Interview de la romancière Sandra Scoppettone

Sandra Scoppettone

Interview accordée à Nathalie Mège pour le site Amazon.fr en 2002

Sandra Scoppettone doit sa célébrité aux enquêtes de la détective privée Lauren Laurano dont Tout ce qui est à toi…, Je te quitterai toujours… À l’image de ses prédécesseurs hommes, son héroïne à l’humour mordant n’est pas dénuée de faiblesses, entretient une relation intense avec sa ville – New York, et plus spécifiquement Manhattan –, et n’est pas insensible au charme des femmes…

Devant le succès public et critique de la série, le Fleuve Noir a entrepris d’éditer les romans noirs de Scoppettone – initialement parus sous le pseudonyme de Jack Early – à commencer, en 2000, par Donato père et fille, saga familiale de policiers « ritals ». Le second thriller de cette veine, Petite musique de mort, nous emmène sur la pointe de l’île de Long Island, haut lieu de la jet set new-yorkaise dont les stations balnéaires fleurent bon l’esprit de clocher… Scoppettone, plus sarcastique que jamais, signe là un suspense sans faille ponctué d’une histoire d’amour en forme de pied de nez aux règles du roman sentimental. Rencontre transatlantique avec un grand nom du polar.

Qu’est-ce qui vous a conduit à choisir pour décor Long Island, et particulièrement le cap de North Fork, pour Petite musique de mort ?

J’ai passé toutes mes vacances d’été sur place à partir de 1969. En 1975, j’ai acheté une résidence secondaire à Greenport – Seaville dans le roman –, et lorsque j’ai quitté New York, en 1997, c’était pour emménager dans une autre maison à Southold.

Comment les habitants du cap ont-ils réagi à la parution de Petite musique de mort ?

Personne ne savait que j’étais l’auteur… C’était très amusant de surprendre les conversations à la bibliothèque ou dans les cafés. Personne ne m’a paru offensé. Les gens tentaient d’identifier les personnes réelles qui pouvaient se dissimuler derrière les personnages – alors que la plupart sont des composites de plusieurs individus.

Et maintenant que vous habitez sur place et que vos polars sont publiés sous votre nom ?

Les habitants sont au courant depuis un moment. Les bibliothèques ont toujours les premiers livres au nom d’Early. Ça ne semble pas émouvoir qui que ce soit.

Petite musique de mort est truffé de moments comiques, et notamment de scènes d’humour à forte tonalité féministe. Comment avez-vous réagi à l’époque quand le New York Times a comparé Jack Early à Elmore Leonard ?

Et à Stephen King, allez savoir pourquoi ! J’ai trouvé que c’était une preuve absolue de la mysogynie ambiante, parce que si le nom sur la couverture avait été celui de Sandra Scoppettone, je n’aurais jamais été comparée à ces hommes !

Early était censé vivre à New York avec sa femme et ses deux enfants. L’annonce de votre véritable identité – une femme – et de votre sexualité – lesbienne – a du faire sensation ?

J’avais pu maintenir mon pseudonyme sur les deux premiers livres (Petite musique de mort et La Mort dans l’art). J’ai été outée, si l’on peut dire, en tant que Sandra Scoppettone à la parution de Donato père et fille, mais ça n’a pas vraiment créé de scandale. Pas plus que le fait d’être lesbienne, d’ailleurs. Si j’ai décidé de revenir à mon vrai nom pour publier les Lauren Laurano, c’est avant tout parce que la voix narrative qui s’est imposée à moi était à la première personne, et que c’était celle d’une femme.

Une réussite, puisque le premier roman de la série, Tout ce qui est à toi…, a connu un succès immédiat. Et lors de votre dernière visite à Paris, plus d’une centaine de personnes sont venues assister à votre dédicace, puis à votre intervention à la Bilipo *, tandis que le Monde des livres vous interviewait sur une demi-page – un événement rare dans le monde du polar. Tout cela a-t-il constitué une surprise ?

C’est le moins que l’on puisse dire. Même si j’ai des fans aux États-Unis et si j’ai fait pas mal de signatures à New York et dans le reste du pays, l’impact parisien était sans commune mesure. Il semble d’ailleurs que le public français continue de me suivre.

Lauren Laurano est un personnage très attachant. Dans le cinquième volume de la série, elle songe à déménager à Long Island. Tous vos fans voudraient savoir ce qui arrive ensuite.

Il n’arrive rien ensuite, parce que c’est la fin de la série. Il est temps pour moi de passer à autre chose, de parler d’autres gens, d’autres décors. Le roman sur lequel je travaille actuellement sera signé Jack Early. Il est situé dans le présent, avec un nouveau personnage de détective. Et le cadre est une ville universitaire située à une heure et demie de New York… Quant à Lauren et Kip, elles vivent heureuses à Long Island !

Vous avez déclaré à propos de votre prochain ouvrage à paraître au Fleuve noir, Some Unknown Person, un roman noir, que vous estimez que c’est votre meilleure œuvre à ce jour. Quel a été le déclencheur dans votre choix de cette histoire d’une très jeune fille victime d’abus sexuels ?

Je ne considère pas tout à fait ce livre ainsi, même si Starr Faithfull a effectivement été victime d’abus sexuels pendant l’adolescence. En fait, le personnage a existé dans la réalité. Elle est morte en 1931 dans des circonstances suspectes. J’étais en train de lire un article portant sur des crimes non élucidés quand son nom, qui signifie « étoile fidèle », m’a sauté aux yeux. J’ai effectué beaucoup de recherches et ma fascination n’a cessé de grandir. J’ai alors décidé de résoudre ce mystère par la fiction. Si bien que Some Unknown Person contient en fait deux histoires : celle de Starr, son existence et sa fin, et celle d’Italo-Américains de la haute bourgeoisie, les Antolini, librement inspirés de la famille de mon père.

Quand pourra-t-on le lire en français ?

La parution est prévue pour juin 2002.

* Bibliothèque des littératures policières, à Paris.

Interview Originale sur Amazon.fr

A propos de Isabelle B. Price

Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

Répondre