Interview accordée à Michèle Luderer le 26 Juillet 2004 pour le site emagazine.credit-suisse.com
Depuis le bus confortable avec lequel elle fait sa tournée de concerts, la chanteuse de rock Melissa Etheridge nous a appelés pour nous en dire plus sur son nouvel album, Lucky. Elle nous a parlé de l’amour et de l’équilibre qu’elle essaie de trouver entre sa passion, la musique, et les impératifs commerciaux dans une industrie en constante mutation.
Pourquoi avez-vous appelé votre nouvel album, Lucky ?
Je n’ai pas choisi ce titre uniquement par superstition. L’idée, c’est de faire des choix qui vous permettent de provoquer la chance et de voir les bonnes choses qui vous arrivent, notamment sur le plan relationnel.
Etes-vous satisfaite de la sortie de votre album?
J’en suis très heureuse et j’adore l’interpréter. Les chansons sont enjouées; elles reflètent très bien la vie que je mène actuellement.
Je suppose que vous faites allusion à votre mariage, qui remonte à un peu moins d’un an, avec l’actrice Tammy Michaels.
Oui, c’est merveilleux. C’est mieux que tout ce que j’avais pu espérer. Je me sens tout simplement en meilleure forme et plus heureuse, et cela se ressent aussi sur scène.
Avez-vous toujours une décharge d’adrénaline lorsque vous vous produisez en direct?
A chaque fois. Je n’arrive toujours pas à croire, même après toutes ces années, qu’il y a des gens qui achètent des billets et qui font la queue pour me voir sur scène. Je n’en reviens toujours pas.
Après plus de dix ans de métier, vous êtes vous demandée où vous vous situez aujourd’hui, dans un monde dominé par des noms tels que Britney et Christina?
(Rires) Je n’ai pas à me poser la question. Mais elle se pose d’elle-même quand je négocie avec mes maisons de disques et les stations de radio. Certaines entreprises ne misent que sur ce qui rapporte. Les personnes créatives, prêtes à essayer de nouvelles choses, deviennent de plus en plus rares dans ce métier. Cette approche-là est révolue. On recherche des « artistes » de plus en plus jeunes. Je ne corresponds donc pas du tout à la tendance. Ce qui est génial, c’est que j’ai un nombre incroyable de fans et qu’Internet me permet de toucher un vaste public. J’ai aussi de l’expérience; j’ai fait des albums que les gens ont envie d’écouter. Je suis donc très satisfaite d’être arrivée aussi loin.
Etes-vous prête à jouer le jeu de l’industrie de la musique et si oui, jusqu’où ?
Je suis une artiste, mais aussi une femme d’affaires et je ferai tout mon possible pour gérer mes activités au mieux, sans faire de compromis sur le plan artistique. Dans mon nouvel album, je me suis mise d’accord avec ma maison de disques pour enregistrer une chanson que je n’ai pas écrite. Mais je ne l’ai fait que parce que j’avais le sentiment qu’elle cadrait artistiquement avec le reste de l’album et que je pouvais l’interpréter en harmonie avec moi-même. Je n’aurais rien pu accepter de plus. C’était vraiment très dur, mais la pression était si forte que j’ai dû prendre cette décision commerciale. Je n’en suis pas heureuse, mais j’ai obtenu ce que je voulais en retirer.
Vous avez fait votre «coming out» en 1993. Depuis, vous êtes à la fois une icône du rock et du mouvement homosexuel. Aviez-vous imaginé à l’époque que votre déclaration aurait un tel impact ?
Non, pas du tout! Je l’ai fait pour mon équilibre personnel. C’est comme si j’avais dit: «Regardez, je vais enlever ce manteau, mais dessous, je suis toujours la même.» Ma déclaration n’est devenue une «croisade politique» que petit à petit. Je ne me suis jamais dit que j’allais parler de mon homosexualité dans un but précis. Cela s’est fait par hasard, un jour où j’ai accepté de répondre à une question à ce sujet. Et avant même de m’en rendre compte, j’étais devenue le porte-parole de toute une communauté. Je n’ai pas choisi délibérément de servir d’exemple – ce n’est pas possible -; je le suis simplement devenue. Je ne rejette pas cet état de faits, mais je veux qu’on sache la vérité.
Vous venez d’évoquer une «croisade politique». Qu’entendez-vous par là ?
Lorsque j’ai parlé de mon homosexualité, je venais de sortir mon meilleur album, Yes I am, qui a connu un succès retentissant. Et comme ma cote de popularité grimpait, j’ai eu droit à des questions sur l’homosexualité dans chaque interview que j’accordais. J’ai donc fini par en parler ouvertement. En 2002, j’ai demandé à Tammy de m’épouser et le mariage n’a été célébré qu’en 2003. Je ne savais pas à cette époque que les mariages homosexuels allaient devenir l’un des thèmes majeurs du débat politique. Cela s’est fait par hasard. Je ne me suis pas mariée pour des raisons politiques. C’est ce que je veux dire lorsque je parle de croisade.
Pensez-vous que le soutien de célébrités à un candidat à la présidence peut influencer l’opinion des électeurs?
Je n’en sais rien. Je pense que les électeurs s’intéressent plutôt aux véritables enjeux et qu’ils ne voteront pas pour un candidat sous prétexte que Tom Cruise lui apporte son soutien. Mais je sais que nous autres stars avons parfois l’impression d’être inutiles et sommes prêtes à tout pour y remédier. C’est comme ça qu’il nous arrive de prêter notre nom et notre visage.
Prévoyez-vous l’enregistrement d’un nouvel album ou allez-vous vous concentrer sur les tournées ?
Pour l’instant, les tournées sont ma priorité. Je pense qu’un album avec mes plus grands succès sera la prochaine étape. Il sortira sans doute l’année prochaine.
Interview Originale sur le site emagazine
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