chez elle le jour où il doit quitter sa sous-location.

Comment Cédric Klapisch dirige-t-il ses acteurs?

Il nous fait beaucoup répéter avant le tournage. Nous avons organisé des séances d’improvisation durant lesquelles on cherchait ensemble des repères liés à nos attitudes corporelles. Cédric a l’oil aiguisé et pour lui, tout est dans la subtilité. Il nous laisse donner notre avis sur notre personnage, il s’en sert parfois, puis lors du tournage, il nous recadre avec fermeté.

Vous n’aimez pas vraiment donner votre opinion sur les jeunes adultes que Cédric Klapisch montre dans le film. Pourquoi?

Tout simplement parce que je suis comédienne. Ce n’est pas mon rôle d’en parler. Je vois plutôt cette thématique comme un prétexte pour raconter une histoire. C’est la même chose avec mon rôle de lesbienne, le but n’est pas de défendre les droits des lesbiennes en les mettant au devant de la scène. C’est une fois de plus le prétexte de traiter un sujet, tout comme Erasmus a permis dans «L’auberge espagnole» à ces jeunes de se rencontrer.

Le film parle d’un groupe de jeunes trentenaires. Comment vivez-vous à titre professionnel cette période de la vie?

C’est un cycle nouveau. On a pris à un moment des décisions. Et aujourd’hui, on obtient le résultat ou on en paie les conséquences. Cela dépend des cas. En ce qui me concerne, j’ai eu un démarrage artistique difficile mais je me suis accrochée et j’y ai cru. J’ai investi du temps et de la foi et aujourd’hui j’en suis heureuse.

Qu’avez-vous pensé des autres acteurs du film en les revoyant après quatre ans?

Je les ai trouvés tous beaux! Cela doit être biologique. Ils se sont tous épanouis. Ils ont mûri, tant dans leur jeu d’acteur que du point de vue physique, ce qui se voit à l’écran.

En tant qu’actrice belge, vous sentez-vous bien intégrée en France?

Bien sûr. C’est fini l’époque de Coluche où les Belges étaient perçus comme les petits canards de la France. Je rencontre toujours des gens qui me disent adorer la Belgique. De nos jours, être Belge c’est branché. D’autant plus que je ne suis pas la seule puisque Benoît Poelvoorde ou Marie Gillain ont aussi franchi les frontières.

Vous étiez la maîtresse de cérémonie du dernier Festival de Cannes. Que représente ce titre pour vous ?

J’ai été très honorée d’être choisie par le président du Festival, Gilles Jacob. Il m’a avoué avoir beaucoup aimé ma prestation lors des Césars, quand je m’étais exprimée en plusieurs langues à la fois. Cela dit, comme je devais être en même temps sur le tournage du film de Danièle Thompson, Fauteuils d’orchestre, j’ai dû faire plusieurs allers et retours, ce qui m’a épuisé. Et puis il y a ce moment terrible, ce trac juste avant de monter sur scène, c’est vraiment pas facile même si on est actrice…

Interview Originale sur Largeur.com

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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