Queer As Folk (US) : interview de Hal Sparks, l’interprète de Michael Novotny

Interview liée à la série Queer As Folk (US)

Hal Sparks

Interview accordée à Bill Abib à Hollywood en Janvier 2004 pour le Magazine de la Culture Série Episode Numéro 15

Connaissez-vous la version originale de Queer As Folk ?

Non, je n’ai jamais vu la version originale britannique et c’est volontaire ! Une fois que j’ai reçu le premier scénario de la version américaine, je ne voulais pas m’inspirer de ce qui avait été fait dans la série originale pour ne pas recopier l’attitude des personnages. J’ai donc refusé depuis le début de regarder la série. Je la regarderai quand on aura fini Queer As Folk, aussi longtemps qu’elle puisse durer. Mais ceci dit, j’en avais entendu parler avec tout le phénomène qu’il y a autour et le fait que la plupart des téléspectateurs sont des femmes.

Comment avez-vous obtenu le rôle ?

Je venais de finir Talk Soup qui est une émission où les meilleurs moments des talks shows de la journée sont compilés et repris sous une forme humoristique. Donc, j’étais l’hôte de l’émission puisque je suis avant tout un comédien de « stand up ». Ensuite, pendant le tournage du film Eh mec, elle est où ma caisse ?, j’ai reçu le scénario de Queer As Folk. Mon manager l’aimait beaucoup mais mon agent était assez dubitatif, donc je l’ai lu et trouvé fantastique. J’ai ensuite rencontré les producteurs de la série au moment où ils auditionnaient plusieurs acteurs. En fait, ils m’avaient bien aimé dans Talk Soup et voulaient voir quelqu’un de drôle pour le rôle. Je suis arrivé et ils se sont rendus compte que je pouvais aussi jouer sérieusement, donc j’ai eu le rôle.

Comment décrivez-vous votre personnage ?

Michael est le meilleur ami typique. C’est l’ami de Brian et l’homme qui supporte tout le monde. Je pense qu’il est le cour de la série. Il représente l’amour car c’est pour lui la chose la plus importante. Contrairement à ce que peuvent penser les gens, son but dans la vie, c’est d’avoir une relation amoureuse la plus durable qui soit. L’ironie dans tout ça, c’est que sa meilleure relation qui est, en plus, non sexuelle, il l’a avec Brian. Il est très naïf mais il est en train de grandir comme dans une vraie histoire. An début, Michael se découvre lui-même, il est toujours dans le placard au travail et il doit s’assumer. Maintenant, il a dépassé tout ça mais il a encore beaucoup de choses à parcourir.

Parlons de la réalisation de la série avec l’implication de Russell Mulcahy.

Russell définit la vision de la série car Queer As Folk ne pourrait pas être faite comme une autre série. Il serait trop facile de détourner le regard pendant certaines scènes inconfortables, donc Russell vous prend par la chemise et vous met en face de l’écran. Je pense qu’aucun autre réalisateur ne pourrait faire ça. C’est aussi grâce à lui que la série est devenue un tel succès.

La série est réalisée par Russell Mulcahy, qui avait fait Highlander, et interprétée par vous, un adepte des arts martiaux. C’est ce contraste par rapport à son contenu aussi provocant qui rend la série aussi originale ?

C’est surtout le fait que les situations aillent parfois aussi loin qui rend la série si particulière. Si l’on faisait Will and Grace en y incorporant quelques scènes de sexe, ça resterait assez léger et les gens pourraient toujours détourner le regard ou se plaindre auprès de leur chaîne. Dans Queer As Folk, on va tellement loin dans la réalité des situations que personne n’a jamais vraiment vu ça à la télévision auparavant. Les gens qui pourraient trouver la série détestable ont en fait peur de nous ! Je pense toujours à cette histoire de deux hommes dans un bar : l’un possède un couteau et l’autre une arme à feu. On pourrait à la limite se battre contre l’homme au couteau mais pas avec celui qui a un pistolet. Dans la série, c’est comme ça : on ne se retient pas.

On est très intéressé en France de voir comment la série est perçue dans les deux pays.

Moi aussi, j’aimerais savoir ce que les Français pensent de la série. Car d’après mon expérience et le temps que j’ai passé en France, j’imagine qu’en voyant la série, ils se diront « Mais où est le problème ? » . Il y a eu le même genre de situation avec le Cosby Show quand la sitcom a été diffusée au Canada. Ils n’ont pas eu les mêmes problèmes de tensions raciales qu’aux Etats-Unis, donc pour eux, il n’y avait rien d’anormal à voir une famille noire évoluer dans cette classe sociale. C’est la même situation avec Queer As Folk et le fait de montrer des gays aussi ouverts d’esprit. Je ne pense pas que la population gay en France soit particulièrement choquée par ce qui se passe mais je ne sais pas. En fait, je ne connais pas vraiment la télévision française. Ce que j’espère, c’est qu’à travers le monde, la série parviendra à briser les barrières.

Comment la série est-elle perçue aux Etats-Unis ? Car en France, comme vous dites, la série ne choque pas plus que ça.

Les réactions sont partagées. Certaines personnes ne veulent même pas la regarder mais la majorité des gens, d’après ce que j’ai entendu, oublient, après cinq minutes, que les personnages sont gays. Ca veut donc bien dire que cette barrière est immédiatement brisée. Le fait que les couples hétéros puissent regarder ces scènes fortes de sexe, sans être choqués et veulent en savoir plus sur les personnages, montre bien qu’il s’agit d’une évolution de la conscience américaine.

Il y a également beaucoup de femmes qui regardent la série et je pense que c’est pareil en France. On a rarement l’occasion de voir ce que les femmes traversent. On les voit généralement comme celles qui essaient de trouver l’homme idéal. Mais la complexité des personnages de la série et les situations qu’ils traversent permettent aussi aux femmes de s’identifier. A un moment donné, mon personnage doit décider s’il doit déménager avec son ami dans une autre ville parce qu’il a des opportunités financières importantes : c’est le genre de situation qui arrive d’habitude aux femmes. Pourtant, elles n’ont pas l’occasion de voir cela dans une série.

Comment qualifiez-vous Queer As Folk ? Un soap du soir ou une série simplement dramatique ?

Je ne pense pas que ce soit un feuilleton avec une seule histoire qui n’en finit pas. Par défaut et puisque les personnages sont véritablement le fil conducteur, la série est comme un soap. Le fait qu’on a envie de savoir ce qui va arriver aux personnages fait de toute série un soap opéra, c’est d’ailleurs la véritable définition. Mais c’est aussi une dramédie car si l’ensemble est assez dramatique, il est toujours recouvert d’un peu d’humour. On parle de problèmes sérieux sans nous prendre vraiment au sérieux.

C’est le même processus que les Soprano.

Oui à part que dans les Soprano, ils explosent les gens ! Nous on s’arrête avant ! Mais il y a aussi une nécessité de montrer quelque chose de réel sans pour autant effrayer le public. Il suffit juste de leur dire de regarder afin qu’ils sachent ce qui se passe. Sans pour autant qu’ils soient traumatisés par ce qu’ils voient. Regarder devrait suffire.

image QAF Interview Hal Sparks

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A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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