Sappho de Lesbos

Charles-Auguste Mengin en fait une poétesse de la mélancolie et une héroïne romantique sombre.

Sappho

D’autres artistes la représentent très inspirée par le poète lesbien Alcée (dont on sait qu’il était pédéraste). Tous deux sont parfois considérés comme des amants, ce qui semble farfelu.

Sappho

La relation fictive d’une Sappho vieillissante avec Phaon inspire Jacques-Louis David. Une Antiquité réinventée et très décente, gommant toute allusion gênante à l’homophilie de Sappho, domine la première moitié du XIXe siècle.

Sappho

Toutefois, les très nombreuses allusions antiques à ce qui commence à être appelée l’« homosexualité » de Sappho font leur apparition.

En 1847, Émile Deschanel fait sensation dans un article de la Revue des Deux Mondes où il écrit :

« Il ne faut pas altérer la vérité par amour de l’idéal. Nous croyons donc, en effet, que Sappho fut ce qu’étaient les autres Lesbiennes, et qu’elle ne se distingua d’elles que par le génie. Bien plus, d’après une tradition très répandue et arbitrairement contestée, elle fut Lesbienne dans toute l’étendue de ce terme. « Ce ne sont pas les hommes, dit Lucien, qu’aiment les Lesbiennes. » Et, en effet, le nom de Lesbienne et le verbe aimer à la lesbienne sont demeurés dans la langue grecque comme des témoignages irrécusables de cette affreuse dissolution. Certes, nous voudrions pouvoir penser que notre Sappho, un si grand poète, fut exempte de ces souillures ; mais, comme nous aimons encore plus, la vérité que l’idéal, c’est à l’opinion contraire que nous nous rangeons à regret. En vain allègue-t-on que cette opinion ne se trouve exprimée que par des écrivains qui vinrent long temps après elle : cela ne prouve qu’une chose, c’est que, de son temps, cette corruption était trop générale pour être remarquée. La morale ne s’en indigna que plus tard, et encore assez faiblement. Ovide nomme quelques-unes des amies de Sappho, et il ajoute (c’est Sappho qui parle) : « Et cent autres que j’ai aimées non sans péché ».

En 1885, Henry Thornton Wharton publie Sappho: Memoirs, Texts, selected Readings and a Literal Translation qui devient un ouvrage de référence à la fois populaire et très influent. Le peintre préraphaélite Siméon Solomon peint plusieurs toiles consacrées à Sappho qui mettent en avant son amour pour Erinna.

Sappho

Renée Vivien se fait l’historienne de Sappho et en fait son modèle à la fois poétique et amoureux. Voici ce qu’elle écrit en 1903 dans Sapho Traduction nouvelle avec le texte grec :

En face de l’insondable nuit qui enveloppe cette mystérieuse beauté, nous ne pouvons que l’entrevoir, la deviner à travers les strophes et les vers qui nous restent d’elle. Et nous n’y trouvons point le moindre frisson tendre de son être vers un homme. Ses parfums, elle les a versés aux pieds délicats de ses Amantes, ses frémissements et ses pleurs, les vierges de Lesbôs furent seules à les recevoir. N’a-t-elle point prononcé cette parole si profondément imprégnée de ferveur et de souvenir :

« Envers vous, belles, ma pensée n’est point changeante. »

Elle traduit son mépris pour le mariage par ce vers : « Insensée, ne te glorifie point de l’anneau, » et repousse avec dédain l’offrande poétique d’Alcée. Elle a le calme des êtres immortels, à qui la contemplation de l’éternité est familière : « …j’ai l’âme sereine. »

Renée Vivien et Nathalie Clifford Barney firent des pèlerinages amoureux à Lesbos et à Mytilène qui deviennent au début du XXe siècle une destination lesbienne. Toutes deux essayèrent de recréer un cercle de femmes qui se vouent à l’amour entre femmes, sur un modèle fantasmé du cercle de Sappho à Mytilène.

En 2008, Sappho et Lesbos font toujours écho à une bien étrange histoire qui n’a plus rien à voir avec la Sappho historique. En voici une preuve avec le film russe Sappho qui relate une histoire entre deux femmes dans le cadre de l’île grecque de Lesbos.

Un commentaire

  1. De fait, rien n’a plus jamais été mieux fait depuis l’Hymne à Aphrodite et l’Ode à l’Aimée. La vie de Sappho la sublime – Psappho peut-on aussi lire – baigne dans le mythe, tout comme celle d’Homère. Elle nous a laissé et son œuvre (dont le moindre fragment plonge dans les ténèbres l’ensemble de nos proses ultérieures), et sa légende. À ce propos, s’il faut vraiment concilier l’incohérent, il y a une explication tout apocryphe mais pourquoi pas élégante à l’anecdote apparemment incongrue du beau Phaon.

    C’est l’histoire de ce jeune homme épris de poésie et de musique, fasciné par l’immense talent et réputation de Sappho. Comment peut-il approcher la préférée des Muses et goûter son enseignement inspiré si ce n’est en se travestissant en fille ? Ainsi fut fait. Mais évidemment l’inévitable advint et Sappho tomba amoureuse de la belle “Phaonne”. Alors que son amour devenait de plus en plus passionné, il n’y eut plus d’autre alternative pour Phaon que de révéler sa pauvre identité de garçon. Stupeur et désespoir: il ne resta plus devant cet amour désormais impossible à notre héroïne que de se précipiter du haut de Leucade (ou Leucate)…

    C’est en fait symbolique. Comme indiqué au tout début, Sappho a atteint par sa prosodie l’idéal de beauté suprême. Artiste foudroyée par la beauté, comment pouvait-elle aller plus loin, si ce n’est en conquérant la beauté ineffable de l’au-delà immortel, bienheureux champs élysées ou sphère des idées platoniques…

    XN Borloz

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