Interview de la chanteuse Catherine Lara

Catherine Lara

Interview réalisée par Ursula Del Aguila le 23 mars 2009 pour le site Têtu.com

Catherine Lara revient avec un spectacle étonnant, «Au-delà des murs». Avant de poser ses bagages au Palais des Sports le 23 juin prochain, Lara revient pour Têtue.com sur la genèse de son spectacle, son rapport à la communauté lesbienne et sur la politique actuelle.

 «Au-delà des murs» devrait séduire votre public lesbien grâce à son message de tolérance. Néanmoins, certaines lesbiennes vous reprochent toujours votre manque d’engagement auprès de la communauté…

Je n’ai jamais eu de lien avec la communauté lesbienne militante, et je n’en aurai jamais. Vous savez pour moi les ghettos, en dehors des ghettos à la crème bien sûr (rires), ce n’est pas pour moi. J’aime tellement la liberté que militer pour moi c’est se mettre dans un ghetto. Arriver avec un drapeau, c’est dire que je fais partie de quelque chose d’autre et moi je ne veux pas. Je ne veux pas être en dehors de la société, je ne me sens pas anormale. Je défendrais la cause des homosexuels au bout de la vie s’il le fallait, mais pas avec un drapeau en proclamant «Regardez, j’en suis» ! Je ne peux pas c’est au-dessus de mes forces. En revanche, quand je vais aux Enfoirés, au Sidaction, à Sol en Si, j’ai l’impression de bien plus que militer. Je vais au-delà car au lieu de brandir un drapeau je préfère les actes.

Vous ne brandissez pas de drapeau, mais vous avez tout de même été la première artiste à déclarer publiquement son homosexualité.

Je suis une femme de passion, dans mon métier comme dans ma vie privée. J’ai été une pionnière dans l’honnêteté. Je n’ai pas fait croire autre chose que ce que je vivais. Quand j’ai fait «Mon Zénith à moi» en 1986 avec Michel Denisot et qu’à sa question «Qu’est-ce que vous regardez en premier chez un homme», j’ai répondu «Sa femme !», tout a été désamorcé d’un coup et avec humour je crois. Il y a 20 ans, ce n’était pas facile, mais je ne regrette rien, au moins les gens qui m’aiment, m’aiment comme je suis. Peut-être que des gens ont évolué en voyant mon acceptation…

Votre carrière aurait même pu s’arrêter net.

J’ai été honnête et courageuse car à l’époque où j’ai fait mon coming out, personne ne le faisait mais il est certain qu’à un moment donné ça ne m’a pas servi. Indéniablement, ce fut un frein à ma popularité. Avec « Nuit Magique » et la « Rockeuse de diamants », il y avait une certaine envolée autour de moi, mais le fait d’annoncer mon homosexualité m’a marginalisée. Peu importe, j’ai toujours défendu le droit à ne pas être enfermée dans un tiroir. Je vis avec une femme, je n’aime pas LES femmes, j’aime UNE femme depuis 15 ans et ceci pour le reste de ma vie, enfin j’espère ! (rires)

J’aime les hommes également, ma vie est entourée d’hommes, j’aime les hommes bien plus que bien des femmes d’ailleurs… J’ai aimé des hommes, j’ai aimé des femmes, je ne suis pas coincée dans une catégorie. Je suis la fille qui a dit les choses, c’est tout. Mais il faut être honnête, il est plus facile de dire qu’on vit avec une femme quand on a fait une carrière, quand on est socialement reconnue, que pour une ouvrière de chez Renault… Les gens sont à la limite contents, je représente l’artiste un peu marginale, qui vit d’une autre façon. On vous trouve toujours des références comme Cocteau ou Proust qui, par leur statut d’artistes, ont «droit à l’erreur»… (rires)

Mais il y a tout de même un certain progrès dans les mentalités…

Il y a du progrès certes. Quand je vois Amélie Mauresmo poser avec son amie dans Paris Match sur plusieurs pages, je me dis que l’homosexualité devient un peu plus naturelle dans la tête des gens. On commence enfin à penser un peu moins que nous sommes des grands malades à psychanalyser, que ça peut être de l’amour et que ce n’est pas une maladie ! Mais il ne faut pas trop rêver non plus, l’homosexualité n’est une chose acquise. On nous colle toujours dans des tiroirs, et au lieu de descendre vers des histoires de cul on devrait plutôt s’élever vers des histoires de cœur. Il ne s’agit que d’amour, je ne vois pas comment faire autrement que d’aller vers quelqu’un quand on est attiré.

Quand j’étais petite fille, j’étais aussi bien attirée par des hommes que par des femmes. Que faire? Je me pelotonnais dans le giron des femmes, c’était doux, sensuel, agréable, je ne me disais pas que c’était interdit. Quand on est enfant il n’y a pas de racisme, de sexisme, pourquoi on ne retournerait pas vers ces valeurs ? D’ailleurs, j’ai horreur des adultes, je n’aime que les enfants ou les adultes qui ont su rester des enfants. Un enfant, c’est nature et même s’ils savent être très durs parfois, ils ne connaissent pas l’hypocrisie…

Et vous-même, vous n’avez jamais songé avoir un enfant?

J’ai failli! J’ai été enceinte, le papa était un très beau monsieur d’ailleurs ! Mais, je n’étais pas disponible à ce moment-là et donc je ne l’ai pas gardé, c’est la vie…

Toujours au sujet de l’enfance, que pensez-vous des propos de Christine Boutin au sujet de l’homoparentalité et du projet de loi de Nadine Morano sur le statut du beau parent ?

Christine Boutin me fatigue. Il faut qu’elle vive avec son temps. Son discours, c’est de la connerie, je ne peux pas ! Il y a 30 000 enfants qui vivent avec un couple homoparental. Ils ont droit à la reconnaissance, à un statut. Si l’un des parents vient à mourir qu’est-ce qui se passe pour l’autre, et pour l’enfant ? On le met à la Dass ? Heureusement, que Nadine Morano est là au sein du gouvernement…

Vous dites ça et pourtant vous êtes une femme de gauche…

J’ai été une femme de gauche, politiquement, philosophiquement, mais aujourd’hui je me dis qu’il est préférable d’aider ceux qui sont au gouvernement que de leur tirer dans les pattes. J’en ai marre de ce discours qui veut qu’on démolisse quelqu’un au profit d’un autre. À gauche, il n’y a plus rien à bouffer, plus rien à se mettre sous la dent, c’est le désert de Gobi. On est loin d’un Mitterrand! J’ai la sensation que Sarkozy se bat comme un malade avec ses qualités et ses défauts… Et même si je garde mon cœur à gauche, j’ai plutôt envie d’aider ceux qui sont là et j’aimerais que la France ait ce mental de se demander comment faire pour leur donner un coup de main pour arriver à sortir de cette merde. Même s’il a des défauts, Sarkozy a réussi à ouvrir ses portes. Je n’ai pas envie de lutter contre lui. Et Dieu sait si j’ai été rebelle et j’ai toujours dit qu’il fallait mieux être belle et rebelle que moche et remoche ! (rires) Mais aujourd’hui, je voudrais être objective, astucieuse. Démolir mais ne rien proposer, je ne comprends pas. Je suis persuadée que l’on obtient plus de choses grâce à la tolérance qu’avec la violence.

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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