Le Bleu est une couleur chaude : Interview de Julie Maroh

Julie Maroh

Interview accordée à Trish Bendix le 22 Octobre 2013 pour le site Afterellen.com

Le proverbe dit « le livre était mieux ». Je n’ai pas encore vu le film tiré de Le Bleu est une Couleur Chaude (il est sorti cette semaine) mais la bande dessinée sur laquelle il est basé est incroyable, donc la barre est placée haute. L’auteure et illustratrice française out Julie Maroh a commencé à travailler sur Le Bleu est une Couleur Chaude lorsqu’elle avait 19 ans (elle en a maintenant 28) et l’a publié en France en 2010. Arsenal Pulp Press vient juste de publier la version anglaise en septembre et le film sort ce vendredi 25 octobre, donc vous avez encore le temps de vous procurer le livre et de le lire avant de vous ruer dans les cinémas.

Julie fait actuellement une tournée en Europe afin de promouvoir son nouveau livre, Skandalon, mais elle a pris le temps de répondre à certaines de nos questions concernant Le Bleu est une Couleur Chaude.

En quoi cette histoire est-elle personnelle ? Si cela est basé sur de vrais moments de vie, y a-t-il des éléments que vous avez dû modifier ?

Le Bleu est une Couleur Chaude n’est pas autobiographique. C’est la question qui revient toujours d’habitude et j’ai récemment eu affaire à un journaliste qui, en gros, a insinué que je lui mentais lorsque je lui ai répondu « non, ce n’est pas autobiographique ». Et cela m’énerve parce que… ok, je suis lesbienne, mais ça ne veut pas dire que chaque fois que j’écris une histoire avec des personnages lesbiens je vais m’inspirer de ma vie. Je trouve cette idée très triste et en réalité… inquiétante.

En tant qu’auteure je procède davantage comme une actrice. Je détermine la personnalité d’un personnage, je le laisse m’habiter et je m’oublie en même temps, ainsi je peux mieux le comprendre et l’exprimer sur le papier.

Mais le fait que ce soit une fiction ne veut pas dire que ça ne peut pas être réaliste. Oui, tous les personnages et événements sont fictifs, cependant… de ce que je sais et ai entendu des personnes homosexuelles, nous traversons tous les mêmes étapes et les mêmes épreuves lorsque nous réalisons que nous sommes homosexuels et qu’il nous faut sortir du placard.

Maintenant que le film sort, vous êtes connue internationalement. Comment pensez-vous que cela impactera vos futurs travaux ?

Le type ou la quantité d’attention que j’obtiens ne comptent pas ; cela ne devrait pas avoir d’effet sur la direction que mon travail prend. En tant qu’auteure, d’habitude je ne pense pas aux lecteurs. Et en réalité, je trouve ça dangereux pour une histoire lorsque vous êtes en train d’écrire ou de dessiner et que vous commencez à vous demander « Qui va lire ça ? Combien seront-ils ? Qu’en penseront-ils ? ».

En plus, le type et la quantité d’attention que j’ai en ce moment sont, comme vous l’avez souligné, dus au fait que le film sort. C’est un phénomène éphémère ; rien qui ne me permette de devenir prétentieuse ou trop confiante quant à mon futur travail.

La couleur bleu est presque un personnage à elle seule. Pouvez-vous nous dire pourquoi cette couleur et ce que cela apporte à l’histoire ?

Tout d’abord, il est important de rappeler qu’il y a plusieurs transitions entre les séquences colorées et celles en noir et blanc, parce que le présent est en couleur et le passé en noir et blanc, avec quelques touches de bleu. Nous suivons les événements du passé à travers le journal de Clémentine, mais notre mémoire ne se souvient jamais de tout. Nous nous rappelons toujours des détails spécifiques… une lumière, une odeur, un geste, un objet. Parmi les souvenirs imparfaits en noir et blanc de Clémentine, les touches de bleu sont ici pour évoquer les détails forts qui l’ont marquée.

Concernant le choix de la couleur bleu en particulier, ce n’est rien de plus qu’un choix graphique. Par élimination je savais que toutes les autres couleurs n’iraient pas. Le bleu était simplement la couleur la plus neutre et la plus efficace.

À quel point les lesbiennes sont-elles présentes dans le monde des bandes dessinées ? Y a-t-il beaucoup d’artistes ou de personnages lesbiens ?

Je suis désolée, je ne peux répondre, je n’ai jamais étudié cette problématique.

Que pouvez-vous nous dire de votre futur travail ? Y aura-t-il toujours un aspect homosexuel à ce que vous faites ?

Je travaille actuellement sur plusieurs projets dans lesquels c’est effectivement le cas, mais je ne sais pas ce que sera ma vie dans six ou douze mois… Il n’y a aucune certitude sur qui je serai, ce que je ferai et ce que le monde sera.

Interview Originale sur le Site Afterellen.com

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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