Un personnage bisexuel en prime time sur France 2

Article lié à la série Rani

RaniRaniRani

Jolanne est bisexuelle, elle aime les hommes et les femmes, elle le sait et cela lui convient très bien. En ce sens, la représentation est plutôt positive puisqu’elle assume son attirance pour les femmes sans que cela ne soit dramatique, ne soit refoulé, ou ne pose problème à aucun instant. Avoir une belle femme bisexuelle qui s’assume en tant que telle, en aimant les personnes pour ce qu’elles sont et non pour leur sexe sans s’en chagriner plus que cela, c’est peu souvent vu et pas mal du tout au niveau de la visibilité (à ce propos, on peut donc la ranger aux côtés de Lost Girl dans la catégorie héroïne bisexuelle qui ne se lamente pas toutes les deux secondes, et c’est très bien comme ça !). Cela démystifie les relations entre femmes en les présentant comme plutôt naturelles et « normales », ajouter à cela que Jolanne est systématiquement mise en valeur (en même temps, c’est l’héroïne me direz-vous), ce qui ne fait pas passer la bisexuelle pour une femme dépravée, sans sentiments, assoiffée de sexe qui mange à tous les râteliers. Autre point positif : France 2 ne s’est pas servi de cet aspect de la personnalité de Jolanne pour ramener du public puisqu’à aucun moment, dans les premières bandes-annonces ou dans les résumés, il n’a été question de dévoiler des scènes lesbiennes ou quelque chose de ce genre. C’était donc une totale surprise lors du visionnage de découvrir qu’elle appréciait également la compagnie des femmes. En quelque sorte, puisque cela n’a pas été utilisé pour faire gonfler l’audimat, la bisexualité s’impose comme une facette à part entière, constituante du personnage et de son caractère, et non comme un délire passager, vain et inutile, juste là pour faire joli. Pas mal donc venant d’une chaîne généraliste nationale diffusant le programme en prime time. D’ailleurs la devise officielle de la série est : « Elle ne se soumettra ni aux hommes ni à son destin », j’avoue que ça me plait et que ça me parle. Nous aurons droit à intéressant éventail de femmes toutes aussi différentes les unes que les autres, qui incarneront différentes conceptions de la bisexualité. Il est à noter qu’à aucun moment il ne sera présenté de personnage entièrement lesbien, et que, France 2 et prime time oblige (il ne fallait pas rêver non plus), les scènes ne sont pas violentes au niveau de l’érotisme, tout y est montré de manière assez pudique. Si vous cherchez des débordements de salive, il faudra s’adresser ailleurs.

Puisque tout n’est jamais parfait, bien que le personnage de Jolanne amène avec lui une certaine visibilité positive, le cliché nous guette cependant. Heureusement, au fur et à mesure que l’aventure évolue, le scénario se rattrape un peu. Pour vous expliquer cela, je vais devoir dévoiler le contenu de ces relations lesbiennes.

La première copine de Jolanne est Laure de Marsac (Emma Reynaud), sa meilleure amie avec qui elle a partagé six ans de scolarité en internat. Le soir elles se rejoignent pour partager le même lit. Au premier abord elles semblent avoir une réelle complicité et beaucoup d’affection l’une pour l’autre. La plus entreprenante reste tout de même Jolanne puisque c’est elle qui la rejoint et qui provoque les choses. Or, l’on va apprendre, en même temps que Jolanne, que Laure va devoir épouser un homme (les femmes n’avaient pas spécialement le choix à cette époque), sauf que l’homme en question est Philippe, le demi-frère de Jolanne. Forcément ça ne plait pas à Jolanne, qui, par souci pour le bien-être de son amie, essaie de la dissuader en lui expliquant que son frère est un homme violent et infidèle. Sa copine le prend mal pensant à de la jalousie mal placée et l’envoie balader en lui disant cette phrase, la phrase, tellement vue et revue, qui m’a plongée dans une colère noire et qui a valu que je traite la pauvre Laure de tous les noms d’oiseaux que comporte mon vocabulaire : « Laisse-moi tranquille et trouve-toi quelqu’un d’autre pour jouer à tes jeux pervers ». Non mais vous vous rendez compte ! L’hôpital qui se fout de la charité, la copine immorale qui se fait passer pour la victime et qui, à travers l’insulte qu’elle porte à Jolanne, traite la communauté toute entière de perverse. Un cliché bien énervant et pas du tout anodin.

Sa seconde relation intervient beaucoup plus tard. Arrivée dans un bordel des colonies françaises en Inde, Jolanne va se faire séduire par une femme. Il s’agit d’Indra (Gabriella Wright), une des plus anciennes filles du bordel, dont la raison de la présence dans cette maison de plaisir reste un mystère. Celle-ci ne va pas passer par quatre chemins en lui disant qu’elle la trouve très belle, et en lui faisant directement des avances. Encore une fois il s’agit d’un personnage caricatural car lorsque Jolanne lui demande ce qu’elle fait dans ce bordel, l’autre lui répond qu’elle est là parce qu’elle aime le sexe. J’en parlais avant en disant que le personnage de Jolanne ne tombait pas dans le cliché de la bisexuelle avide de sexe, mais visiblement, tout le monde n’a pas été épargné par ce scénario trop prévisible. Heureusement, cette amante va reprendre un peu plus de crédibilité car elle tombera sincèrement amoureuse de Jolanne. Elle sera donc une compagne fidèle et dévouée, ce qui relèvera un peu le niveau de la représentation si ce n’est de l’amour entre femmes, du moins de la femme bisexuelle. Ayant été démasquée, Jolanne essaiera de s’enfuir accompagnée d’Indra et de son ami Gabriel, elle les perdra durant cette course-poursuite au terme de laquelle elle restera amnésique.

Finalement, après quelques égarements, elle sera recueillie et protégée par la puissante femme du gouverneur, la comtesse Jeanne Dupleix (Yaël Abecassis). Cette femme tombera amoureuse d’elle et le lui fera savoir en lui avouant éprouver pour elle plus que de la simple affection. Cette actrice n’est autre que la charismatique Yaël Abecassis qui a déjà interprété un premier rôle aux côtés de Clémence Poésy dans un film classé également film lesbien Sans moi. Il ne se passera rien de plus entres elles qu’un baiser furtif, mais le personnage de Jeanne Dupleix est attachant et surtout très déterminant, car son amour pour Jolanne l’amènera à lui sauver la vie à plusieurs reprises.

Il y a une sorte de gradation de sentiments au fur et à mesure que l’histoire évolue. Tandis que la première histoire n’était qu’une simple expérience (acte sexuel sans sentiments), la seconde s’apparente à une relation de couple qui mettrait en scène de véritables lesbiennes (actes sexuels et sentiments), alors que l’amour que porte Jeanne dans la troisième semble être de loin le plus sincère et le plus profond bien qu’il sera à sens unique et que leur relation restera platonique (sentiments sans acte sexuel).

Alors évidemment, c’est également cliché d’avoir une héroïne dont tout le monde, hommes, femmes, puissants, (j’ai même envie de dire chiens et chats) tombent amoureux, mais en même temps, qui pourrait résister au charme de Mylène Jampanoï ?

Pour le visionnage, je vous conseille de vous munir d’une bonne dose de second degré et de vous laisser emporter sans retenue par le fil romanesque de l’histoire. À vous de juger…

RaniRaniRani

Retour à la fiche de présentation Rani

A propos de Edwine Morin

Relectrice et Chroniqueuse Occasionnelle. Passionnée par les séries télévisées, elle en dévore depuis des années dans tous les thèmes possibles et ses préférences sont si hétéroclites qu'il est difficile d’en trouver les limites. Romantique dans l’âme, elle a succombé au charme d’I Can’t Think Straight et de Loving Annabelle tout en étant fan du travail de Quentin Tarantino.

Répondre