Interview accordée le 17 Août 2009 à Isabelle B. Price pour le site Univers-L.com
Beaucoup d’entre nous ont découvert votre travail avec votre livre Princesse aime Princesse. Est-ce que vous pouvez nous parler un peu de votre parcours professionnel, de vos précédentes œuvres ?
J’ai toujours voulu faire de la bande-dessinée, c’est tout naturellement que j’ai choisi cette voie. J’ai étudié l’illustration aux arts décoratifs de Strasbourg. Avec des copains, on avait créé « Hercule et la Toison d’Or », un fanzine gay et lesbien. Mais après mon diplôme, j’ai commencé par la bande-dessinée jeunesse, avec « Nini Patalo », c’est peu à peu que je me suis orientée vers une bd plus “tout public”.
Comment vous est venue l’idée de Princesse aime Princesse ?
J’aime beaucoup les contes de fée, finalement le résumé de mon livre c’est “une princesse enfermée dans la plus haute tour du château par un dragon/une sorcière, va se faire délivrer par” jusque là finalement c’est une articulation assez classique … Et là j’ai changé un peu la configuration habituelle en remplaçant le héros par une héroïne…
Pourquoi avoir voulu écrire ce livre ?
Ah quelle question! C’est ma première longue histoire, j’en avais un peu marre de faire du gag, du gag, toujours du gag, je voulais changer de registre en abordant des thèmes qui m’interpellaient.
Pourquoi une histoire d’amour entre deux adolescentes ? Végétaline aurait aussi bien pu succomber au charme d’un Prince.
Oui, elle aurait pu. Mais il y a de tout dans le monde, non ?
Princesse aime Princesse emprunte beaucoup aux contes de notre enfance tout en mêlant également une culture plus récente comme les Biomans. Pourquoi ce mélange des genres ?
J’ai toujours aimé jouer avec les décalages.
Il y a un conte rêvé et enchanteur qui s’oppose à un aspect très réaliste et sombre dans le livre. Comment avez-vous fait pour ne pas privilégier un aspect plutôt que l’autre ?
J’ai toujours aimé traiter les sujets durs avec un ton léger… Je pense que si le sujet est un peu noir, ça ne sert à rien de sombrer dans le pathos.
En offrant une telle histoire à Colette et Végétaline, sans coming-out ni réaction négative quant à leur homosexualité, vous avez en quelque sorte banalisé cette question. C’était l’effet souhaité ?
Tout à fait, j’ai voulu que les obstacles (qui sont nombreux) ne viennent jamais de l’orientation sexuelle des héroïnes. Je crois beaucoup en la normalisation de l’homosexualité. Je fais partie de la génération qui, grâce aux combats de nos aînés pour le droit à la différence, peut aujourd’hui se battre pour le droit à l’indifférence.
D’où viennent les deux prénoms des héroïnes : Colette et Végétaline ?
J’ai fait le poirier et les idées sont tombées toutes seules! 🙂
Au-delà de l’histoire d’amour, vous abordez la relation avec les parents et notamment la relation à la mère. C’est extrêmement fort ce que vous mettez dans la relation entre Végétaline et sa mère. Les dessins montrent toute l’horreur de cet amour étouffant. C’est une question qui vous tenait à cœur ?
Et bien ma propre mère n’est pas un monstre du tout, mais cette relation si spéciale qui unit les mères à leur fille m’intéresse, parce qu’elle peut être parfois destructrice. C’était un thème intéressant pour moi.
Dernière question, pourquoi tout ce rose ? Parce que ce sont des filles ?
Non, j’aime bien le côté kitsh du rose.
Univers-L Toute la Culture Lesbienne
