Bodies of Water : Interview de l’auteure Tammy Greenwood

Tammy Greenwood - bodies of water

Interview accordée à Dana Piccoli le 14 Janvier 2014 pour le site Afterellen.com.

Le nouveau roman de T. Greenwood, Bodies of Water, raconte l’histoire d’amour touchante et tumultueuse de deux femmes mariées dans les années soixante. À travers la relation de Billie et Eva et les conséquences de son éventuelle découverte, le livre raconte une histoire d’amour et les coups durs de la vie de manière vraiment captivante. T. Greenwood saisit magistralement l’esprit de « l’amour dont on n’ose pas parler » de cette période et les sentiments impliqués. AfterEllen a eu le plaisir de parler avec Mme Greenwood de son roman et de ce qui l’a inspirée à l’écrire.

 Bodies of Water est sublime. Je n’ai littéralement pas pu le lâcher. Je crois que je l’ai dévoré en trois jours, et je ne suis pas la seule. Toutes mes connaissances sont en train de le lire. De votre côté, quelle réponse avez-vous eu de la part des lecteurs ?

Merci beaucoup. Je suis tellement reconnaissante de la réception du livre à la fois par la communauté LGBT et la communauté hétérosexuelle. J’étais très nerveuse de la réponse que ce livre aurait auprès du public. Pour préciser, je suis hétéro. L’une de mes plus grandes peurs était la réaction des lectrices lesbiennes. (En tant qu’auteure, je crois que plus vous vous éloignez de votre propre réalité, plus vous avez peur que quelqu’un s’aperçoive de votre bluff) Et alors que le climat politique de notre pays est clairement en train d’évoluer, j’avais également peur de la réaction de mes lecteurs habituels une fois qu’ils auraient réalisé que l’histoire d’amour avait lieu entre deux femmes (ce n’est pas dit sur la quatrième de couverture). Comme le dit Billie, tellement de choses ont changé, mais tellement de choses restent les mêmes. Néanmoins j’ai été surprise par le nombre écrasant de réponses positives que j’ai reçues. Je lis toujours les commentaires sur Goodreads et Amazon, et je n’ai réellement eu que DEUX lecteurs sur des centaines qui ont exprimé leur colère et/ou leur frustration sur le sujet du livre.

Et les commentaires les plus géniaux, pour moi, sont ceux provenant de lecteurs hétéros qui se considèrent eux-mêmes comme « conservateurs » et qui finissent par adorer le livre. En dépeignant une histoire d’amour entre deux femmes de cette façon, et en montrant les difficultés des lesbiennes en ce temps, j’espérais que certains lecteurs ouvriraient les yeux. Je n’ai presque jamais eu d’arrière-pensées politiques en écrivant mais j’espérais vraiment que cette histoire change la vision des choses de certains lecteurs. Lire crée de l’empathie ; je le pense vraiment.

Vous avez écrit beaucoup de romans, mais Bodies of Water est un peu comme un nouveau départ puisque l’héroïne est lesbienne. Comment en êtes-vous venue à écrire cette histoire, et pourquoi la raconter à travers les yeux de Billie ?

Cette histoire fait suite à une histoire de famille que l’on m’a racontée. Dès que je l’ai entendue j’ai su que je devais écrire ce livre. Je n’avais jamais entendu une histoire d’amour si belle ou tragique. Bien sûr, à la fin, l’histoire du roman est devenue sa propre histoire, mais elle est basée sur une aventure amoureuse très réelle des années soixante. Et généralement, lorsque je commence à écrire une histoire j’entends la voix du narrateur en premier. La phrase d’ouverture « Voilà ce que je sais : la mémoire c’est comme l’eau » m’est venue en premier. Et j’ai juste eu à la suivre. Je savais qu’elle correspondait à Billie (qui est inspirée d’un de mes proches). Et donc j’ai passé du temps avec elle. J’ai traîné avec elle à la plage, à la bibliothèque où elle fait du bénévolat, au bar où elle va pour sa bière du soir. Et après je l’ai suivie dans son passé.

J’adore le fait que la moitié de l’histoire se passe dans les années soixante, un temps où beaucoup de changements ont eu lieu, et également un temps de grandes tragédies et où les genres étaient très codifiés, et l’autre moitié dans le présent. Voir Billie vivre autant de changements tout au long de sa vie et la voir s’accrocher pour toujours à son amour perdu rend ce livre si merveilleusement équilibré. Vouliez-vous dès le départ raconter son histoire sous ces deux angles ?

Encore une fois, la voix du passé m’est d’abord venue. Et donc, j’ai su que Billie racontait cette histoire depuis un point de vue particulier. Et au final, le contraste entre le moment présent et les années soixante est devenu très important pour l’histoire. L’un de mes moments préférés est quand Billie se retrouve dans la relation qu’a sa nièce Effie avec Devin (qui est noir), et imagine la façon dont ils auraient souffert s’ils s’étaient rencontrés et s’ils étaient tombés amoureux il y a cinquante ans.

Avez-vous fait des recherches sur la vie des gays et lesbiennes à cette période ? En particulier sur ceux qui étaient mariés et qui essayaient d’avoir une vie dite « normale » ?

J’ai fait la plupart de mes recherches via mes proches qui ont partagé avec moi leurs propres expériences. J’avais également vu et beaucoup aimé Loin du Paradis et Brokeback Mountain, même si ces deux films parlent d’hommes homosexuels. J’ai regardé After Stonewall et le très beau documentaire Edie and Thea : A Very Long Engagement.

L’eau a un rôle important dans ce roman, et beaucoup de vos autres romans se focalisent également sur l’eau. Quelle importance a l’eau dans votre propre histoire et quel rôle joue-t-elle pour votre créativité ?

J’ai grandi dans le Vermont dans le « camp » (ça veut dire cabane dans le Vermont) de mes grands-parents, à Newark Pond. Aujourd’hui, tous les étés, je traverse tout le pays pour aller passer le mois d’août là-bas (tout comme Billie !). Et j’ai vécu à San Diego, près de la plage, pendant douze ans sur ces dix-sept dernières années. Je suis cancer, donc je suis censée être un signe d’eau. En réalité je n’aime pas vraiment être dans l’eau (sauf si les bains comptent), mais j’adore vivre près d’un point d’eau.

La plupart de mes romans se construisent autour du lac Gormlaith, un lac fictif qui représente différentes choses selon les personnages de mes livres. (Mon premier roman, Breathing Water, se passe également ici et raconte l’histoire d’Effie et Devin).

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? Y a-t-il une chance que l’on retrouve un héros gay ou une héroïne lesbienne dans l’un de vos futurs romans ?

Je viens juste de finir un roman, Here is the Bridge, qui raconte la relation d’une femme agoraphobe avec sa fille de onze ans. Ce roman sortira au printemps 2015. Et j’ai commencé un roman qui parle d’une fête foraine (et des femmes dans les « spectacles féminins »).

Bien sûr, j’aurai de nouveau une héroïne lesbienne. Et bien que Bodies of Water se concentre sur les difficultés dues à l’orientation sexuelle de Billie et Eva, je crois qu’il est important pour les écrivains de commencer à créer des personnages qui sont juste gays (et où l’homosexualité n’est pas au centre de l’histoire, mais constitue simplement une partie de ce qu’ils sont). J’espère que ce sera le cas pour beaucoup de futurs romans grand public. Et ce roman catégorisé comme roman « LGBT » peut aussi être grand public.

Interview Originale sur le Site Afterellen.com

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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