Yagg : Interview de la journaliste Judith Silberfeld

Judith Silberfeld

Interview accordée à l’équipe d’Univers-L le 22 Novembre 2010 pour le site Univers-L.com

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les difficultés financières de Yagg ?

C’est une histoire assez banale, en fait. La 2e année est souvent l’une des plus dures pour les PME (LGNET, notre société, a été créée en mai 2008). Ajoutez à cela la crise et la baisse des tarifs pub. Nous avons besoin d’argent pour continuer d’exister, bien sûr (l’information est gratuite mais elle a un coût, comme le répète souvent Christophe Martet), mais aussi pour nous développer, mettre en ouvre nos différents projets, qui sont tous plus excitants les uns que les autres.

Avez-vous été surpris par la vague de soutien qu’a suscité Yagg ?

Surpris-e-s, je ne sais pas. Rassuré-e-s, oui. Au moins, nous savons pourquoi (et pour qui) nous travaillons. Si, ce qui nous a surpris-e-s, c’est que d’autres sites LGBT (dont Univers-L  nous soutiennent, en relayant l’information mais aussi financièrement, via le Mur de Yagg, qui permet d’afficher son soutien, à partir de 15 euros.

Pensez-vous qu’un média web gratuit a un avenir ? Avec quelle source de financement ? Envisagez-vous de devenir payant pour survivre ?

J’adorerais croire au tout-gratuit, mais l’expérience de ces 2 dernières années a fait évoluer mes positions sur le sujet, en ce qui concerne les médias LGBT en tout cas. Sauf à trouver un mécène (mais je ne suis pas sûre que travailler à fonds perdus soit très sain de toute façon), il faut faire rentrer de l’argent de façon régulière. Malgré le succès de Yagg, nos levées de fonds n’ont pas intéressé d’investisseurs  »non concernés », dirons-nous. Investir dans la presse, ça fait déjà peur, mais alors quand en plus c’est de la presse communautaire!

Nous n’envisageons pas de rendre Yagg payant, mais peut-être de lancer des services payants. Et nous réfléchissons à plusieurs façons d’impliquer les internautes dans leur média. L’élan de solidarité lors de notre appel à l’aide s’est notamment concrétisé via le Mur, et donc financièrement. Cela veut dire que, dans une certaine mesure au moins, nos internautes sont prêt-e-s à payer pour une information de qualité. Participer financièrement, ça peut évidemment passer par un abonnement, comme pour Mediapart, mais il y a aussi d’autres façons de donner plus de place aux internautes. Nous envisageons par exemple de créer une sorte de société des lecteurs, comme celles du Monde ou de Libé.

Question « pied dans le plat » : Si la situation n’évolue pas, de combien de temps disposez-vous avant la fermeture définitive de Yagg ?

Franchement, je ne veux même pas y penser.

Question « parlons peu, parlons bien »: concrètement de quoi avez vous besoin pour pouvoir poursuivre l’aventure Yagg ? De sponsors, de partenaires ?

Nous avons besoin que de plus en plus d’internautes découvrent Yagg et s’y plaisent et que le nombre d’incrit-e-s à la communauté et à la newsletter continue de grandir.

Nous avons aussi besoin de faire savoir que notre modèle économique n’est pas fondé que sur la publicité (nous ne sommes pas fous) et que LGNET, la société éditrice de Yagg, a d’autres activités: création de sites web, création de contenu écrit ou vidéo. N’hésitez pas à faire appel à nous !

Vous avez ouvert une chaîne de télévision Yagg. Qu’est-ce qui vous reste donc à faire maintenant ? Quels sont vos projets à court terme ? et à moyen terme ?

Nous venons, en effet, de lancer YaggTV, mais aussi la boutique, la campagne sur la visibilité et la santé lesbienne. Il y a d’autres projets, y compris à court terme, mais il est un peu tôt pour en parler (je suis un peu superstitieuse).

Quelle question avez-vous envie qu’on vous pose ?

Euh, non, ça fait déjà pas mal, là. Mais merci !

A propos de Isabelle B. Price

Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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