Codependent Lesbian Space Alien Seeks Same : Interview de la réalisatrice Madeleine Olnek

Madeleine Olnek - Codependent Lesbian Space Alien Seeks Same

Interview accordée à Holly Herrick le 06 Janvier 2012 pour le site hammertonail.com.

Pouvez-vous nous parler du fait d’être une femme réalisatrice d’une comédie féministe ?

Doris Dorie a dit que lorsque vous êtes réalisatrice sur le plateau, les gens veulent s’assurer que vous êtes en contrôle total et que vous savez ce que vous faites, mais pour la comédie, savoir ce que vous faites n’est pas la chose la plus productive qui soit au niveau de la création.
La comédie se rapproche de l’accessibilité. L’humour est un langage avec un résultat particulier : les gens rient. J’ai l’impression que la comédie est plus subversive. Vous dites des trucs, les gens y réagissent et ils rient, ils n’ont conscience de l’idée qu’il y a derrière que bien après. On vous nourrit avec des trucs ouvertement politiques alors que la comédie a le pouvoir d’être subversive.
Il y a plus de fonds pour les documentaires que les films. L’importance des documentaires est plus directement visible : ce documentaire sauvera un village, aidera les gens, c’est important et nous avons besoin de votre aide. Tout le monde sait cela. Comprendre l’importance d’un film est plus difficile pour les gens : c’est une histoire inventée. En parlant de comédie, il y a une anxiété générale envers les femmes responsables de films. Tina Fey nous disait dans son livre que les gens venaient tout le temps la voir et lui demandaient à quel point il était dur d’être responsable d’autant de gens. Et elle dit quelque chose comme « Oui, ils posent tout le temps cette question à Donald Trump ! ». Lorsque vous êtes sur le plateau en tant que réalisatrice, vous êtes responsable. Donc il y a beaucoup d’angoisse : est-ce que cette personne est capable de le faire, est-ce qu’on peut avoir confiance en elle, est-ce qu’elle sait ce qu’elle fait ?
Et un truc sur la comédie : c’est que vous repartez de zéro à chaque fois. Vous vous concentrez vraiment sur un truc et vous vous dites « c’est nul, ça ne fonctionne pas, ce n’est pas drôle ». Avec la comédie vous devez vous débarrasser de trucs. Je pense que le drame a plus de marge parce que vous n’êtes pas obligé de faire pleurer les gens dans chaque scène. La comédie a un résultat très particulier et l’on voit clairement quand cela fonctionne ou non. Pour moi, douter, savoir écouter : c’est ça la comédie. Il ne s’agit pas de prendre une position autoritaire. Je pense que les gens sont plus à l’aise avec les personnes autoritaires. Je pense qu’avoir une réalisatrice modeste qui s’efface et qui dit tout le temps « C’est nul ! Je suis nulle ! » – ce que font les comiques, ils disent « je suis nul » – est assez anxiogène pour les [financiers] qui ont investi neuf millions de dollars dans le film.
Je ne pense pas que vous puissiez séparer la réalisation des autres formes d’art lorsque vous dîtes vouloir [voir plus de femme en position de pouvoir]. Tout le monde veut devenir un artiste, tout le monde veut faire un film. Au bout d’un moment, lorsque cela deviendra un boulot pourri comme assistant d’infirmière ou assistant de professeur, alors il y aura plein d’opportunités pour les femmes ! L’art est censé être le miroir de la société. Donc, à mon avis, l’art montre comment la société elle-même fonctionne.
Vous pouvez trouver des tas de raisons à l’inégalité. Vous pouvez en trouver, mais la seule raison est l’iniquité : les gens qui ont le pouvoir ne veulent pas le donner à ceux qui ne l’ont pas.

Vous filmez de manière très réelle. Vous essayez de ne pas vous appuyez sur trop d’équipements et de personnes. Qu’est-ce qui est primordial pour faire en sorte de bien filmer pour vous ?

Il faut que j’aie un plateau centré sur les acteurs. Le jour où Mike Tully était sur le plateau [note de la rédaction : Madame Olnek a mentionné votre nom puisqu’elle savait où cette interview serait publiée], nous n’avions loué l’endroit que pour un jour. C’est dur. Il y a des scènes que je répète encore et encore. Je ne veux pas partir tant que je n’ai pas ce qu’il me faut. J’essaye de faire en sorte que tous les endroits soient des lieux sur lesquels je puisse revenir, pour qu’il y ait plus de richesse dans les jeux d’acteurs. Mon style en tant que réalisatrice évolue encore, mais c’est de cette façon que je travaille : nous nous relions directement à la caméra pour le son, et nous n’utilisons pas d’objectifs supplémentaires. Je pense juste qu’ajouter des trucs prend plus de temps et relâche l’attention portée aux jeux des acteurs et aux matériels. Nous avons commencé à tourner certaines scènes avec des lumières et nous avons fait quelques suppléments sans : la différence n’était pas notable !
La chose que je déteste le plus sur les grands plateaux c’est que lorsque vous avez plein de personnes, il y a toujours quelqu’un qui mange des chips pendant qu’un acteur qui joue devant la caméra a faim. Vous savez ce que c’est d’avoir faim et de voir quelqu’un ouvrir un paquet de chips délicieusement parfumées. C’est logique que cela arrive parce que les gens s’ennuient et restent là pendant ces prises sans fin. Mais lorsqu’il y a un fossé entre les personnes fournissant un effort et les autres et qu’elles sont sur un niveau différent d’énergie et d’activité, alors, là, vous avez des problèmes. C’est ce que j’essaye d’éviter, avec une réussite variable.
On tourne beaucoup. Je ne sais pas si je pourrais être sur un plateau où l’humour est imposé, du genre : « Nous allons faire trois prises pour chaque scène ». Que se passe-t-il si je fais trois prises et qu’aucune d’entre-elles n’est drôle ?

Un jour sur mon plateau tout le monde croyait que la journée se passait très bien parce que l’on était dans les temps. Je savais que ça n’allait pas bien du tout. Rien ne m’avait fait rire de la journée. Cette idée d’efficacité prend un sens différent avec la comédie. Pour certaines personnes cela veut dire tout mettre en boîte. Mais qu’en est-il du potentiel comique ? Cela doit aussi entrer en compte.

Lorsque vous travaillez avec votre petite équipe, comment faites-vous pour vous donner le temps d’être vraiment concentrée sur le jeu des acteurs et de ne pas vous soucier des autres détails ?

Cela aide d’être minimaliste et d’être physiquement proche des acteurs, de ne pas être qu’une réalisatrice derrière un écran. Ça vous aide à faire confiance à votre petite voix intérieure et calme tous ceux qui vous détestent, ce qui signifie quasiment tout le monde sur le plateau à ce moment-là. Sur chacun de mes plateaux, je suis la plus haïe des personnes techniques.
Il faut vous rappeler : tous les autres qui travaillent sur le film, une fois que le tournage est terminé, ils rentrent chez eux et sont libres. En gros, vous êtes mariés à ce tournage. Vous passerez dix milles heures avec ce tournage. Tout ce que vous n’avez pas demandé ou n’avez pas réussi à obtenir va revenir vous hanter encore et encore. Vous allez le visionner, le monter, vous allez le doubler en cassette, vous allez passer des heures à tout refaire pour être sûr que tout fonctionne parfaitement, vous allez l’emmener aux festivals, vous allez voir ce film des centaines de fois. Tous ceux qui sont si catégoriques sur le plateau, ils ne se marient pas avec le film comme le fait le réalisateur. Les gens étaient troublés les jours où je me repassais certaines scènes encore et encore : ces scènes je suis tellement fière de ce que j’en ai obtenu. J’ai fait le choix avec Space Alien de ne pas prendre un bout de scène par ci par là. Je voulais que les acteurs incorporent de manière organique les remarques que je leur faisais pour chaque scène, pour que ce ne soit pas un montage à la Frankenstein. Je voulais qu’ils ressentent le rythme. Cela a fait une grande différence. Même si vous tournez pendant un mois comme Woody Allen, ce n’est jamais qu’un mois. Ensuite ce film existe pour des années ! Les gens sur le plateau vont dire « Oh, il est dix-sept heures ». Savez-vous combien de dix-sept heures vont passer le temps que vivra ce film ? En tant que réalisateur vous êtes seul. Tout le monde part. Même s’ils sont stressés, vous êtes celui qui vit avec le film et avec ce qu’il se passe sur le plateau.

Comment évaluez-vous financièrement votre temps ?

Je travaille avec des volontaires. Donc, clairement cela diminue l’endurance des gens. Voilà ce qui arrive toujours : les gens s’embarquent là-dedans parce qu’ils connaissent et aiment mes films. Au fur et à mesure de l’avancement je reste moi : je suis la même personne ayant fait ces films avec ce processus de doutes. Mais au bout d’un moment les gens pètent un plomb, excepté les acteurs. Je fais comme si j’étais à une soirée et qu’ils étaient les seuls personnes qui m’importaient. Et ils sont à fond dedans. Leur énergie m’alimente. Il y a des nuances dans le jeu d’acteur que les gens ne voient pas lorsqu’ils sont concentrés sur autre chose, et l’équipe est concentrée sur autre chose. C’est leur travail.

Est-ce qu’avoir une petite équipe garde cette énergie sous contrôle ?

Puisqu’il s’agit juste de deux-trois personnes qui regardent, la productivité est meilleure et les gens perdent moins de temps. Mais je travaille toujours à être plus efficace. Je suis fascinée par les réalisateurs qui travaillent avec une équipe de trois personnes. Ce serait mon idéal.

Répétez-vous ?

Nous répétons beaucoup. Surtout pour les scènes de danse.

Avez-vous peur de perdre la fraîcheur du scénario ou du potentiel comique lors des répétitions ?

Non. Plus on le répète plus cela sera profond.

Est-ce que cela vous vient de votre expérience théâtrale ?

Oui. Il faut être prudent au théâtre. Peut-être que les gens font une bonne première lecture du scénario et puis au fur et à mesure cela tombe en morceaux, mais si vous allez plus loin cela devient plus profond. Les gens ont des problèmes s’ils répètent trop peu, parce qu’alors ils oublient leur première impulsion lors des représentations. Donc la plupart des gens ne s’entraîne pas du tout, ce qui est bizarre quand vous y pensez.

Avez-vous réalisé toutes les pièces que vous avez écrites ?

J’ai toujours réalisé. C’était un problème pour moi. Au fur et à mesure que je grimpais les échelons, on attendait de moi que je me mette de côté et laisse quelqu’un d’autre réaliser, et souvent cette personne ne saisissait pas tout le potentiel comique ou la chaleur de la pièce ou autre. Puisque mon sujet avait de l’importance, on me plaçait là. C’était frustrant. Au théâtre on n’attend pas de vous que vous soyez un scénariste/réalisateur. Au cinéma c’est la norme. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai commencé à travailler sur les films.

Et alors, les films ? Visiblement cela rend votre manière de travailler possible.

Oui, ça la rend possible.

Vous aimez les films new-yorkais des années soixante-dix et quatre-vingts tournés sur pellicule et pourtant vous dites adorer l’esthétique de la vidéo.

La pellicule est belle. La vie est plate. La vidéo est plus proche de la vie, parce qu’elle est plus plate. Si vous regardez autour de ce café on ne dirait pas que cela a été filmé sur pellicule. La lumière est un peu dure, j’ai quelques lumières sur moi, c’est plat et c’est un point de vue de piéton. Je crois qu’Aristote a dit que le drame embellit les Hommes et que la comédie les empire. La vidéo est bien pour la comédie.

C’est une interprétation extrêmement philosophique de la pellicule contre la vidéo puisque beaucoup diraient que la richesse de la pellicule réside dans le fait qu’elle représente mieux la vie et les êtres vivants.

Mais c’est du drame, n’est-ce pas ? « C’est un monde merveilleux. C’est si triste. Quelque chose arrive à cette personne dans ce monde si beau, n’est-ce pas triste ?! ».

Donc vous détestez les drames et vous détestez les pellicules !

Je crois que Stranger Than Paradise est peut-être le film le plus parfait ayant été réalisé. Lorsque j’ai vu ce film, ce fut la première fois que j’ai compris que le cinéma pouvait inclure ce genre de point de vue. Je me suis dit que je pouvais faire un film parce que s’il peut y avoir cette sensibilité-là, alors il y a de la place pour quelqu’un comme moi.

Interview Originale sur le site Hammertonail.com

A propos de Lou Morin

Traductrice Anglais/Français

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