À Berlin, elles peuvent se retrouver dans 14 lieux qui sont des clubs privés, des cafés ou des cabarets. C’est loin d’être négligeable et c’est bien plus qu’il n’existe de lieux lesbiens dans tout Paris aujourd’hui. Berlin en 1930 compte environ 4 millions d’habitants et la population homosexuelle est estimée à environ un dixième de la population. Les femmes sont un peu moins bien loties que les hommes qui disposent alors d’environ 160 clubs ouverts pour certains jusqu’à 3 heures du matin, mais elles n’ont pas à se plaindre de la vigueur de leurs lieux de rencontre. Les deux plus célèbres clubs – « Le Club Monbijou de l’Ouest » dirigé par Elsa Conrad et « Le Violetta » dirigé par Lotte Hahm – sont des endroits raffinés et très fréquentés. Au Monbijou par exemple, on voit des femmes se retrouver entre elles, travesties et jouant aux cartes.
Le « Violetta » était quant à lui un des clubs les plus connus qui proposait des bals, des défilés de mode, des courses automobiles réservées aux femmes. La presse lesbienne de Berlin faisait la publicité de ces lieux de rencontre, comme le montre cet encart paru dans Die Freundin.
Elle contribuait aussi à diffuser une autre image des lesbiennes et véhiculait beaucoup d’érotisme à destination des femmes en proposant des photos audacieuses de femmes nues et sportives en « Une ».
Ruth Roellig, les clubs et la presse de l’époque mettent en valeur un style particulier de lesbienne : la femme « Scorpion ». Le Scorpion est en effet le titre d’une trilogie romanesque lesbienne à la mode dans les années 1930 et qui a été écrit et publié entre 1919 et 1921 par Anna Elisabet Weirauch. Ce roman raconte l’histoire d’Olga, le « scorpion » – une « bubi » aristocratique très belle et à la réputation sulfureuse – de Myra, une garçonne androgyne plus jeune et totalement fascinée par Olga. Les femmes qui dominent la scène des clubs se doivent, comme Olga, d’être à la pointe de la mode, de parler plusieurs langues, de savoir parler d’art et de musique pour mieux séduire les femmes mariées et leurs filles. D’une certaine manière, Marlene Dietrich représente à la perfection ce modèle de « Scorpion » dans la scène suivante du film Morocco (1930). Habillée en homme, d’origine allemande, elle chante parfaitement en français et s’adresse en anglais à une jeune femme qu’elle embrasse devant son mari. Elle incarne l’esprit du cabaret et cette visibilité nouvelle de la subculture lesbienne.
Ces années d’effervescence ne sont cependant pas de longue durée, car dès 1933, la répression nazie commence. Des rafles ont lieu et peu à peu les bars et les clubs rendus visibles par la liste de Ruth Roellig sont fermés, à l’exception de deux ou trois. La presse lesbienne est interdite : Die Freundin qui avait commencé à paraître en 1924 disparaît dès 1933 à l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Les associations lesbiennes sont interdites et des listes de lesbiennes sont dressées.
C’en est fini du Berlin lesbien.
Pour en savoir plus :
Un article sur la subculture lesbienne de Weimar à consulter en ligne à l’adresse suivante.
Univers-L Toute la Culture Lesbienne



