Michelle Bonilla : Interview de l’actrice

Michelle Bonilla

Interview accordée à Kathy Belge le 6 Juin 2011 pour le Site Lesbian Life

J’ai appelé Michelle Bonilla quelques minutes après que la Cour Suprême de Californie ait statué que le mariage homosexuel devait être autorisé. J’étais la première à lui apprendre la nouvelle, qu’elle a acclamée avec joie.

Vous avez probablement vu Michelle à la TV ou au cinéma. Elle a joué la secouriste Harms dans Urgences pendant plus de 10ans, a eu un rôle dans Star Trek : Entreprise et joué le professeur de Latin Teresa Morales dans Dr Quinn, Femme Médecin, et ce, parmi des douzaines d’autres rôles. Michelle est une actrice Mexicaine, lesbienne, fière et « out ». Elle s’est assise et m’a parlé de son dernier projet personnel, de pourquoi elle pense que tant de célébrités choisissent de rester dans le placard, du manque de lesbiennes à la télévision et de ce qu’elle pense de Jodi Foster. Voici l’interview de Michelle Bonilla par Lesbian Life.

Avez-vous entendu la bonne nouvelle ? La Cour Suprême de Californie a statué que refuser aux gays et lesbiennes le droit au mariage était anticonstitutionnel.

Whouu, hou hou ! Yeah ! J’adore ! C’est génial ! Je suis tellement excitée que j’en ai la chair de poule en ce moment même. C’est excellent.

Vous avez visiblement pris la décision à un moment donné d’être « out » et il y a des gens qui prennent des décisions différentes. Qu’est-ce qui a joué dans la votre ? Pourquoi avez vous décidé d’être une actrice « out » ?

Je n’ai pas vraiment pris consciemment la décision d’être « out ». Je suis dans cette  profession depuis 15 ans et même avant c’était une problématique pour moi, j’étais tellement concentrée sur ma carrière. Dès que j’étais appelée pour une audition, ils avaient connaissance de mon travail. Ma sexualité n’a rien à voir là dedans. Donc les années ont passé et en fait, j’ai fait mon coming-out dans The Advocate. J’avais fait un court[-métrage] que Liz Lachmana avait dirigé et on m’a posé une question, êtes-vous gay ? Et pourquoi aurais-je menti ? Je n’ai rien à cacher. Je m’enorgueillis d’être honnête, pas seulement envers moi, mais envers les autres. Certaines choses ne regardent pas les autres, mais en y allant et réalisant un film gay, je m’expose à ça. En fait, je ne pensais pas avoir beaucoup de réponses, mais mazette j’avais tort ! J’ai eu des tonnes de lettres et des tonnes d’e-mails et tous étaient d’un grand soutien.

C’est génial ! J’ai entendu tellement d’histoires positives comme ça. À votre avis, qu’est-ce qui retient tant d’acteurs et d’actrices homosexuels dans le placard ?

Je crois juste que c’est la peur. Si tout se passe bien, vous commencez à vous poser la question, « Vais-je tout perdre ? » Parce que c’est la peur du « Oh mon Dieu, vais-je retravailler un jour ? »

Pensez-vous que cette peur est basée sur une réalité ?

Je veux dire, qu’est-ce que la peur ? La peur est toujours basée sur quelque chose qui ne s’est pas encore passé. Tout est un enjeu pour les personnalités. Vous devenez célèbre pas seulement pour votre travail, mais vous devenez une personnalité et cette personnalité est mise en péril. La peur est impliquée parce que vous vous demandez comment vous allez obtenir votre salaire. La chose intéressante est que Jodi Foster a récemment eu une superbe mise en page dans l’encart de la rubrique Entertainment du LA Times. C’était cette merveilleuse interview et photo d’elle, de sa partenaire et de son fils et rien à propos du fait qu’elle soit gay. C’est tellement évident. Elle ne le dira pas. Elle a été tellement loin en remerciant sa partenaire lorsqu’elle a gagné un prix, mais c’était « Est-ce que Jodi Foster fait finalement son coming-out et le dit ? » Non. Arrivé à ce point, tout le monde le sait, mais je ne pense pas que ce soit de la peur pour elle. Je veux dire, je la tiens en tellement haute estime, mais elle a fait ce choix. Pour la plupart des gens là dehors qui sont toujours dans le placard, je dirais de la peur. Pour moi, personnellement, je n’ai rien à perdre. Si je vais quelque part, que j’auditionne, qu’ils se rendent compte de mon talent et disent, « Woah c’est incroyable » ; et que vous voyez leurs visages et savez qu’ils sont sincèrement touchés, mais s’ils ne m’embauchent pas parce que je suis gay, eh bien qu’ils aillent se faire voir. Je ne suis pas dans la position de Jodi Foster. Je n’ai pas cette notoriété, mais je sais ce que je vaux. Je sais ce que vaut mon talent. Et c’est ce qui est important pour moi. Je suis d’abord une actrice.

Est-ce qu’il y a eu des répercussions négatives pour vous ?

Non, pas du tout.

Vous avez mentionné Jodi Foster et je me demande si vous avez eu un modèle ou un mentor qui vous a aidé dans votre décision de sortir du placard.

Sérieusement, c’était le fait d’être dans une relation, dans laquelle je suis toujours, forte et étroite et nier qui j’étais serait revenu à nier cette relation. Et je ne pouvais pas faire ça. Je ne peux pas faire ça. Ça va paraître cucul, mais je suppose que mon modèle à été l’amour.

Vous êtes en couple. Ça fait combien de temps que vous êtes ensemble ?

Cinq ans.

Parlons de votre jeu d’interprétation. J’ai remarqué que vous aviez un don spécial pour pleurer à la caméra.

(Rires) C’est vrai. C’est trop marrant que vous disiez ça, parce que j’essaye tellement de me sortir de ça. Chaque rôle déchirant, c’est genre « Prenez Michelle ». Je ne sais pas. Je peux aussi être heureuse.

Avez-vous fait une comédie ?

Oh oui ! J’ai fait Unfabulous et Joey. En fait, je viens juste de finir un film avec Olympia Dukakis appelé Montana Amazon et c’est une comédie noire. J’aime garder un équilibre dans les rôles autant que je peux. Mais j’ai tendance à avoir ce type de rôle. J’ai toujours eu l’impression d’aller aux auditions pour ceux là et de les obtenir. J’essaie de retourner la situation. Donc si quelqu’un là dehors veut me donner un rôle dans une comédie, ça me va.

Vous avez été dans Urgences pendant à peu près 10 ans. Le personnage que vous jouez est un peu dur.

Je ne dirais pas qu’elle est dure, je dirais qu’elle est concentrée. Elle transporte des gens sur le point de mourir. Elle est juste très perplexe face à tout ça.

Laquelle est plus vous ? La perplexe ou la larmoyante ?

C’est trop marrant, je pense qu’elles sont toutes les deux Michelle. A propos de la façon dont je fais mon travail, j’aime que cela soit véridique, donc il y aura toujours un peu de moi. Je suis juste chanceuse d’être capable de gagner de l’argent en puisant dans ces parties de moi.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

En fait, je suis vraiment excitée. Je suis sur le point de commencer une pré-production sur un court-métrage que j’ai écrit et puis mis en scène. C’est à caractère lesbien avec une relation entre deux femmes qui ne fonctionne pas vraiment. Et ça s’appelle Slip Away. C’est vraiment beau. Vous avez entendu l’idée que l’amour triomphe de tout, et bien, ici, l’amour ne triomphe pas de tout. Encore une fois, une histoire très tonique.

Est-ce que vous jouez dedans aussi ?

Oui. C’est un court-métrage vraiment porté par les personnages. Il y a deux personnages principaux et deux-trois autres personnages entremêlés. Je serais l’un d’entre eux. Je n’ai pas encore tout à fait pris ma décision. J’ai l’impression que je pourrais tous les faire. Je tiens aussi à me concentrer sur la mise en scène.

Est-ce le premier film que vous écrivez et dirigez ?

Oui, ça l’est. Je travaillais dessus depuis un petit moment.

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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