Interview de la créatrice, scénariste, réalisatrice et actrice, Amy York Rubin

Interview liée à la websérie Little Horribles

Amy York Rubin - Little Horribles

Interview accordée à Andrea Alonso le 18 juin 2013 pour le site Lamag.com

Des moments embarrassants, des épisodes courts et une héroïne frustrée sexuellement : voilà le tiercé gagnant de Little Horribles, une webserie amusante et douloureusement honnête lancée fin mai dernier. Créée et écrite par la productrice, scénariste et réalisatrice de Los Angeles Amy York Rubin, qui interprète également l’héroïne lesbienne trentenaire de la webserie, Little Horribles nous conte les petites victoires (ou plutôt l’absence de) de la vie de tous les jours. Amy cible la trivialité, ces petits moments auxquels on ne fait souvent pas attention et qui nous sont que trop familiers. Avec seulement deux épisodes de sortis, Little Horribles a déjà été décrit comme l’équivalent lesbien de Girls de par son honnêteté, son humour pince-sans-rire et son héroïne qui aime prendre du bon temps.

Dans les deux premiers épisodes, le personnage d’Amy traverse péniblement un lendemain matin gênant avec une femme très émotive et fait un discours à sa collègue sur l’abus de « lol ». Cette webserie fait partie de la déferlante récente des webseries lesbiennes et gays dont font partie la célèbre Anyone But Me, écrite et créée par Susan Miller et Tina Cesa Ward, et The Outs écrite et créée par Adam Goldman. Mais Amy s’empresse de préciser que Little Horribles ne devrait pas être considérée comme une « webserie lesbienne ». Il s’agit plutôt d’un mélange de réalisme et de points de vue originaux, avec des personnages que l’on ne voit généralement pas à la télé.

Nous avons hâte de voir encore plus de scènes de sexe gênantes et de diatribes peu raffinées dans les prochains épisodes de Little Horribles.  Comme le reste de la webserie, ces épisodes s’attaqueront aux détails de la vie de tous les jours avec humour et honnêteté brutale. Et il est parfois difficile de différencier les deux.

De quoi vous êtes-vous inspirée pour cette webserie ?

Je me suis inspirée des moments de ma propre vie où certaines interactions quotidiennes vous mettent à terre. Je ne parle pas de gros trucs horribles comme la faim dans le monde ou autre, là ce sont de petites choses horribles où la personne qui en fait l’expérience se sent vraiment nulle alors, que la plupart des gens ne les remarque même pas. En plus, je suis chanceuse, j’ai un vaste choix d’expériences personnelles où j’ai eu l’air d’une parfaite andouille, donc j’ai tendance à piocher là-dedans.

Il y a eu une vague de webseries new-yorkaises. Pourquoi avoir inscrit Little Horribles à Los Angeles ?

Eh bien, je vis à Los Angeles ; je suis partie de New York, donc c’est plus pratique de filmer dans mon jardin, au sens propre. Je trouve aussi qu’il y a quelque chose de vraiment intéressant avec la scène culturelle de Los Angeles, particulièrement concernant l’univers lesbien de Silver Lake et Echo Park. J’essaie toujours de le comprendre. Je n’ai aucun tatouage et je suis un chouïa trop énergique, une enfoirée un peu trop voyante en fait. Mais j’aime tellement Los Angeles, et dans la webserie, j’aime la dynamique et la contradiction qu’il y a entre cette personnalité et Los Angeles.

On dit de Little Horribles que c’est le Girls lesbien. Vous êtes-vous inspirée de la série ? Avez-vous été influencée par Lena Dunham ?

Je suis fan de Girls. Je trouve que [Lena Dunham] a repoussé des frontières qui devaient être repoussées. J’ai sans aucun doute été inspirée et motivée par son audace et sa capacité à pointer du doigt ces petites pépites de façon très honnête. Mais je m’exprime différemment et j’ai des perspectives différentes. Mes personnages n’en sont pas au même stade de leur vie, ils ne sortent pas tout juste de la fac et ne sont pas si naïfs, mais ils prennent tout de même beaucoup de mauvaises décisions.

Combien de temps avez-vous travaillé sur cette webserie ?

J’ai commencé à écrire des épisodes il y a environ 10 mois, mais comme je n’avais pas levé de fonds pour produire la série – je l’ai fait avec mes propres moyens – je n’avais pas la liberté de laisser tomber tout le reste et de réaliser épisode sur épisode. Nous avons plutôt filmé comme on le pouvait, entre notre travail alimentaire, et nous avons pris notre temps. J’ai des tas d’épisodes écrits et un pilote dans ma poche et nous continuerons à filmer et à développer la série dans les mois qui viennent.

Combien d’épisodes avez-vous filmés ?

Nous avons filmé six épisodes pour l’instant et je prévois d’en faire autant que possible. Nous en filmerons quelques autres cet été et nous continuerons à chercher les opportunités d’élargir l’univers et les personnages de Little Horribles.

En quoi votre personnage vous ressemble ?

Ce n’est en aucun cas un documentaire. Je ne suis pas une teeeelle connasse non plus. Tout est tiré de mon point de vue et de mes expériences mais ce n’est pas du mot pour mot. La plupart du temps, c’est plus un sentiment dont j’ai fait l’expérience ou une composante d’une situation qui s’est déroulée dans la vraie vie, mais après je l’amplifie pour rendre cela plus drôle et plus en phase avec le personnage. Ce que j’aime dans ce processus c’est que j’écris vraiment ce que j’aurais aimé avoir fait ou ce que je pensais sur le moment mais n’ai pas eu le courage de dire.

Adam Goldman, qui a créé la webserie à succès The Outs, a dit que le fait de combler l’absence d’homosexualité dans les séries l’avait motivé à écrire des histoires gays. Était-ce pareil pour vous, lors de la création de Little Horribles ?

C’est sans aucun doute quelque chose dont je parle et auquel je pense constamment, peut-être un peu trop. Ça craint de ne pas voir ses propres expériences, certaines de vos expériences les plus importantes et intimes, dans les histoires que l’on voit à l’écran. La plupart des médias sont clairement remplis de personnages hétéros et d’histoires hétéros. Ce n’était pas nécessairement une inspiration créative, mais c’est évidemment quelque chose qui me tient vraiment à cœur. C’est juste tellement stupide pour moi que parmi toutes les formes de médias que l’on consomme, l’on ne voit qu’extrêmement peu, voire pas du tout, de relations et personnages principaux lesbiens ou queers sur nos écrans. C’est vraiment étrange. J’aime repousser les frontières de l’identité en général. Je pense que de plus en plus de gens ne sont pas 100% hétéros ou 100% homos : ils se définissent d’un millier de façons différentes. Ça m’intéresse vraiment d’essayer d’explorer cela avec mes personnages, et vous verrez que ce n’est pas une « webserie homo », mais juste une série avec des identités différentes, plus ouvertes et variées.

Des projets futurs ?

Je veux continuer à écrire, réaliser et créer des choses que j’aime, que ce soit pour la télé, le cinéma ou Internet. Concernant Little Horribles, j’aimerais produire davantage d’épisodes et possiblement le développer pour la télé. De manière plus générale, je suis un peu obsédée par la façon dont l’industrie, notre consommation médiatique et le divertissement changent. J’espère juste faire partie de ce changement d’une façon positive. Je crois qu’il y a beaucoup d’opportunités en ce moment qui nous permettent de repousser les limites avec le contenu que l’on crée, particulièrement concernant la comédie et c’est ce que je veux faire. C’est vraiment une période passionnante pour, à la fois, développer du contenu pour de nouveaux publics et définir une nouvelle façon de le produire et distribuer.

Interview Originale sur le site Lamag.com

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A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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