La Femme de Paul de Guy de Maupassant

La Femme de Paul de Guy de Maupassant

Titre Français : La Femme de Paul

Titre Original : La Femme de Paul

Auteur : Guy de Maupassant

Date de Sortie : 1881

Nationalité : Française

Genre : Nouvelles

Nombre de Pages : 22 pages

Éditeur : Librairie Générale Française

ISBN : Aucun - Domaine Public

La Femme de Paul : Quatrième de Couverture

Dans ce livre de Guy de Maupassant, Paul, le fils du sénateur, et sa maîtresse Madeleine suivent les canotiers du Grillon à la Grenouillère. Là, Paul s’insurge contre quatre “Lesbos” bien connues du public, au grand dam de sa compagne. Celle-ci semble connaître ces femmes, en particulier Pauline.

Paul, très affecté de cette complicité, est trop amoureux de sa compagne pour la quitter. Réconciliés, ils passent du bon temps sur l’île jusqu’à la tombée de la nuit. Cependant, Madeleine a promis à Pauline de la rejoindre en soirée, au bal de la Grenouillère. Ravagé mais trop amoureux, Paul ne parvient pas à l’en empêcher.

Au cours de la soirée, il perd sa maîtresse et met longtemps à la retrouver avec Pauline, dans un bosquet. Désespéré, il se jette à l’eau.

La Femme de Paul : Avis Personnel

La Femme de Paul est une courte nouvelle de Guy de Maupassant, parue pour la première fois en 1881. Elle raconte l’histoire d’un jeune couple, dont Madeleine – la « femme » de Paul – retrouve un jour, lors d’une après-midi de canotage, une connaissance : Pauline. S’ensuivent alors une jalousie et un mépris de Paul pour le groupe de lesbiennes, et une aventure entre Madeleine et Pauline, Maupassant jouant allégrement de toutes les possibilités linguistiques laissées par le passage de l’héroïne des bras de « Paul » à ceux de « Pauline ».

Cette nouvelle offre un angle d’observation assez intéressant pour la représentation lesbienne à la fin du XIXe siècle. En effet, elle donne à voir quatre lesbiennes évoluant, au cours de la nouvelle, au milieu d’une foule qui met en valeur à la fois l’originalité de ces femmes et leur « intégration ».
D’une part, on peut sentir à travers le texte l’ironie goguenarde d’un Maupassant décrivant les lesbiennes comme des emblèmes, des figures représentatives pour une société de jeunes gens oisifs – ne manquant pas de souligner par là même que si elles se font chefs de troupe, ce n’est que d’une troupe de canailles… De plus, Maupassant fait appel aux poncifs qui lui sont si chers, ceux des femmes à la sentimentalité faible, se laissant si facilement mener par le bout du cœur, même par des individus peu recommandables.
D’autre part, force est de constater – n’en déplaise à l’auteur – que cette nouvelle est en tout cas le manifeste de l’existence publique de lesbiennes dans la société du XIXe siècle, existence affichée et acceptée par la plupart de ceux qui fréquentent les lieux de l’action, et raillée par quelques esprits obtus (en bref, rien de neuf sous le soleil…).

Un court récit distrayant, qui fournit preuve et illustration de lesbiennes présentes et acceptées dans la société, sans pour une fois jouer excessivement sur les possibilités sulfureuses de l’imagerie saphique, et qui, cerise sur le gâteau, finit bien du point de vue lesbien !

Et comme la nouvelle est tombée dans le domaine public, vous pourrez la retrouver en intégralité ici.

La Femme de Paul : Extraits

« Un canot couvert d’une tente et monté par quatre femmes descendait lentement le courant. Celle qui ramait était petite, maigre, fanée, vêtue d’un costume de mousse avec ses cheveux relevés sous un chapeau ciré. En face d’elle, une grosse blondasse habillée en homme, avec un veston de flanelle blanche, se tenait couchée sur le dos au fond du bateau, les jambes en l’air sur le flanc des deux côtés de la rameuse, et elle fumait une cigarette, tandis qu’à chaque effort des avirons sa poitrine et son ventre frémissaient, ballottés par la secousse. Tout à l’arrière, sous la tente, deux belles filles grandes et minces l’une brune et l’autre blonde, se tenaient par la taille en regardant sans cesse leurs compagnes.
Un cri partit de la Grenouillère : “V’là Lesbos!” et, tout à coup, ce fut une clameur furieuse.
On eût dit que ce peuple, ce ramassis de corrompus, saluait un chef, comme ces escadres qui tirent le canon quand un amiral passe sur leur front.
La flotte nombreuse des barques acclamait aussi le canot des femmes, qui repartit de son allure somnolente pour aborder un peu plus loin.
M. Paul, au contraire des autres, avait tiré une clef de sa poche, et, de toute sa force, il sifflait. Sa maîtresse, nerveuse, pâlie encore, lui tenait le bras pour le faire taire et elle le regardait cette fois avec une rage dans les yeux. Mais lui, semblait exaspéré, par une jalousie d’homme, par une fureur profonde, instinctive, désordonnée. Il balbutia, les lèvres tremblantes d’indignation :
– C’est honteux! On devrait les noyer comme des chiennes avec une pierre au cou.
Mais Madeleine, brusquement, s’emporta ; sa petite voix aigre devint sifflante, et elle parlait avec volubilité, comme pour plaider sa propre cause :
– Est-ce que ça te regarde, toi? Sont-elles pas libres de faire ce qu’elles veulent, puisqu’elles ne doivent rien à personne? Fiche-nous la paix avec tes manières et mêle-toi de tes affaires…
Il se sauva, repartit dans l’île, se rua à travers les taillis, haletant. – Puis il écouta de nouveau,- il écouta longtemps, car ses oreilles bourdonnaient; mais, enfin, il crut entendre un peu plus loin un petit rire perçant qu’il connaissait bien; et il avança tout doucement, rampant, écartant les branches, la poitrine tellement secouée par son cœur qu’il ne pouvait plus respirer.
Deux voix murmuraient des paroles qu’il n’entendait pas encore. Puis elles se turent. Alors il eut une envie immense de fuir, de ne pas voir, de ne pas savoir, de se sauver pour toujours, loin de cette passion furieuse qui le ravageait. […] On parlait de nouveau; et il s’approcha courbé en deux. Puis un léger cri courut sous les branches tout près de lui. Un cri ! Un de ces cris d’amour qu’il avait appris à connaître aux heures éperdues de leur tendresse. Il avançait encore, toujours, comme malgré lui, attiré invinciblement, sans avoir conscience de rien… et il les vit.
Oh ! C’eût été un homme, l’autre mais cela ! cela ! Il se sentait enchaîné par leur infamie même. Et il restait là, anéanti, bouleversé, comme s’il eût découvert tout à coup un cadavre cher et mutilé, un crime contre nature, monstrueux, une immonde profanation. […] Mais Madeleine murmura : “Pauline!” du même ton passionné qu’elle disait: “Paul!” et il fut traversé d’une telle douleur qu’il s’enfuit de toutes ses forces. »

A propos de Julia Clieuterpe

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Chroniqueuse occasionnelle

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