La vie d’Adèle : Interview de Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos, interprètes respectives d’Emma et Adèle

Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos

Interview accordée à Marlow Stern le 1er septembre 2013 pour le site The Daily Beast.com

La représentation de la scène de sexe lesbienne de 10 minutes a stupéfait la France lors de sa première à Cannes, où le film a gagné la Palme d’Or, mais le drame français La vie d’Adèle est magistral. À Telluride, Marlow Stern a parlé aux deux amoureuses à l’écran, Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos. Ensemble ils ont abordé leurs premières amoures, « cette scène » et la raison pour laquelle elles ne retravailleront jamais avec le directeur Adbellatif Kechiche.

Les revues des festivals de films sont, comme à leurs habitudes, enclines à l’hyperbole et même le critique le plus dur peut être emporté par tout cet émerveillement. Mais ne vous trompez pas : le drame français La vie d’Adèle est du grand cinéma, et du grand jeu.

Dirigé par Abdellatif Kechiche, et basé sur une BD de Julie Maroh,  La vie d’Adèle nous raconte l’histoire d’Adèle (Adèle Exarchopoulos), une adolescente bizarre mais magnifique de quinze ans pour qui les premiers essais sexuels laissent à désirer. Tout change lorsqu’elle croise le chemin d’Emma (Léa Seydoux), une étudiante en arts avec les cheveux bleus. C’est l’amour – ou le désir – au premier regard et sous peu, les deux jeunes filles deviennent inséparables. Mais, comme dans tout premier amour, leurs excentricités et désirs commencent à se révéler et elles luttent pour garder la tête hors de l’eau.

Au festival de Cannes, la Palme d’Or a été gagnée par toute l’équipe de La vie d’Adèle – Kechiche, Exarchopoulos et Seydoux – et ce film de trois heures a reçu des éloges unanimes de la part des critiques et également du public pour son portrait honnête et poignant du premier amour.

Les deux stars du film, qui ont fait l’une des meilleures performances de l’année, se sont installées avec Marlow Stern au festival de films de Telluride pour discuter du tournage infernal, de pourquoi elles sont gênées du fait que le film propose une scène de sexe de dix minutes et de la façon dont elles étaient terrorisées par Kechiche sur le plateau.

Vous rappelez-vous de la première fois où vous pensiez être amoureuse ?

LÉA : Me concernant, j’avais peut-être dix ans. Je me souviens, j’étais amoureuse de mon cousin. À chaque fois qu’il entrait dans une pièce je sentais mon cœur s’accélérer. À cette époque, j’étais folle des Barbies mais j’étais un peu un garçon manqué, donc je cachais ma passion pour les Barbies parce qu’il disait « je déteste les filles qui aiment les Barbies ». Je lui ai dit que ma couleur préférée était le bleu, alors que c’était le rose. Une fois, je me souviens, il est arrivé et m’a vue jouer avec des Barbies. Je suis devenue toute rouge, j’étais tellement gênée.

ADÈLE : Les premières personnes pour qui j’ai commencé à ressentir ce genre de choses étaient également mes cousins. Vous partez en vacances avec eux, passez beaucoup de temps ensemble et ils sont un peu plus âgés que vous. Mais lorsque je suis réellement tombée amoureuse et ai découvert à quel point l’on peut être stupide et tout, j’avais vers les quatorze ans. Mais c’était une mauvaise expérience. Je la regrette.

Vous étiez réellement immergées dans ces rôles, cela vous a beaucoup demandé. Vous deviez avoir énormément confiance en Kechiche avant de signer pour ça.

LÉA : Le truc c’est que, en France, cela ne se passe pas comme aux États-Unis. Le directeur a tous les pouvoirs. Lorsque vous êtes acteur en France et que vous signez un contrat, vous devez donner de vous-même et quelque part, vous êtes piégé.

ADÈLE : Il nous avait prévenues qu’on devait lui faire confiance – une confiance aveugle – et donner beaucoup de nous-mêmes. Il faisait un film qui traitait de la passion, donc il voulait des scènes de sexe, mais sans chorégraphie, plus comme des scènes spéciales. Il nous a dit qu’il ne voulait pas cacher la sexualité des personnages parce que c’est une part importante de chaque relation. Donc il m’a demandé si j’étais prête à le faire et j’ai dit « Oui, bien sûr ! » parce que je suis jeune et plutôt nouvelle dans le monde du cinéma. Mais une fois que l’on était sur le tournage, j’ai réalisé qu’il voulait vraiment qu’on lui donne tout. La plupart des personnes n’osent même pas demander ce que lui a fait, et sont plus respectueuses : vous êtes rassuré pendant les scènes de sexe et elles sont chorégraphiées, ce qui désexualise l’acte.

Ils ont fait des pauses pour filmer de nouveaux angles, etc.

ADÈLE : Exactement. Je ne connaissais pas [Léa] au début et pendant la première scène de sexe, j’avais un peu honte de la toucher là où je pensais vouloir la toucher, parce qu’il ne nous a pas dit quoi faire. Vous êtes libre, mais en même temps vous êtes embarrassée parce que je ne la connaissais pas si bien que ça.

Attendez. Vous ne vous étiez pas rencontrées avant le tournage ?

ADÈLE : Nous nous sommes rencontrées une fois pour un test de tournage avant, puisqu’elle avait déjà été choisie, mais c’est tout.

Et il a été difficile de tourner cette scène de sexe de dix minutes ? Je n’arrive pas à me rappeler la dernière fois que j’ai vu une scène de sexe aussi longue dans un film… gay ou hétéro.

LÉA : Pour nous ce fut vraiment embarrassant.

ADÈLE : À Cannes, toute notre famille était là dans la salle donc pendant cette scène j’ai fermé les yeux. [Kechiche] m’a dit d’imaginer que ce n’était pas moi, mais c’est moi, donc j’ai fermé les yeux et imaginé être sur une île au loin, mais je ne pouvais pas m’empêcher d’écouter, donc je n’ai pas réussi à y échapper. La scène est un peu trop longue.

Les scènes étaient-elles réelles ? Elles ont l’air si vraies.

LÉA : Non, nous avions de faux sexes qui étaient des moules des nôtres. C’était bizarre d’avoir des moules de nos sexes et de les mettre sur nos propres sexes. Nous avons passé dix jours uniquement sur cette scène. Ce n’était pas « Ok, aujourd’hui nous allons tourner la scène de sexe ! ». Ça a duré dix jours.

ADÈLE : Vous savez qu’un jour vous allez être nue toute la journée et interpréter différentes positions sexuelles, et c’est dur parce que je ne suis pas si familière que ça avec le sexe lesbien.

Moi non plus.

LÉA : Le premier jour où nous avons tourné ensemble, je crois que j’ai dû te masturber ?

ADÈLE : [Rires] Après le croisement, c’est la première scène que l’on a réellement tournée ensemble, donc c’était « Salut ! ». Mais après ça, nous avons tourné beaucoup de scènes de sexe différentes. Et il voulait que la sexualité évolue au cours du film également, donc elle apprend au début et puis elle devient de plus en plus à l’aise. C’est vraiment un film qui traite de la passion sexuelle, de la peau, de la chair, parce que Kechiche filme vraiment en détails. Vous avez l’impression qu’elles veulent se manger l’une l’autre, se dévorer.

Donc, êtes-vous de bonnes amies maintenant ? Vous vous connaissez plus intimement que je ne connais la plupart de mes amis.

ADÈLE : Oui ! [rires] Heureusement nous sommes amies.

Et de manière générale, le tournage a été très long.

LÉA : Cinq mois et demi. Ce qui était terrible sur ce film c’est que nous n’en voyions pas la fin. C’était censé durer uniquement deux mois, puis trois, puis quatre, et puis c’est passé à cinq et demi. À la fin nous étions tellement fatiguées.

ADÈLE : Me concernant, j’étais tellement fatiguée que je pense que les émotions sortaient plus librement. Et il n’y avait pas de maquilleuse, styliste ou costumier. Après un temps, vous voyez que leur visage commence à être plus marqué. Nous avons tourné le film chronologiquement donc le fait que je grandisse en même temps que les expériences de mon personnage m’a aidé.

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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