Interview accordée à Isabelle B. Price le 24 Juin 2013 pour le site Univers-L.com
Pouvez-vous nous parler du titre du livre ? Est-ce vous qui l’avez choisi ?
C’est moi qui ai choisi le titre du livre, il s’est imposé à moi bien avant d’en avoir écrit une ligne.
C’est un titre qui me correspond. Je suis maman, et techniquement j’allais être le papa, mais une papa, pourquoi pas mettre ce mot au féminin ? Un auteur, une auteure, un maire, une maire, etc…
Le terme de parent social, de tiers séparateur, ne me convenait pas, ne me parlait pas, ne me concernait pas. Je suis le deuxième parent et dans notre sacro-sainte institution, celui qui n’accouche pas, c’est le papa !
De même pour l’illustration du livre. C’est un dessin que m’avait fait ma femme et il était clair que c’était une illustration très importante qui me racontait plein de choses et que je devais partager.
Je pense que ce sont ces deux éléments qui ont été les déclencheurs de mon désir d’écrire. Mais je ne pensais pas du tout publier ce récit.
Est-ce que je peux me permettre de vous demander comment se passent les relations entre vos enfants aujourd’hui ? Est-ce que la naissance de votre fils a changé quelque chose ? Est-ce que votre fille qui s’était éloignée de vous s’est rapprochée ?
Je vous répondrais avec grand plaisir à cette question.
Mes deux garçons sont en amour devant leur petit frère et je pense qu’il ne faudrait pas lui faire de mal car les grands frères seraient prêts à intervenir.
Mon fils cadet est le parrain de notre fils et se sent très concerné par son rôle et sa responsabilité, même s’il vit toujours en Angleterre. Mais grâce à Skype, nous pouvons communiquer visuellement et partager des moments en direct avec le petit. Et par l’intermédiaire de Facebook, je peux lui envoyer les vidéos et les 100 000 photos que l’on a faites du petit.
Mon benjamin, quoiqu’un peu perturbé par la fragilité du bébé et le fait qu’il ne puisse pas encore jouer au foot avec lui, veille à son éducation. Il surveille surtout que ma compagne ne lui fasse pas manger de piment ! C’est mignon de voir comme il est attentif au sommeil du petit lorsqu’il le garde en baby-sitting. Il va le voir toutes les minutes, se met en apnée au-dessus du lit pour être sûr de l’entendre respirer. Et c’est lui qui a déclenché les premiers éclats de rire du bébé. C’est un vrai bonheur de les voir ensemble.
La grossesse et la naissance ont rassemblé une famille éclatée. Mes sœurs et moi n’étions pas proches du tout et la naissance du petit nous a liées. Elles ne rateraient sous aucun prétexte un anniversaire (notre fils vient d’avoir deux ans) ou un Noël. Ma grande sœur et son fils de vingt-quatre ans nous le réclament en garde, en nous obligeant à aller nous distraire dans la capitale. On en a profité surtout pour aller aux manifestations à Paris pour le Mariage pour tous.
Ma maman est en amour devant son petit-fils, je ne l’ai jamais vue aussi belle que quand elle câline le bébé et il le lui rend bien.
Ce petit est un ange, comme sa mère, mais chut il ne faut pas le dire.
Mes beaux-parents, qui ont rejeté leur fille en apprenant sa grossesse, n’ont pas donné de signe de vie pendant deux ans, malgré plusieurs messages sur leur téléphone, plusieurs centaines de photos envoyées. Mais il y a eu le miracle de Noël. Ma femme a appelé ses parents pour souhaiter un bon Noël, sachant qu’ils ne répondraient pas et bien là, ils ont décroché et ont fait comme si de rien n’était ! « Oh, ça fait longtemps, comment ça va ? Comment va le petit ? Il est sage ? Il parle ? Il marche ? On se voit bientôt ? Viens déjeuner demain ! »
Nous ne savons toujours pas ce qui s’est passé mais depuis, ils sont en amour devant cet enfant. Ils se voient une fois par trimestre (du coup, ma compagne les appelle « les charges ») et ils ont décidé de lui remplir un livret pour le protéger de la vie, de tout faire pour qu’il ne manque de rien et de bien veiller à son éducation.
Bien sûr je n’existe pas dans l’histoire, mais ça ne me dérange pas, je préfère aller à la boulangerie en bas de chez eux et manger mes pains au chocolat dans la voiture en attendant que mes amours redescendent.
Ma compagne part en Corée avec notre fils cet été pour le présenter à son arrière grand-mère et au reste de la famille.
Moi, en attendant, je vais me faner à la maison comme une âme abandonnée, je vais errer dans notre appartement vide, à l’agonie, dans un corps orphelin de son cœur parti avec eux… mais surtout sans pain au chocolat, car le boulanger sera fermé !
Quant à ma fille, que je n’ose plus nommer, elle vient de m’assigner en référé au Tribunal de Grande Instance pour préjudice moral et atteinte à sa vie personnelle. Elle demande que le livre soit retiré et que je lui verse 10 000 euros de dommages et intérêts. Elle ne fait pas la démarche seule, son père m’attaque aussi pour diffamation et demande 20 000 euros.
Alors oui, quelque part elle s’est rapprochée de moi !
Comment votre livre a été accueilli par le public ? Par votre famille ?
Étonnamment, j’ai un super retour de femmes âgées de 17 à 62 ans, hétérosexuelles, qui ont adoré mon livre, qui s’y sont retrouvées et qui ont découvert l’homosexualité et l’homoparentalité. Et qui sont du coup devenues pro-Mariage pour Tous et favorables à la PMA.
Je ne pensais pas toucher ce public-là, mais j’en suis ravie.
Plusieurs m’ont avoué l’avoir lu d’une traite au prix d’une nuit blanche. Je suis assez fière d’avoir empêché ces dames de dormir !
Elles ont beaucoup ri, un peu pleuré, et ri encore et la demande générale est… le TOME 2 !
Les hommes qui l’ont lu ont été moins concernés, c’est vrai que c’est un livre de femme vers les femmes.
Ma mère et mes fils ont eu un peu peur de le lire. Ma mère a adoré et elle est fan. Mon fils expatrié a beaucoup aimé et est très fier de moi. Il m’a beaucoup touchée en m’exprimant ses regrets d’avoir été un adolescent sourd à l’attente d’une maman. Mon benjamin a lu le livre avec sa sœur, donc dans de mauvaises conditions. Il était très fâché que je déprécie son père, mais après discussion, il a pris un peu de recul et digère le livre plus tranquillement.
Ma grande sœur a beaucoup aimé mon livre. Elle a pleuré, ri, pleuré et ri et attend aussi le Tome 2.
Que vous inspire le climat actuel en France autour du Mariage pour Tous ?
De la colère, je suis en colère après tous ces gens qui ne savent pas et qui veulent interdire à d’autres des droits humains et généreux. Des mots insupportables ont été prononcés par des mères de famille, des gens qui semblent éduqués et qui se disent catholiques ! Mais où sont l’amour du prochain, la charité chrétienne dans tous ces discours de haine ?
Mais qu’y connaissent-ils à l’amour ? Je suis catholique, ma compagne aussi et nous sommes sidérées d’entendre tout cela. Je ne reconnais pas là les valeurs chrétiennes qui m’ont été inculquées et que j’ai partagées. Pour moi, dire que les personnes qui sont différentes ne doivent pas avoir les mêmes droits que soi, c’est de l’intolérance et donc tout simplement de l’homophobie !
Ils devraient regarder ce qui se passe dans leur foyer avant de porter des jugements.
Je suis écœurée par ses leaders politiques de droite qui encouragent ces abominations, on devrait les attaquer pour homophobie.
Quand il s’agit de se battre pour les retraites, pour les usines qu’on ferme, pour la paix dans le monde… ils sont aux abonnés absents, ils ne se sentent pas concernés, ils ne se mélangent pas avec le petit peuple. Honte à eux !!!
Mais que mettent-ils dans l’eau bénite qui a baptisé leurs enfants et qui ne fait qu’exalter leur haine du prochain ?
J’ai l’impression d’être revenue trente ans en arrière, lorsque les couples mixtes subissaient la haine des gens! Quand les enfants métisses étaient rejetés au fond de la cour d’école et traités de bâtards. Ce sont ces mêmes gens qui les malmenaient que l’on retrouve dans la rue.
Nous faisons peur à ces gens-là ! Leur haine n’est que le reflet de leur envie. Ils sont jaloux de notre bonheur. Nous avons choisi l’amour et non la bienséance ou le choix subi par la pression d’une famille, d’une communauté ou d’une norme sociale. Nous avons choisi d’être heureux, d’aimer, de faire l’amour avec plaisir et non par convention.
On peut être homo ou hétéro peu importe, du moment que l’on respecte l’autre.
Vous avez déjà réfléchi à la manière dont vous direz à votre fils qu’il est au centre d’un livre que vous avez écrit ?
Non, je n’y ai pas réfléchi. Bien sûr, nous lui raconterons bien souvent son histoire avec les mots en correspondance avec son âge et lorsqu’il sera suffisamment grand pour en comprendre toutes les parties même les plus difficiles, nous l’inviterons à le lire.
Que peut-on vous souhaiter pour l’avenir ?
D’être une super maman, de pouvoir être reconnue comme le deuxième parent de mon fils, que notre mariage (prévu en septembre) soit un moment de bonheur partagé avec notre famille et nos amis, que nous puissions avoir un deuxième enfant, et qu’il y ait toujours une boulangerie sur mon chemin avec de bons pains au chocolat.
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