Submerge : Interview de la scénariste Kat Holmes, de la réalisatrice Sophie O’Conner et de l’actrice Lily Hall

Submerge

Interview originale accordée en site Internet Cin4LeZ

Ce qui suit est une interview exclusive de la scénariste et productrice Kat Holmes, de la co-scénariste et directrice Sophie O’Conner et de l’actrice principale Lily Hall, toutes travaillant sur le long-métrage australien à venir, Submerge.

Nous avons obtenu le droit à une séance dans les coulisses (la semaine prochaine), à la bande annonce et à des photos de la production. Donc, asseyez-vous et profitez !

Bonjour et merci de parler avec moi de votre film Submerge. Kat, ainsi que vous autres, pouvez-vous nous parler de votre investissement dans le film ?

KAT : En gros, Submerge est mon bébé, bien qu’il n’aurait jamais été tel qu’il est sans les contributions de nombreuses personnes, et tout spécialement de Sophie ! L’histoire de Submerge est plutôt marrante, ou embarrassante, tout dépend du point de vue. C’était en 2004, et je venais juste de finir un scénario qui allait coûter beaucoup d’argent à produire. Je me plaignais de la situation à un ami, qui était à l’époque distributeur de films homosexuels locaux, et il a suggéré que je fasse un porno lesbien comme moyen pour récolter des fonds. (Le porno a un bon taux de retour sur investissement parce que les coûts de production (et les valeurs) sont plutôt bas).

Donc j’ai pris cinq passages, chacun contenant une scène de sexe, et je les ai mis ensemble pour faire une histoire complète. Ce n’était pas un chef-d’œuvre, ça c’est sûr. Mais à mesure que je commençais le processus d’édition du scénario et embarquais Sophie à bord, progressivement un « vrai » film a commencé à prendre forme. Deux ans et 14 versions plus tard, Submerge n’était plus un porno lesbien mais plutôt une exploration sérieuse de la sexualité de la génération Y, de l’âge de la satisfaction instantanée et de la façon de dire non.

Et puis, le vrai travail a commencé…

SOPHIE : Un ami mutuel a suggéré à Kat que je pourrais faire l’affaire en tant que directrice. J’ai rencontré Kat, lu le scénario et vu le potentiel pour un film génial et je voulais être impliquée.

LILY : C’était une situation typique pour un acteur. Mon agent a reçu une info et m’a transmis les détails du casting et de l’audition, sauf qu’initialement elle m’avait choisie pour le personnage d’Angie (peut-être à cause de la similitude au niveau de l’âge). J’ai lu le scénario et ça m’a parlé, bien que je savais que le rôle d’Angie allait demander beaucoup de recherches, parce qu’elle et moi sommes des bêtes très différentes. Néanmoins j’ai foncé, je suis allée à l’audition et ai rencontré Sophie avec qui j’ai instantanément accroché. L’audition n’était pas géniale simplement parce que je ne correspondais pas très bien à Angie et puis l’idée de l’audition pour le personnage principal est arrivée.

Depuis ce jour, Sophie et moi revendiquons toutes deux avoir eu l’idée que je lise les lignes de Jordan ! De toute façon, j’en ai fait une lecture froide et tout s’est, en quelque sorte, mis en place.

Puis, j’en ai appris plus sur la vision de Sophie sur l’esthétique et j’ai vraiment voulu faire partie de ce projet. À la seconde audition, j’ai rencontré Kat, qui m’a donné encore plus de passion et fait partager l’envergure du projet. Assez peu après cette rencontre, à mon summum d’excitation, la décision a été prise de me faire jouer Jordan.

Pouvez-vous me donner une trame de fond concernant l’histoire et le synopsis final du long-métrage ?

KAT : L’histoire a toujours parlé de Jordan, d’une façon ou d’une autre. En tant que personnage elle a évolué de beaucoup de façons ces huit dernières années, avec chaque nouvelle version et nouveau scénario. À un moment elle était lycéenne et joueuse de tennis prête à passer pro (c’était avant que The L-Word ne sorte). Comme dit précédemment, l’histoire est sortie sous d’assez mauvais auspices donc elle a vraiment grandi sous l’influence des créations associées au film. En particulier grâce à mon co-producteur, The Colonel, l’une des figures australiennes prédominantes dans le monde des « All Things Unique » (ndlt : devise de BluAfterGlow). Ni Sophie, ni moi n’avions eu précédemment une exposition à la sous-culture fétichiste et The Colonel a été d’une aide inestimable pour amener ce monde à la vie sur écran.

Il y a également beaucoup de courts éléments autobiographiques dans le film, en fait, tellement petits que vous appelleriez plus probablement ça des hommages au lieu de l’autobiographie. Le personnage de Jordan contient des parties de Sophie et de moi, j’en suis sûre, même si c’est seulement subliminal ! Le synopsis final a largement été inspiré par la vision créative de Sophie, bien que je soupçonne les petites voix qui ont rendu ça percutant et commercial d’avoir eu une petite influence. Lol.

Sophie, y a-t-il un ton particulier que vous vouliez donner, et aviez-vous une marge de manœuvre créative ou travailliez-vous en collaboration ?

SOPHIE : J’ai toujours voulu créer un visuel esthétique tactile et hautement saturé pour le film. Je voulais que les personnages soient immergés dans leurs mondes et que le public ressente la même chose. J’étais aussi très passionnée à l’idée de faire un film avec des thèmes universels et un personnage principal lesbien pour que ce ne soit pas accessible qu’à la communauté LGBTI mais à un public plus large. C’était un choix certain de minimiser la sexualité de Jordan pour que cela devienne davantage une histoire d’exploration sexuelle et de soi. Submerge nécessitait de la collaboration et j’ai eu beaucoup de chance d’avoir une des meilleures équipes avec qui j’ai pu travailler, qui ne me soutenait pas seulement dans mes décisions créatives, mais qui en ont fait des réalités.

Submerge a l’air d’être un drame romantique mais la bande-annonce sent l’exploration sexuelle et la perversion à plein nez. Dans quelle catégorie placeriez-vous Submerge ?

KAT : Normalement je me serais hérissée au mot « perversion » dans votre question, puisque c’est un mot souvent utilisé par les religieux de droite pour diaboliser les gens qui adoptent la sexualité dans toute sa diversité. Et Submerge célèbre à coup sûr tous les types de sexualités ! C’est l’un des peu nombreux films grand public (avec une exception notable pour Shortbus de John Cameron Mitchell) qui n’associe pas le fétichisme et la pansexualité à la perversion, à un aspect miteux ou à la criminalité. En bref, Submerge est, en effet, un drame, juste pimenté avec beaucoup de romance, d’opulence et de sensualité.

En 2012 il y a eu une explosion de films lesbiens racontant des histoires qui mourraient d’envie d’être racontées, et Submerge semble être l’une d’entre elles. Cela a-t-il été fait volontairement ou était-ce une simple coïncidence ?

KAT : Une coïncidence absolument ! Nous avons préparé ce film pendant huit ans. En fait, Submerge ne s’identifie pas comme un film lesbien à proprement parler, mais plutôt comme un drame grand public où les relations entre personnes de même sexe sont fortement représentées.

Bien que ça ne nous dérange pas que d’autres personnes disent que Submerge est un film lesbien. C’est un peu comme Brokeback Mountain. Tout le monde l’appelle le film des « cowboys gays » bien que les producteurs aient insisté sur le fait que ce soit une histoire d’amour classique.

Selon vous, quelle est la leçon (s’il y en a une) du film ou qu’aimeriez-vous que le public en retire ?

KAT : Je ne suis pas sûre qu’il y ait une leçon particulière à retenir de Submerge. Nous voulons simplement que le public s’identifie avec le chemin que font les personnages et fasse le lien avec sa façon de voir la vie. Si je devais en choisir une, je suppose que « apprendre à laisser aller » serait une leçon à retenir du film.

SOPHIE : « Vous ne pouvez pas toujours obtenir ce que vous voulez » est probablement la plus évidente. Nous explorons le sentiment très répandu aujourd’hui que tout nous est dû, et c’est la leçon naturelle de cette exploration.

Pouvez-vous nous expliquer les rapports français/australiens de la production ?

KAT : Lol, il n’y a pas du tout de connexions officielles. L’histoire se passe comme ça…

J’ai eu une partenaire française pendant huit ans, j’ai appris à parler la langue plutôt bien et je suis devenue plutôt immergée dans la culture. Et puis, il y a quelques mois, Callmestefifie, une vlogueuse franco-suisse dont la chaîne Youtube contient des bandes-annonces de films à contenu lesbien, a posté la bande-annonce de Submerge sur sa chaîne et cela s’est propagé.

Une fois que j’ai été consciente que ça avait beaucoup de vues, j’ai été voir sa chaîne et j’ai réalisé qu’elle était francophone, et qu’également pas mal de commentaires sur la vidéo venaient de francophones. Donc, j’ai écrit un commentaire en français pour leur rendre service, pour donner aux spectateurs francophones des nouvelles concernant l’état du film.

Lily, était-ce votre premier personnage principal dans un long-métrage et pouvez-vous partagez votre expérience avec nous ?

LILY : Oui, ce fut le premier long-métrage sur lequel j’ai travaillé, donc l’excitation était certainement partagée avec la peur ; en particulier parce que, en acceptant le rôle, j’étais bien consciente de la responsabilité que j’endossais. Au final, ce fut une expérience incroyable, tout était plutôt nouveau.

Nous apprenons des choses dans les livres à l’école de cinéma, mais là c’était le vrai truc ! J’ai trouvé que les acteurs et l’équipe étaient d’un grand soutien et protecteurs, perspicaces et passionnés. C’est une telle tâche d’organiser un film, il y a tellement de gens impliqués. Je me suis sentie exaltée par la communauté, la collaboration et le fait que les gens voulaient vraiment être là. Nous créions quelque chose ensemble.

Certains aspects du film sont plutôt tabous, ce que j’aime. Jouer le rôle de Jordan m’a exposée à des situations dans lesquelles je ne me serais pas retrouvée sinon. Avoir comme amour principal une femme était nouveau.

Par coïncidence, l’actrice qui joue Angie (Christina Hallett) et moi nous connaissions, nous avions étudié ensemble à l’école. C’était l’une des inquiétudes de l’équipe de production puisque ça aurait pu aller dans un sens comme dans l’autre, sur la façon dont l’on travaillerait ensemble. Je pense que ça a bien fonctionné. Nous avons tous un profond respect les uns pour les autres, nous croyons les uns dans les autres, nous nous connaissons et nous nous devinons. Ça ajoute de la profondeur à la relation qui n’aurait peut-être pas été là si les deux actrices ne se connaissaient pas précédemment.

Je pense que, peu importe votre orientation sexuelle, vous aimez quelqu’un pour ce qu’il est, sa personne et je me suis facilement glissée dans la peau d’aimer et de désirer cette femme. C’est le monde magique où l’on fait croire et l’on joue à faire plaisir dans beaucoup de relations à la fois !

Une autre chose que j’ai connue pour la première fois fut le monde des fétichistes, de la pansexualité et du BDSM. Tous les extras spécialistes pour les scènes du club fétichiste font partie de cette communauté. Ce fut une très bonne expérience. J’ai regardé, écouté et appris.

En tant que tout, ce fut un merveilleux moment et j’espère juste que les gens seront suffisamment courageux pour soutenir ce film. On peut très facilement s’identifier à la l’histoire et on peut en retirer beaucoup.

A propos de Lou Morin

Traductrice Anglais/Français

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