Interview du groupe Lesbian On Ecstasy

Lesbian On Ecstasy

Interview accordée le 2 Avril 2005 au site Lezziesonx.com

Elles s’appellent Frankie, Jackie, Bernie et Véronique. Elles débarquent de Montréal pour suivre le Tigre de Kathleen Hanna un peu partout en Europe… Élues meilleur groupe gay 2004 aux USA.

C’est votre première tournée en Europe, le public ici vous connaît peu, pouvez vous vous présenter en quelques mots ?

On vient toutes les quatre de Montréal. Le groupe s’est formé il y a deux ans. On était deux au départ, moi (Lynne dite Fruity Frankie à la voix) et Bernadette (dite Bernie Bankrupt sur l’Ensonique), DJ electro de formation. En fait tout a commencé quand on était dans une soirée, Bernadette et moi, et qu’une fille s’est mise à jouer à la guitare sèche le classique lesbien de Melissa Etheridge « Like the way I do ». Et là on s’est demandé toutes les deux ce que ça pourrait donner avec une beat électro. Et on s’est lancées dans cette idée de mixer toutes les chansons de notre communauté. On voulait vraiment s’amuser ; on ne pensait pas du tout que ça marcherait ; mais après le premier concert, la réaction du public a été incroyable. Alors on a continué, de 2 on est passé à 4. Jackie (dite Jackie the Jackhammer) avec son Octopad et Véronique (dite Véronique mystique) avec sa basse nous ont permis de sortir de performances trop électroniques. Notre idée c’était de casser un peu le mouvement Laptop, ces types qui font des concerts qu’avec des ordinateurs et d’essayer d’ouvrir la scène électronique de Montréal aux femmes.

Justement dans cet univers majoritairement masculin de la musique électronique, comment ça se passe pour un groupe de filles ouvertement lesbien avec des revendications féministes comme le vôtre ?

C’est clair qu’on n’est pas toujours prises au sérieux. Beaucoup de gens croient que c’est une blague surtout quand ils voient le nom de notre groupe. Mais ce qui nous fait plaisir c’est que beaucoup viennent nous voir à la fin des concerts pour nous féliciter, pour nous dire qu’ils avaient été surpris par la qualité de notre musique.
On reçoit aussi beaucoup d’encouragements des mecs du milieu de la musique indépendante ou des DJ et ça nous fait vraiment plaisir, on s’attendait pas à ça !

Faire passer un message politique sur de la musique électronique, c’est assez novateur… Vous pensez que ce genre de musique est un bon relais pour faire passer vos idées ?

C’est vrai qu’on a choisi de mixer les classiques lesbiens de notre jeunesse (NB : K.D. Lang, Melissa Etheridge, Tracy Chapman…) parce que le message politique qu’ils essayaient de faire passer est toujours d’actualité ; et l’idée de continuer à transmettre ces idées fortes nous plaisait beaucoup. C’était comme continuer de bâtir une communauté. Mais on a voulu le faire avec humour et dérision pour casser cette image de la lesbienne trop sérieuse des années 70-80. Nous on se voit plutôt comme une nouvelle génération de lesbiennes qui se prennent pas au sérieux !

Quand on pense à la musique ‘lesbienne’ aujourd’hui, on pense au Tigre, on pense aux Peaches. Vous n’avez jamais eu envie de reprendre certaines de leurs chansons ?

On a l’idée de reprendre en dérision une chanson du Tigre. On y travaille encore… En octobre on va également sortir un album de remixes des remixes que d’autres groupes ont fait de nos chansons (rires) !

Comment les auteurs des chansons que vous reprenez perçoivent-ils vos remixes ?

On n’a aucun problème avec les artistes indépendants. Parfois on en rencontre lors de nos concerts et en général ils aiment que l’on reprenne leurs chansons parce que ça leur donne une sorte de présence dans le monde de la musique. Mais avec les chanteurs des grandes majors, comme K.D. Lang, on a un peu peur surtout après le procès qu’elle a intenté aux Rolling Stones parce qu’ils avaient apparemment samplé un tout petit morceau d’une de ces chansons ! Nous on est vraiment loin de ça. Bernadette c’est la championne du No copyright. On aimerait beaucoup fonctionner avec les creative commons mais pas ce n’est pas encore possible pour le moment.

Vous avez commencé votre tournée européenne il y a quelques jours en France, comment est l’accueil du public jusqu’ici ?

L’accueil est très bon…  Je dois dire que c’est vraiment intéressant d’être en Europe. La différence culturelle est énorme. Ici les gens ne connaissent pas les chansons originales pourtant ils ont l’air d’accrocher. En France le disque était déjà disponible avant le concert donc le public connaissait déjà certaines de nos chansons ce qui a rendu les choses plus faciles.

Vous passez ce soir en première partie du Tigre, ce groupe américain mené par la mythique Kathleen Hanna. Ce n’est pas la première fois que vous partez en tournée avec eux. Comment sont vos relations ?

On doit beaucoup au Tigre. Grâce à elles, on a pu jouer dans des salles dans lesquelles on n’aurait jamais pensé jouer. Et puis Kathleen Hanna est vraiment un modèle. Elle a travaillé très dure pour être là où elle est maintenant. Ça nous donne beaucoup de motivation. En même temps pouvoir jouer sans le Tigre nous a aussi prouvé qu’on était capable d’assurer seules.

Vous parliez de Kathleen Hanna. La chanteuse du Tigre est l’emblème des Riot girls, ce mouvement punk rock féministe. Vous sentez-vous proche de ce mouvement, héritière en quelque sorte ?

Pour Bernadette et moi (Franckie) c’est clair que ce mouvement a eu une grosse influence. On vient de là et si maintenant on peut essayer d’attirer des jeunes, de leur faire passer nos messages, on serait vraiment contentes.

On peut espérer vous croiser ce soir dans une soirée bruxelloise ? Next ? Recyclart ?!

On a joué hier soir à 2h du matin dans une boîte à Zurich et on a dormi 3 heures donc pas sûr qu’on soit d’attaque pour ce soir mais vu que le concert est à 20h, il y a peut être une chance ! Et puis on ne dit jamais non à une bière !

On va terminer avec la question fétiche de POP : qu’est ce que pensent vos parents de votre carrière ?!

Sur les 4, deux (Frankie et Jackie) ont des parents qui sont presque adhérents des associations de soutien aux LGBT ! Les autres ont moins de chance et restent plus discrètes sur leurs activités au sein des LOE. (Frankie) Parfois j’imagine ma mère dans son village parlant du dernier concert du groupe de sa fille, les Lesbians On Ecstasy et je me dis que j’ai beaucoup de chance !

Interview Originale sur le site Homosexualite.ch

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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