Spider Lilies : Interview de la scénariste et réalisatrice Zero Chou

Spider Lilies : Interview de la scénariste et réalisatrice Zero Chou

Interview accordée à Sarah Warn le 04 Mai 2008 pour le site Afterellen.com

La metteuse en scène Zero Chou est l’une des rares réalisatrices ouvertement lesbienne dans le monde, et la seule à Taiwan. Son premier film, Splendid Float (2004), qui parlait des drag queens, a gagné trois Golden Horse à Taiwan, y compris celui du Meilleur Film Taiwanais de l’Année. Son second film, Spider Lilies (2007), a gagné le Teddy Award du Meilleur Long-Métrage Homosexuel à la Berlinale et est sorti en DVD le 06 Mai aux Etats-Unis. Le dernier film de Chou, Drifting Flowers, qui a été diffusé pour la première fois à la Berlinale en février 2008 et qui sera projeté dans les festivals cette année, regroupe plusieurs histoires assez peu connectées entre elles sur la sexualité et le genre. La vedette du film est la nouvelle venue Chao Yi-Ian, une étudiante Taïwanaise en école de cinéma, apporte une présence butch naturelle et authentique à l’écran.

Le mois dernier, j’ai parlé à Chou avec l’aide d’un traducteur, et nous avons discuté de la communauté lesbienne de Taiwan, de son propre coming-out, et de son rêve – avec sa partenaire, Hoho Liu – de faire, en tout, six films LGBT.

Vous avez commencé à travailler en tant que journaliste, qu’est-ce qui vous a motivé à faire des films ?

Bien que lorsque je fus diplômée au lycée j’ai obtenu mon premier travail en tant que journaliste, au fond de moi j’ai toujours su que j’avais vraiment besoin d’être inventive. Travailler avec les mots était trop facile pour moi. Je voulais avoir une carrière plus créative et avec davantage de défis à relever, donc je ne sais comment, j’ai choisi la réalisation [rires].

Qu’est-ce qui vous a amené à l’histoire de Spider Lilies ?

À cette époque je voulais faire un film sur les jeunes. Donc il y aurait des tatouages, des filles à la webcam – les jeunes faisaient souvent ce genre de choses. …Donc ces deux choses sont devenues le sujet du film.

Était-il difficile de trouver des fonds pour faire ce film, au regard de son sujet ?

Puisque c’était mon deuxième film j’ai pu demander et obtenir des fonds du gouvernement – habituellement c’est très difficile pour les jeunes directeurs de trouver des fonds. Bien sûr ce n’était pas assez. La bourse du gouvernement couvrait environ 25% des besoins. Pour les 75% restants j’ai, bien sûr, dû trouver un moyen d’avoir des investisseurs.

Pour la bourse gouvernementale, avaient-ils connaissance du scénario lesbien ?

Bien sûr qu’ils savaient [rires].

Le gouvernement Taïwanais soutient cela ?

Ce fond est attribué par une commission d’étude d’experts indépendants. La commission d’étude décide quel scénario est bon et statue sur le mérite de l’histoire.

Dites-moi comment vous en êtes venue à choisir Rainie Yang et Isabella Leong pour le film ?

J’ai d’abord sélectionné Rainie Yang, mais par la suite j’ai réalisé que trouver une autre personne qui pourrait jouer son opposée serait très difficile, parce que les jeunes femmes de Taïwan sont toutes faites pour être très mignonnes et jolies, mais aucune d’entre elles n’est sexy d’une façon assez masculine. Donc puisque je ne trouvais personne à Taïwan, je suis allée à Hong Kong pour trouver quelqu’un.

Comment se sont-elles senties vis-à-vis de l’histoire lesbienne quand elles ont auditionné ?

Je leur ai d’abord demandé de lire le scénario, et si elles étaient intéressées, nous pouvions alors poursuivre. Elles étaient très intéressées. J’avais l’impression que c’était seulement comme cela que nous pouvions collaborer et travailler ensemble. En fait, Isabella attendait de jouer dans un film gay.

Oh, pourquoi ?

Parce qu’avant de faire Spider Lilies, elle avait joué dans beaucoup de navets à Hong Kong. Elle m’a dit qu’elle attendait une opportunité de jouer dans un film d’art et d’essai, et que, si elle avait la chance de jouer un rôle lesbien, alors elle serait très heureuse.

Le film s’en est bien sorti au box office asiatique. Quelles répercussions ce succès a-t-il eu sur votre vie ?

Cela n’a pas eu beaucoup d’impacts dans la mesure où ma créativité était toujours présente, mais puisqu’il a eu du succès et apporté de l’argent aux investisseurs, il a quelque part rendu le second pas dans cette voie là un peu plus facile.

Je crois que vous avez travaillé avec votre partenaire, Hoho Liu, sur ce film, comment était-ce de travailler avec elle ?

Nous sommes de très bonnes partenaires, que ce soit dans la vie, au travail ou émotionnellement. Nous avons un rêve – nous aimerions pouvoir réaliser six films lesbiens dans notre vie.

Oh, c’est merveilleux.

Parce que, vous savez, le drapeau gay et lesbien a six couleurs – rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet. La couleur de Spider Lilies est le vert ; mon premier film, Splendid Float, était jaune ; mon film le plus récent [Drifting Flowers] est rouge. Donc j’ai déjà fait trois couleurs.

Est-ce que vous savez ce que les trois autres films que vous voulez faire seront ?

Puisque nous avons déjà réalisé trois films lesbiens d’un coup, nous pensons que nous pouvons arrêter un petit peu et ne pas tout de suite continuer à en faire plus. Parce que beaucoup de gens ont dit : « Puisque vous êtes lesbiennes, ne pouvez vous réaliser que des films lesbiens ? » Bien sûr que non !
Dans les trois prochaines années je vais faire plusieurs films sans thème gay ou lesbien, puis je reviendrai pour faire les trois autres.

Depuis combien de temps vous et votre partenaire êtes-vous ensemble ?

Huit ans.

Je ne connais pas très bien le statut des personnes homosexuelles à Taiwan ; pouvez-vous me dire comment les gays et lesbiennes sont perçus à Taiwan en général ?

Au regard de la loi, cela n’a évidemment pas avancé depuis que le mariage entre les personnes de même sexe a été autorisé. La société est relativement ouverte, mais il y a toujours énormément de pression de la part des familles. Puisque nous sommes Chinois, l’avis des familles a beaucoup d’influence. Souvent, les familles trouvent ça difficile d’accepter les gays et lesbiennes.

Quand avez-vous fait votre coming-out ?

1998.

Et avez-vous fait votre coming-out à votre famille à ce moment là ? Comment ont-ils réagit ?

Ils ont été très surpris au début parce que quand j’étais plus jeune j’avais des petits-copains. Mais je leur ai dit que ça n’avait pas été facile de finalement trouver le vrai bonheur, et que je pouvais leur prouver que j’avais raison de prendre ce chemin, qu’ils ne devaient pas s’inquiéter pour moi.
J’étais juste comme ça [rires]. Et ils devaient l’accepter.

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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