L’Etiquette : Interview de l’auteure Sophie Robert

L'Etiquette : Interview de l'auteure Sophie Robert

Interview accordée à Isabelle B. Price le 12 Septembre 2011 pour le site Univers-L.com

Quand avez-vous commencé à écrire ? Que vous apporte l’écriture ?

J’ai commencé à écrire dès mon plus jeune âge ; je me souviens de mes amies qui se retrouvaient avec des lettres de dix pages le lundi matin, quand elles me demandaient de leur écrire durant le week-end. Ma plus grande lettre tournait aux alentours de soixante-cinq pages, si mes souvenirs sont bons.
L’écriture est un exutoire qui me permet de coucher sur papier mes sentiments ainsi que de laisser libre court à mon imagination. C’est un art qui m’apporte du bien-être, au même titre que le dessin. L’écriture est une passion me donnant l’opportunité de m’exprimer.

Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce roman, L’Étiquette ? Comment vous est venue l’idée ?

L’idée vient d’un rêve où la réalité et la fiction se sont mélangées. Ce qui m’a vraiment poussée à aller jusqu’au bout de ce roman, c’est la perspective que « cette histoire vécue » pourrait un jour aider des jeunes femmes à trouver certaines réponses à leur questions.

Combien de temps avez-vous mis pour terminer ce livre ?

Ce premier tome a été écrit en six mois. Par contre, pour toute la correction, la mise en page, la couverture et le titre, cela m’a pris plus d’un an.

Avez-vous envoyé votre manuscrit à beaucoup de maisons d’édition avant de signer avec SfyArt ? Comment avez-vous vécu ce travail de recherche ?

J’ai vécu ce travail de recherche, dans un premier temps, comme un défi. En voulant démarcher les éditeurs lesbiens. J’ai envoyé mon manuscrit à cinq maisons d’édition ayant pour thème l’homosexualité, puis par la suite, après des semaines d’attente sans réponse, je me suis tournée vers des maisons d’édition ouvertes à un large public qui, elles, m’ont répondu rapidement. L’une d’entre elles m’a envoyé un contrat de façon à signer chez eux. J’ai réfléchi pendant plusieurs jours. Je pense que la plupart des personnes qui reçoivent un contrat le signent la joie au cœur ; mais moi, je n’étais pas entièrement satisfaite, il me manquait quelque chose… Cette soif d’aventure du livre, cette envie de tout faire moi-même, m’ont fait réaliser qu’en fait, ce qui me plaît dans l’écriture, c’est aussi la publication, l’achèvement de son propre bébé. J’ai donc décidé de créer ma propre maison d’édition. Ouverte à tout public, tout auteur et surtout ayant des valeurs écologiques.

Pourquoi avoir choisi de donner un prénom plus utilisé au masculin qu’au féminin à votre héroïne ?

J’ai toujours adoré mélanger les genres ; les prénoms masculins donnent du caractère à une personne féminine et inversement.

Pourquoi une histoire d’amour entre deux jeunes femmes de dix-sept ans à une période cruciale, celle de la terminale ?

Cet âge, dix-sept ans, est vraiment, comme vous dites, « l’âge crucial ». À dix-sept ans, je savais qui j’étais mais je me le cachais encore. J’hésitais entre « je suis lesbienne » et « ce n’est qu’une phase : aimer les filles ne signifie pas que je suis lesbienne ». C’est à cette période que tout a été très brouillé dans ma tête : je sortais de l’adolescence, j’avais à la fois une petite amie et deux petits copains, ne sachant que faire ni que choisir. J’allais entrer dans l’âge adulte, devoir affronter le regard des autres, le jugement de mes parents : étais-je prête pour tout ça ? Devais-je continuer à me mentir et mentir à mon entourage ?
Ces questions m’ont hantée pendant deux longues années. C’est pourquoi cette période « plus ado, mais pas encore adulte » m’ait apparue comme une évidence en écrivant cette histoire.

Pourquoi avoir choisi de traiter de l’homosexualité féminine de cette manière, c’est-à-dire avec une héroïne qui s’interroge sur son orientation sexuelle ?

J’ai eu envie de faire cette héroïne, Stéphane, cette jeune fille hétéro, qui, comme la plupart des femmes aujourd’hui lesbiennes, ont connu cette période de négation : « Non, pas moi, je suis comme tout le monde : hétéro ». Il était important pour moi d’aborder ce que ressent une jeune fille à la recherche de son soi. Cette première partie nous plonge dans le ressenti de Stéphane, qui ne sait pas si elle est hétéro, lesbienne ou même bisexuelle. Le deuxième tome, quant à lui, nous exposera la même histoire mais du point de vue de Lou-Apolline, une jeune fille lesbienne qui s’assume depuis longtemps.

Pouvez-vous nous expliquer un peu plus précisément le titre de votre roman ?

Cette anecdote est plutôt sympathique. Lors d’une conversation avec ma cousine, je lui ai fait une réflexion sur le ton de l’ironie, comme quoi ce dont nous parlions était trop « hétéro » pour moi. De là, on a dévié sur les préjugés des gens, comme quoi les lesbiennes n’aiment pas les histoires d’hétéros et inversement… Puis elle m’a sortie cette phrase qui a tout déclenché : « Tu me classerais dans quelle catégorie, toi ? ». Je lui ai demandé : « Tu veux dire : je te vois comment ? », puis à son tour : « Oui. Moi, par exemple, je te collerais l’étiquette de la cousine super sympa qui sait remonter le moral avec les mots qu’il faut ; et la mienne, d’étiquette, y a écrit quoi dessus ? ». Et là, mon titre m’ait apparu comme une évidence.

La relation amoureuse se développe très rapidement entre Stéphane et Ailey, au point que cela peut apparaître peu crédible. C’est voulu ?

Oui, cela est voulu. J’avais souvenir qu’étant ado, lorsque je tombais amoureuse d’une fille, c’était instantané ; j’ai donc voulu garder cette image de coup de foudre au premier regard.

Stéphane craint le regard des autres ; pourtant, elle ne fait pas face à une véritable homophobie dans les actes et les paroles, si ?

Effectivement, son homophobie vient surtout d’elle-même, mais la pousse à penser que tout vient des autres. Elle crée elle-même le rejet des autres en leur prêtant des pensées qu’ils n’ont pas en réalité.

C’était important pour vous de parler de l’homophobie intériorisée de Stéphane ?

Oui, très important ; on ne parle pas assez de ces jeunes adultes homosexuels qui ont du mal à s’assumer à cause de cette image qu’ils souhaitent montrer et qui est contre leur idée reçue de vie « normale ». La société actuelle, bien qu’elle ait évolué depuis une cinquantaine d’années, nous impose dès la petite enfance l’image d’un couple qui ne peut être composé que d’un homme et d’une femme. Il est donc très difficile de se défaire de cette pensée « unique ».

Le livre est plutôt « gentil » du début à la fin. Pourquoi avoir choisi cette fin ouverte ?

Au-delà de la liberté laissé à l’imagination de chaque lecteur jusqu’au tome 3, je pense qu’une véritable histoire, qu’elle soit belle ou triste, n’a pas de fin, car une véritable histoire ne ce termine pas…

Vous avez pour objectif d’écrire une suite ? Avez-vous déjà une petite idée de ce qui va arriver aux différents personnages ? On peut avoir un petit avant-goût ?

La « suite » n’en est pas réellement une, puisque le second tome (qui est en cours d’écriture), comme je le dis plus haut, nous plonge dans la même histoire mais du point de vue de Lou-Apolline « Ailey ». Pour cela, on s’identifiera à un personnage qui, au contraire de Stéphane, s’assume pleinement et pour le coup va beaucoup moins ressentir l’homophobie autour d’elle. Par contre, dans ce tome, ce sujet va être extrêmement présent, surtout dans la cellule familiale de Lou-Apolline.
Avec cette nouvelle version du récit, je souhaite aider les lectrices s’identifiant à Stéphane en leur montrant que l’on peut vivre cette même histoire de manière épanouie.

Que peut-on vous souhaiter pour le futur ?

Que je puisse continuer à écrire et promouvoir mes romans, comme à l’occasion de la rencontre d’auteur organisée par le Bar Culturel Ôbohèm de Toulouse le 17 septembre à seize heures. Ces rendez-vous me permettent d’échanger avec mes lectrices et d’être à leur écoute ; ce sont des moments indispensables pour moi.

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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