Fannie Flagg

Fannie Flagg

Biographie

Fannie Flagg, de son véritable nom Patricia Neal, est une écrivaine et actrice américaine née le 21 septembre 1944 à Birmingham, dans l’Alabama. Elle grandit dans un foyer de la classe moyenne, ses parents, Marion Leona et William Hurbert Neal, étant à la tête d’une petite entreprise. Par ailleurs, le père de la fillette assure parfois des missions de projectionniste, si bien que la petite Patricia se rend régulièrement au cinéma et voit un grand nombre de films sur grand écran.

À l’école, ses professeurs remarquent très vite ses qualités littéraires et l’encouragent à poursuivre dans cette direction, malgré la dyslexie dont elle souffre. Mais Patricia, bercée de septième art toute son enfance durant, rêve d’autre chose. Sitôt diplômée de l’Université de l’Alabama, elle décide donc de tenter sa chance dans le monde de la télévision – une marche selon elle, vers le cinéma. Au début des années 1960, à l’époque où les programmes télévisés sont en plein boum aux États-Unis (on vient de prendre conscience du marché potentiel énorme que sont les femmes au foyer derrière leur téléviseur – une époque et un thème décrits à merveille dans la génialissime série Mad Men), on lui propose de devenir l’une des présentatrices d’une émission locale. Les chaînes locales sont très importantes aux États-Unis depuis la fin des années 1950 : elles proposent des informations et une météo adaptées à une région, ainsi que des émissions qui font souvent office de découvreur de talents dans le monde de la télévision.

Et ce fut le cas pour Fannie Flagg, qui s’appelait alors encore Patricia Neal. Vite repérée dans le « Morning Show » et pour sa manière de présenter la météo sur la chaîne alabamienne WBRC-TV, on lui propose de rejoindre l’équipe d’auteurs d’une émission nationale à succès, « Candid Camera », un programme qui mêle à la fois humour et sujets de société.

En parallèle, elle écrit beaucoup, mais présente peu de ses travaux à des éditeurs, sa dyslexie lui faisant commettre un nombre impressionnant de fautes. C’est ce qu’elle explique dans une interview accordée à CNN en 1999 : « J’étais gravement dyslexique et je ne pouvais pas écrire correctement, je ne peux toujours pas écrire correctement. Donc j’ai été découragée vis-à-vis de l’écriture et cela me mettait mal à l’aise. » Elle décide à cette époque, au début des années 1970, de mettre un terme à sa carrière littéraire, pour se consacrer à la télévision et au cinéma.

Dès la fin des années 1960, Patricia Neal choisit de changer de nom car elle s’appelle de la même manière qu’une grande actrice américaine (elle a reçu un Oscar et a été mariée successivement à Gary Cooper, puis à l’écrivain Roald Dahl). Elle en est persuadée : il lui sera plus facile de réussir si elle ne porte pas le même nom, c’est pourquoi elle devient Fannie Flagg. Elle partage à partir de là son temps entre les plateaux télé, les cachets pour de petits rôles (dans des téléfilms surtout) et les apparitions dans des pièces de théâtre et des comédies musicales. Après plusieurs années à vivoter ainsi, elle décroche finalement son premier rôle important en 1970 dans Five Easy Pieces, aux côtés de Jack Nicholson. Elle est certes l’un des seconds rôles, mais le succès critique du film lui ouvre des portes.

Un an plus tard, elle est choisie pour interpréter Mike Preston, la sœur du héros dans la série télévisée The New Dick Van Dyke Show – la présence ici du mot « Dyke » (qui signifie « gouine » en français) est purement fortuite…! La série fait un carton et la jeune femme est appréciée aussi bien des producteurs que des téléspectateurs ; on lui propose de ce fait de conserver son rôle jusqu’en 1973. L’année suivante, elle décide de retourner vers l’émission qui l’a fait connaître, « Candid Camera », où elle monte en grade et devient l’une des présentatrices de l’émission, aux côtés du présentateur vedette et créateur, Allen Funt. En 1974, Fannie Flag est du projet qui va devenir l’une des séries les plus connues des années 1970 : le cultissime Wonder Woman ; elle interprète en effet une doctoresse amazone (tout un programme !) dans le pilote de la série. S’ensuivent alors plusieurs années où elle cumule les rôles – le plus souvent dans des téléfilms ou des seconds rôles (on peut notamment l’apercevoir dans Grease en 1978). En 1981, elle décroche à nouveau un rôle important, celui de Cassie Bowman, qu’elle interprète deux saisons durant dans Harper Valley P.T.A.

Mais voilà l’écriture manque à Fannie Flagg et après une dizaine d’années sans tenir un crayon, elle ne peut s’empêcher d’y revenir au début des années 1980. Et ce d’autant plus qu’elle perd cette année-là ses deux parents, elle a donc besoin de poser sur le papier des souvenirs ou ce qu’elle ressent. Elle publie en 1981 Coming Attractions, dont le titre est changé lors de sa réédition en 1992 pour devenir Daisy Fay and the Miracle Man, considéré comme plus vendeur. L’ouvrage relate les aventures de Daisy Fay, une petite fille de 11 ans vivant dans le Mississippi. Écrit à la manière d’un journal intime, il suit son évolution de 1952 à 1957. Lors de sa sortie, le livre ne fait pas de vagues, mais le bouche à oreille fait bientôt son œuvre, si bien qu’à partir de 1983, il se vend comme des petits pains.

C’est en 1987 que Fannie Flagg publie l’ouvrage qui fait encore sa réputation aujourd’hui : Beignets de tomates vertes. Elle y relate les aventures de la fougueuse Idgie Threadgoode et de sa compagne, la timide Ruth Jamison, qui tiennent le Whistle Stop Cafe. La construction de l’ouvrage est intéressante, puisqu’elle alterne entre aujourd’hui, avec l’histoire de Ninny et Evelyn, et le début du siècle, avec celle d’Idgie, Ruth et de leurs comparses. Fannie Flagg parvient à retranscrire à merveille dans son ouvrage l’ambiance des années 20 dans le sud des États-Unis ; à cette époque, la ségrégation fait encore rage et la place de la femme y est toujours au foyer. Il règne sur ce livre un souffle de fraîcheur et d’aventure, mais aussi d’émancipation et de féminisme. Idgie, contrairement aux autres femmes de son époque, se refuse à accepter toute demande en mariage, elle s’habille parfois comme un homme et tient d’une main de maître un café-restaurant. Un personnage hors normes qui entretient une relation passionnée avec la douce Ruth Jamison (une relation jamais réellement nommée, mais qui est pourtant tolérée par l’ensemble de la communauté, qui agit un peu comme si elle la voyait comme l’association de deux vieilles filles) et qui va inspirer dans les années 1980 Evelyn pour être une femme plus forte et sûre d’elle. Dès sa parution, le roman se place très vite dans la liste des livres les plus vendus ; il reste d’ailleurs 36 semaines durant dans la liste des best-sellers du New York Times ! Outre le succès vis-à-vis du public, les critiques n’en sont pas moins élogieux et vantent à qui mieux mieux les qualités littéraires de l’ouvrage, tout en comparant le personnage d’Idgie à celui d’Huckleberry Finn…!

Pour la petite histoire, Fannie Flagg s’est largement inspirée de son enfance pour écrire la plupart de ses ouvrages, et en particulier Beignets de tomates vertes. Elle y a inséré des histoires entendues çà et là et certains personnages sont calqués sur des personnes qui ont réellement croisé sa route durant son enfance. Le plus bel exemple est le fameux personnage d’Idgie. Dans Daisy Fay and the Miracle Man, on en trouvait déjà une esquisse, mais sous le nom de tante Bess, qui tenait aussi un café dans une petite ville du Sud et vivait seule. Fannie Flagg a expliqué par la suite s’être inspirée de sa véritable tante Bess, qui n’était pas mariée et tenait l’Irondale Café, dans l’Alabama.

Beignets de tomates vertes est un tel succès que Fannie Flagg est rapidement approchée par des producteurs pour le transposer au cinéma. On lui propose d’adapter elle-même son propre roman pour en faire un scénario plus vendeur. En ligne de mire des producteurs ? Le lien amoureux qui lie Idgie à Ruth, qui dérange et est considéré comme un frein à une possible réussite commerciale. Le film Beignets de tomates vertes, réalisé par Jon Avnet, sort en 1991 et est un succès au box-office. On y retrouve Mary Louise Parker dans le rôle de Ruth, Kathy Bates dans celui d’Evelyn et Mary Stuart Masterson dans celui d’Idgie. Il est également amusant de noter qu’outre son rôle de scénariste, Fannie Flagg apparaît à un moment donné dans le film (bien qu’elle ne soit pas créditée au générique), dans le rôle d’une enseignante.

Dans le long-métrage, de par la volonté des producteurs, la relation qui unit Idgie à Ruth est donc véritablement aseptisée. Quand dans le film il ne s’agit que d’une histoire d’amitié, dans le livre, il n’y a aucune ambigüité. On peut citer dans le roman ce moment où, après le départ de Ruth, Idgie casse tout en hurlant avoir perdu la femme de sa vie, elle s’enferme dans sa chambre et ne mange plus pendant des semaines ! Un chagrin d’amour puissance mille en somme. Dans le film au contraire, elle est seulement malheureuse quelques temps d’avoir perdu une amie proche, mais cela ne va pas plus loin… Il y a cependant dans le long-métrage une grande place laissée au subtexte (allusions et jeux de regards qui veulent tout dire). On peut notamment évoquer cette scène où Idgie va chercher du miel au cœur de la ruche lors d’un pique-nique. Elle est très réussie dans le film, car elle parvient à retranscrire l’esprit du livre : on y voit Ruth absolument fascinée par Idgie, elle en tombe littéralement à la renverse et ne peut décrocher son regard d’elle. Dans le bouquin, c’est un moment capital et sans équivoque ; Ruth y explique d’ailleurs clairement que c’est à ce moment-là qu’elle a compris que son cœur appartiendrait à jamais à Idgie Threadgoode. Malgré cette censure assumée de la storyline homosexuelle, le film Beignets de tomates vertes, à l’instar de l’ouvrage éponyme, reste encore aujourd’hui un film culte de la culture lesbienne.

Après ces deux succès consécutifs, Fannie Flagg ne revient sur le devant de la scène littéraire qu’à la fin des années 1990, en 1998 précisément quand elle sort un nouveau livre, Welcome to the World, Baby Girl!. Elle enchaîne l’année suivante avec un petit rôle dans La Tête dans le carton à chapeaux. Depuis cette date, Fannie Flagg se consacre exclusivement à l’écriture et publie environ tous les deux ans un nouveau roman. Le dernier en date, I Still Dream About You: A Novel, est paru en novembre 2010.

Aujourd’hui, Fannie Flagg est considérée comme une auteure culte, à la fois dans la littérature américaine et dans la littérature lesbienne – une véritable prouesse quand on sait que c’est pour un seul et même ouvrage, Beignets de tomates vertes. Elle continue inlassablement d’écrire de nouveaux textes, mettant en scène la plupart du temps sa région natale bordée par le Mississippi, le sud des États-Unis.

Fannie Flagg vit actuellement dans l’Alabama, mais passe également plusieurs mois de l’année dans une autre de ses maisons, en Californie.

Histoire d'un Coming-Out

On ne sait pas réellement quand Fannie Flagg a pris conscience de son homosexualité. Ce qui est certain, c’est qu’elle parle très peu (et encore aujourd’hui) de ses amours et de sa vie privée. Elle ne nie pas pour autant le fait d’être lesbienne et en a déjà parlé à plusieurs reprises dans des entretiens avec des journalistes.

Elle a également joué, en 1971, dans un film underground et ouvertement militant pour la cause homosexuelle, Some of my best friends are…, qui met en scène un groupe d’amis composé de gays et de lesbiennes, sur fond de musique jazzy.

Elle a aussi mis en scène à plusieurs reprises des personnages lesbiens dans ses romans, sans pour autant en faire le sujet principal. Le plus bel exemple est la relation qu’elle a imaginée entre les deux personnages de Ruth et d’Idgie dans son best-seller Beignets de tomates vertes.

Elle a aussi été la compagne de la romancière Rita Mae Brown pendant de nombreuses années.

Bibliographie

I Still Dream About You: A Novel (2010)
Can’t Wait to Get to Heaven (2006)
A Redbird Christmas (2004)
Standing in the Rainbow (2002)
Welcome to the World, Baby Girl! (1998)
Beignets de tomates vertes (1987)
Coming Attractions – également connu sous le titre de Daisy Fay And The Miracle Man (1981)

FILMOGRAPHIE

La tête dans le carton à chapeaux (1999)
Beignets de tomates vertes (actrice et scénariste) (1991)
My Best Friend is a Vampire (1987)
La croisière s’amuse (série télévisée) (3 apparitions entre 1979 et 1986)
George Burns Comedy Week (série télévisée) (1985)
Harper Valley P.T.A. (série télévisée) (1981-1982)
Grease (1978)
Rabbit Test (1978)
Sex and the Married Woman (téléfilm) (1977)
Fernwood 2 Night (série télévisée) (1977)
Stay Hungry (1976)
Wonder Woman (pilote de la série télévisée) (1975)
Home Cookin’ (téléfilm) (1975)
The New Dick Van Dyke Show (série télévisée) (1971-1973)
Love, American Style (série télévisée) (1972)
Some of My Best Friends Are… (1971)
Five Easy Pieces (1970)

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