Biographie
Meg Christian est une chanteuse de folk américaine née en 1946 à Lynchburg en Virginie. Elle y grandit puis part pour l’Université de Caroline du Nord pour effectuer ses études, dont elle est diplômée à la fois en musique et en anglais. Sitôt ses diplômes en poche, elle décide de sauter le pas et de tenter sa chance dans la capitale.
Dès 1969, elle débarque à Washington, où elle se produit rapidement dans diverses boîtes de nuit. Au fil des mois, ses textes évoluent pour devenir de plus engagés pour la cause féministe et lesbienne. L’événement déclencheur de sa prise de conscience est une émission qu’elle voit à la télévision. De 1969 à 1972, David Frost, un journaliste britannique, tient une émission télévisée américaine qui décrypte l’actualité d’alors, c’est The David Frost Show. En 1970, l’homme, bien connu pour ne pas être tendre avec ses invités, reçoit deux féministes, Robin Morgan et Ti Grace Atkinson, et les humilie et malmène à un tel point que ces dernières quittent le plateau avant que l’enregistrement du show ne soit terminé. Meg est tellement touchée qu’elle fait « son premier acte politique », elle écrit son mécontentement à David Frost.
La nouvelle Meg Christian est en marche, elle souhaite parler de la femme et de sa condition, « avec amour, d’une manière honnête et positive ». Si elle trouve très vite une parolière pour mettre des mots sur ses mélodies, en la personne de Cris Williamson, vivre de son art est une autre affaire. En effet, les dirigeants des boîtes de nuits refusent pour la plupart qu’elle se produise dans leur établissement, ayant peur que ce dernier ne devienne un repaire de lesbiennes. Par ailleurs, la majorité des clients étant des hommes, il était plus que risqué pour eux de l’engager.
C’est à cette période que Meg Christian se radicalise. Elle ne se produit plus presque que dans des lieux réservés aux femmes (cafés fermés par exemple). Elle rejoint aussi le mouvement féministe d’alors. Elle n’a pas de rôle majeur au niveau de la prise de décision ou de la réflexion sur les actions à mener, mais elle se produit lors des concerts organisés et veut devenir l’une des images du mouvement. Cependant, au début des années 1970, le clash éclate rapidement et une scission survient. Les féministes craignent, à cause de la radicalité de certaines membres, d’être cataloguées comme lesbiennes et décident d’éloigner ces dernières.
Mais si elle n’appartient plus au mouvement féministe, Meg souhaite toujours militer pour les femmes et leur donner les moyens d’une meilleure visibilité. En 1973, avec plusieurs amies (dont Holly Near et Cris Williamson), elle fonde un nouveau label, Olivia Records. L’idée est de donner à la femme une place qu’elle n’a encore jamais eue en musique. Elles souhaitent produire des artistes exclusivement féminines, qui écrivent des textes et chansons pour les femmes, et qui parlent de femmes. Au fil des années, elles vont produire plusieurs albums qui vont devenir des classiques de la culture LGBT (et en particulier lesbienne). C’est d’ailleurs un album de Meg Christian elle-même, I Know You Know, qui inaugure la maison de disque en 1974. Olivia Records a un tel impact qu’en 1983, après seulement dix ans d’existence, le New York Times la considère comme « l’une des success story les plus solides de la dernière décennie dans l’industrie du disque ».
C’est incontestablement une période qui sourit à Meg Christian. Elle est adulée par bon nombre de fans qui admirent le courage de ses textes et de son engagement, mais aussi respectée par bon nombre de ses collaborateurs qui voient en elle la clef de voûte et le moteur de la petite maison de disque. En bref, on loue à la fois ses qualités d’artiste et de chef d’entreprise. Mais Meg ne se contente pas de cela, puisqu’elle écume de nombreux festivals et donne de nombreux concerts à travers tout le pays. Elle continue également d’être impliquée dans les causes politiques pour les femmes et la communauté LGBT. Dans une interview qu’elle donnera plus tard, elle expliquera que pour elle, à cette période, « il y avait tant à faire » dans ce domaine, qu’elle n’était pas parvenue à « être assez bonne ».
Si elle est critique envers elle-même, Meg Christian n’en est pas moins plutôt prolifique, puisqu’en l’espace de dix ans, elle sort quatre albums et un live. On y trouve des textes engagés et sans concession ; des textes dans lesquels elle n’a pas peur de chanter son amour des femmes et sa volonté de les voir acquérir une meilleure place dans la société.
1984 est un tournant, puisqu’elle décide cette année-là de tourner la page de la musique. Elle décide, en accord avec les autres membres de la compagnie (dont elle est encore aujourd’hui très proche) de se retirer. Elle veut à présent se consacrer au Siddha Yoga qu’elle a découvert quelques années auparavant. Elle va même jusqu’à changer de prénom pour celui de Shambhavi et quitter la Californie, où elle vivait depuis le milieu des années 1970, pour la ville de New York. Ses deux derniers albums de chansons originales (entrecoupés d’un best of de ses meilleures chansons) sont d’ailleurs plutôt « spirituels ».
Aujourd’hui, Meg Christian est considérée comme l’une des pionnières du mouvement Women’s Music, qui voulait faire de la musique par les femmes, pour les femmes, sur les femmes. Grâce à son action militantiste et à son œuvre musicale, elle fait partie intégrante de la culture lesbienne, à qui elle a fourni plusieurs classiques de la chanson (notamment Ode to a gym teacher, qui figure régulièrement dans les classements des chansons lesbiennes). La chanteuse Deborah Weiner dira d’ailleurs d’elle dans les années 1970 qu’elle a « un talent impressionnant en tant que guitariste, chanteuse et parolière » ; en bref selon elle, « nous [la communauté lesbienne]… avons besoin de l’intelligence, de la sensibilité et de l’humour » de son travail.
En 2002, elle est remontée sur scène dans le cadre d’une manifestation LGBT organisée par Olivia (qui a troqué le nom d’Olivia Records pour Olivia, et dont les activités se sont diversifiées – notamment dans l’organisation de voyages pour lesbiennes, etc.).
Histoire d'un Coming-Out
On ne sait pas trop quand exactement Meg Christian a fait son coming out. Ce qui est certain, c’est que dès le début des années 70, après la révélation suite au visionnage du David Frost Show, elle ne cache pas son orientation sexuelle. Elle en fait d’ailleurs l’un des piliers et des éléments forts de ses chansons, quitte à avoir plus de difficultés pour parvenir à boucler les fins de mois.
Elle fonde par la suite une maison de disque (qui produit essentiellement des œuvres lesbiennes), mais tient aussi une place importante dans l’activisme LGBT et féministe et se produit régulièrement dans des festivals LGBT. Fière d’être lesbienne, elle le chante et souhaite améliorer le sort de toutes celles qui ont les mêmes préférences sexuelles qu’elle.
Discographie
Songs of Ecstasy (1995)
The Best of Meg Christian (1990)
The Fire of My Love (1986)
From the Heart (1984)
Meg & Cris at Carnegie Hall (avec Cris Williamson) (1983)
Turning it Over (1981)
Face the Music (1977) (parfois aussi connu avec le sous-titre de Lesbian Concentrate)
I Know You Know (1974)
Univers-L Toute la Culture Lesbienne
