Puccini et Moi : Interview de la réalisatrice Maria Maggenti

Puccini et Moi : Interview de la réalisatrice Maria Maggenti

Interview accordée à Emilie Bablée pour le site Cinemovies le 5 Septembre 2006

La réalisatrice Marie Maggenti livre ses états d’âmes autour de son deuxième film, Puccini et Moi. Du tournage à son point de vue sur l’industrie du cinéma, la jeune femme n’a pas la langue dans sa poche. C’est rare, et c’est à lire en exclusivité sur CineMovies…

Il vous a fallu Sept ans pour réaliser Puccini et Moi. Pourquoi autant de temps ?
Il m’a fallu sept ans car c’est le temps qu’il m’a fallu pour trouver l’actrice qui incarnerait Allegra : le personnage central du film. De plus, j’ai dû travailler en même temps, car j’avais besoin d’argent. J’avais ma vie à vivre. Ce film n’a vraiment pas été facile à réaliser.

Quel est votre propos dans ce film ? Vouliez-vous mettre en lumière votre vision de ce que peuvent être les relations entre les gens, ou souhaitiez-vous juste décrire quelques semaines de la vie d’une New-Yorkaise ?
Quel était mon propos… hum… Et bien, je souhaitais vraiment créer un personnage féminin qui corresponde à ce qui aurait été, traditionnellement, un rôle masculin. Ce personnage mène le film, tout est sur elle, autour d’elle, en opposition à la plupart des films qui sont centrés sur un type, de tous ses problèmes et où les femmes ne sont que des satellites. Je voulais vraiment inverser cette tendance. Mon propos était de parler d’une femme qui contrôle ses désirs, sa vie sentimentale, sa vie sexuelle, sa vie d’écrivain.

Concernant la sexualité, ce n’est pas vraiment le sujet de votre film ?
Non. A ce propos, je voulais juste dire que tout est normal, que tout le monde peut aller dans n’importe quelle direction, que c’est bien. Ce qui était plus important dans cette histoire, c’est la notion de sexe : masculin/féminin. J’étais plus intéressée par ça. Qu’est-ce qu’un homme ? Qu’est-ce qu’une femme ? Qu’est-ce qu’une relation hétérosexuelle ? Qu’est-ce qu’une relation lesbienne ? C’était plus intéressant pour moi.

En relation avec cela, vous faites référence, dans votre film, à la série The L-Word ?
Oui, Oui. C’est vrai. C’est une série importante aux Etats-Unis.

Quel est votre sentiment par rapport à toutes ces séries qui parlent des femmes et de leurs nouveaux modes de vie ?
Il n’y en a pas tant que ça, vraiment pas. Je veux dire… Les hommes et les femmes homosexuels font juste partie d’une certaine expérience américaine, française ou italienne. Mais il n’y a pas de réel dialogue, et nous ne sommes toujours pas vraiment libres.

Vous ne vous reconnaissez pas dans des séries telles que Sex and The City ?
Si, mais vous savez, aux Etats-Unis, on est dans une situation plus que précaire. Culturellement parlant, il y a les éclairés et les ignorants. Entre ces deux mondes, il existe un fossé gigantesque. Politiquement, les choses sont très…, comment dire… les choses sont très difficiles, je pense…

Hier, vous disiez que, de nos jours, à New York, la population est davantage préoccupée par l’argent que par l’esprit et les gens. Vous n’abordez pas vraiment ce sujet dans votre film ?
Non, en effet. Mais je voulais montrer ce que je voudrais voir. J’ai montré la ville telle que, dans mon cœur, je souhaitais qu’elle soit. La réalité est toute autre…

Votre film est presque une utopie alors ?
Exactement, oui !

Tourner un film en 18 jours ?
Très difficile!! Nous filmions en numérique, ce qui est plus facile pour la lumière. J’avais deux caméras pour les scènes en appartement, et au restaurant, où les gens discutent, c’était vraiment plus simple, plus rapide. Les acteurs ont bien réagi, avec rapidité. L’équipe était sensationnelle. On a culminé avec une journée de 14 heures. Sinon, c’étaient des journées de 12 heures. C‘était fantastique en fait. J’adore filmer ; je déteste monter; je déteste caster ; mais une fois que je tourne, je suis tellement heureuse… C’est le rêve.

Le casting fut vraiment une galère pour vous ?
Oh oui, laborieux même. Je n’arrive jamais à me décider. Je ne suis pas sûre. Est-ce que cette personne convient ou non ? Je n’arrive pas à me décider. Le montage, c’est horrible. Mais quand je filme, je reprends confiance. C’est génial !

Compte tenu de cette expérience inhabituelle, les sept ans qu’il vous a fallu, quelle est votre vision de l’industrie du cinéma ?
Ma vision ? Je dirais qu’elle n’est pas très positive. C’est un univers rude, d’autant plus si vous êtes une femme. Tout le monde dit que, grâce à Internet, il y a beaucoup plus de moyens de distribution. Mais moi, je crois toujours aux salles de cinéma. Je pense que l’on doit continuer à aller au cinéma. Tout le monde devrait se rassembler dans les salles pour vivre une expérience collective. Je ne sais pas ce que sera le futur, mais je ne suis pas très optimiste.

Vous n’avez pas de projets en ce moment ?
Je m’installe à Los Angeles. Je veux avoir un vrai emploi de réalisatrice.

Vous allez uniquement vous tournez vers le cinéma indépendant ?
Non. Je veux travailler avec un studio ; je veux être payée ; je veux un salaire, avoir de quoi vivre !

Vous parliez de continuer à aller en salles pour voir des films. Etes-vous allée voir des films durant le festival ?
Oui. J’ai vu L’Illusionniste que j’ai beaucoup aimé. Aujourd’hui, je vais aller voir Gipsy Caravane et puis God Grew Tired of Us, un documentaire. Je veux voir Little Children… J’ai une longue liste…

Vous dites que vous quittez New York. Alors vous n’allez pas faire, comme Woody Allen, tourner toujours dans la même ville que vous semblez adorer?
Vous savez, j’aurais adoré ne faire que des films à New York. Mais, en fait, je ne peux pas me le permettre. Ce monde là n’existe plus… C’est triste… Même Woody Allen a quitté New York !

Il est plus facile de faire des films à Los Angeles ?
Ce n’est pas plus facile mais c’est plus facile d’y vivre. C’est moins cher et l’industrie du cinéma y règne… Je pense que je peux faire ma vie là bas.

A-t-il été difficile de trouver un distributeur pour votre film ?
Aux Etats-Unis, non ! Il a été diffusé à Sundance. Le film sortira en janvier aux USA. En France, il sortira en novembre.

Alors vous avez des raisons de rester optimiste ?
Oui, en effet. Mais je ne peux pas m’en empêcher : je demeure un peu négative.

Les gens, lors de la projection, semblaient heureux face à votre film…
Oui, c’est vrai, c’était très agréable…

Interview Originale sur Yahoo.com

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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