Jusqu’à l’Eden : Interview de Cassidy Randall

Jusqu’à l’Eden : Interview de Cassidy Randall

Interview accordée à Isabelle B. Price le 19 Avril 2010 pour le site Univers-L.com

Est-ce que vous voulez bien vous présenter un peu pour les lectrices ? Vous êtes médecin me semble-t-il, en couple et mère de famille, non ?

Oui, je suis médecin psychiatre, j’ai quarante-deux ans et je vis avec ma compagne depuis treize ans. Nous avons deux petits garçons et nous vivons dans le Colorado.

Vous écrivez depuis longtemps ? Pourquoi avez-vous commencé ?

J’écris depuis une quinzaine d’années. Je n’avais pas vraiment de “hobby”, pas de moyen de décompresser. Je n’aimais ni la randonnée, ni le jardinage, ni le bricolage… pourtant mon travail est très stressant et je me suis rendu compte qu’il fallait que je trouve un dérivatif à mon stress pour garder ma concentration dans mon travail. C’est comme ça que j’ai commencé à écrire, pour une question d’équilibre mental, comme une thérapie, un exercice. C’est très vite devenu un plaisir, puis une nécessité.

Qu’est-ce que l’écriture vous apporte ? D’ailleurs quand est-ce que vous trouvez le temps d’écrire ?

Ça m’apporte une grande sérénité, une forme d’évasion aussi. Pour ce qui est du temps… c’est le plus difficile, c’est une question d’organisation et j’ai la chance d’avoir une compagne qui comprend mon besoin de m’isoler parfois pour écrire.

Votre livre a été publié en France, mais n’a pas été publié aux USA. Pourquoi cela ?

Je n’ai jamais pensé que ce que j’écrivais valait d’être édité. J’écris surtout des nouvelles et c’est vraiment très personnel. J’ai du mal à les faire lire, à m’en séparer. Et pour parler franchement, ça ne m’intéressait pas du tout de chercher une maison d’édition. C’est un concours de circonstances, une sorte de heureux hasard si Jusqu’à l’Eden a été publié en français.

Rester anonyme et dans l’ombre en tant qu’auteure, c’est important pour vous ?

Franchement, oui. J’aime autant rester dans l’ombre, l’anonymat me convient très bien.

Kate Ryan fait une crise cardiaque dès les premières pages du livre. Pourquoi avoir choisi de lui faire traverser une telle épreuve ?

Parce que Kate croit sincèrement que sa vie est formidable et qu’elle ne l’aurait probablement jamais remise en question sans cet événement dramatique. Cela va l’obliger à s’arrêter, à réfléchir avec plus de sincérité sur ce qu’elle a accompli, sur ce qu’elle a manqué aussi peut-être.

A travers le travail de Kate Ryan vous avez abordé la question de la représentation et de la fausseté des gens. C’était quelque chose qui vous tenait à cœur ?

Je crois que peu de gens se montrent tels qu’ils sont. D’une certaine façon, nous trichons tous sur qui nous sommes réellement. Nous nous cachons derrière une attitude, des mots, nous renvoyons aux autres l’image de nous que nous voulons qu’ils aient. C’est humain, mais aussi parfois terriblement frustrant. Mais Savannah, elle, se montre telle qu’elle est. Elle ne ment pas, ne triche pas et cet aspect d’elle m’a paru particulièrement fascinant à explorer, justement parce que c’est rare.

Pourquoi avoir voulu traiter de la question du deuil ? C’est peu courant d’aborder ce sujet dans une histoire d’amour.

C’est vrai, c’est un sujet délicat, surtout dans les histoires d’amour. Peut-on avoir aimé et aimer à nouveau après un deuil ? Aime-t-on plus ? Moins ? Différemment ? Trahit-on la personne décédée en s’autorisant à aimer à nouveau ? Perdre la personne que l’on aime, avec qui l’on partage sa vie est une épreuve terrible, mais je pense que la vie continue, parfois malgré nous. Savannah s’est coupée de tous et de tout, mais la vie, l’amour, la rattrapera et, qu’elle le veuille ou non, elle aimera à nouveau. Elle ne compare pas Kate à Elie, cela ne lui viendrait pas à l’esprit. Elle ne remet pas en question l’amour total et absolu qu’elle a éprouvé pour Elie, mais elle ne peut non plus nier l’amour qu’elle éprouve maintenant pour Kate. Et Kate, si elle s’interroge beaucoup sur ses propres sentiments, n’est pas jalouse d’Elie, de ce que Savannah a vécu avec elle. Elle s’inquiète de savoir si elle est à la hauteur des sentiments que Savannah a pour elle et si, elle éprouve une certaine forme de jalousie, c’est parce qu’elle croit sincèrement que jamais elle ne pourra aimer Savannah autant qu’Elie l’a aimée.

La mort fait partie de la vie, au même titre que l’amour. Parler du deuil dans une histoire d’amour, c’est aussi parler de la vie.

La famille apparaît à plusieurs reprises mais il s’agit d’une notion de famille qu’on se construit et pas celle dont on est issue par le sang. C’était volontaire comme approche ?

Oui, parce que la famille, c’est celle que l’on se fabrique autant que celle du sang, il n’y a pas de différence, chaque personne a sa propre histoire et se construit sa propre famille en fonction de son histoire, de sa vie, du hasard aussi. Peu importe que votre famille soit composée de personnes issues de votre sang ou pas, ou même un peu des deux. La famille, quelle qu’elle soit, nous accepte tels que nous sommes, nous aime de façon inconditionnelle. Elle nous nourrit et nous y trouvons chaleur, réconfort et sécurité.  C’est pour ça que dans les histoires que j’écris, certains personnages ont une famille de sang, d’autres se la sont construites au gré de la vie.

Dans un sens, Savannah et Kate habitent toutes les deux en dehors de la réalité, non ? L’une est actrice et fait semblant d’être une certaine personne pour être aimée, l’autre vit dans ses souvenirs et son monde imaginaire.

Vous avez raison, elles vivent dans deux mondes très différents mais, pour des raisons qui sont propres à chacune d’elles, elles sont aussi seules l’une que l’autre. En tant qu’actrice, que star, Kate s’est construit une identité publique et à force de jouer le rôle de Kate Ryan l’actrice, elle est peu à peu devenue cette femme charmante et charmeuse, sûre d’elle, autoritaire aussi, qui aime l’attention que sa popularité lui apporte. Elle vit en dehors de la réalité d’abord parce qu’elle est une star mais aussi parce que, comme vous le dites, elle joue un rôle en permanence.

Savannah est différente des autres, elle a une vision très particulière du monde qui l’entoure. Quand elle a perdu Elie, elle a aussi perdu ce qui la rattachait au monde, son isolement est non seulement physique mais aussi psychologique. Elle est incapable de vivre sans Elie et il faudra cette rencontre avec Kate pour que, finalement, elle s’ouvre à nouveau, si ce n’est au monde, au moins à une autre personne. Ces deux personnalités sont extrêmement différentes mais pourtant, de mon point de vue, également très complémentaires.

On ressent une réelle justesse de ton quand vous parlez de deuil, de crise cardiaque, de souffrance. Vous vous êtes appuyée sur votre expérience personnelle ? Sur votre métier ?

Un peu des deux je suppose. Comme tout le monde, j’ai fait l’expérience de la maladie, du deuil dans ma vie personnelle et familiale, mais mon métier m’a aussi influencée, bien sûr. En tant que psychiatre, j’ai des patients atteints de troubles mentaux parfois sévères et leur souffrance ne peut que marquer celui qui y est confronté. Mais l’histoire de Kate et Savannah reste avant tout l’histoire d’une rencontre improbable et, je l’espère, belle.

Quels sont les passages les plus durs à rédiger quand on écrit un roman ? Et ce roman en particulier ?

La rencontre ! Comme dans la vie, le début d’une histoire est toujours un moment délicat. La rencontre de Kate avec Savannah m’a demandé beaucoup de patience, de réécriture aussi, et m’a causé quelques moments d’angoisse, j’ai eu peur qu’elles ne soient finalement pas faites pour se rencontrer… J’avais tort et j’en suis heureuse.

Il vous a fallu combien de temps pour écrire Jusqu’à l’Eden ?

J’ai été un peu surprise, mais en fait il ne m’a fallu finalement que cinq mois pour l’écrire. Entre mon métier et ma vie familiale, je ne me serais jamais crue capable d’écrire un roman en quelques mois. Mais j’étais fascinée par l’histoire de ces deux femmes, j’avais envie de connaître la suite, aussi curieux que cela puisse paraître de dire ça en tant qu’auteure !  Mais après ces cinq mois, j’ai encore passé deux mois à reprendre certains passages. Puis quand mes éditrices m’ont annoncé qu’elles souhaitaient publier mon roman, nous avons travaillé ensemble encore deux mois. Comme le dit ma compagne, c’était le temps d’une grossesse. Et c’était tout aussi passionnant.

Vous avez pensé quoi de la couverture la première fois que vous l’avez vue ?

Je l’ai tout de suite aimée. Je l’ai trouvée poétique. C’était exactement Savannah, lointaine, difficilement accessible.

Par curiosité, aura-t-on une chance de voir un jour un autre de vos livres édité en France ?

Je crois bien que oui, l’expérience m’a beaucoup plu.

Vous avez dédicacé le livre en notant « parce que pour moi, tu es Savannah ». Je m’interroge, c’est parce que la personne en question est superbe, limite autiste, directe dans ses propos et qu’elle déteste voir des gens ?

Parce qu’elle est ce qu’il y a de plus important dans ma vie, comme Savannah l’est pour Kate, tout simplement.

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

Répondre