Interview accordée au site C.F.N.B. le 13 Juin 2000
Bien avant la série Lauren Laurano, Sandra Scoppettone écrivait sous le pseudonyme de Jack Early. Ecrivaine de romans policiers c’est la série policière mettant en scène Lauren Laurano qui l’a propulsée.
L’écrivaine américaine, vit actuellement à Long Island dans l’état de New York, avec sa compagne Linda Crawford, également écrivaine, qui partage sa vie depuis 27 ans.
Dans une de vos interviews vous mentionnez que le fait d’avoir été étiquetée d’écrivaine lesbienne vous a porté préjudice.
Lorsque j’écrivais la série Laurano tout allait pour le mieux. Le climat a changé depuis et être cataloguée est désormais mortel. Je ne me considère pas comme une écrivaine lesbienne mais plutôt comme une écrivaine de romans policiers. Et parce que d’autres ne me considèrent pas comme telle j’ai finalement dû prendre un pseudonyme pour continuer à écrire des romans policiers.
Il semblerait que la série mettant en scène cette détective ait été un de vos plus grands succès?
Effectivement. Toutefois, lorsque j’ai écrit le premier roman mettant en scène Lauren Laurano, je ne pensais vraiment pas qu’il s’agirait d’une série et je me demandais réellement s’il serait publié. Plusieurs éditeurs de différentes maisons d’édition étaient intéressés. Ensuite lorsque le premier fut publié, j’ai obtenu une revue journalière dans le New York Times. C’était vraiment un accomplissement important.
Y a-t-il une évolution dans la façon d’écrire des femmes en comparaison à vos débuts ?
Non, je ne le crois pas. Certainement pas en ce qui concerne l’écriture. Il y a peut être plus de femmes qui sont publiées mais les hommes sont pris plus au sérieux même dans le domaine des romans policiers.
Allez vous révéler votre pseudonyme dans le futur, comme vous l’avez fait pour Jack Early? (Nom sous lequel Sandra Scoppettone a écrit plusieurs romans avant la série Laurano)
Je ne l’ai pas révélé. Quelqu’un d’autre l’a fait c’est pour cette raison que cette fois seuls ma partenaire, mon agent et éditeur le connaissent.
Continuez- vous à écrire des policiers sous votre pseudonyme ?
Non, si vous parlez de Jack Early. Oui, si vous voulez parler du roman que j’écris actuellement.
Bien que vous ayez plusieurs fois annoncé que la série étaient terminée, pensez-vous malgré tout écrire à nouveau une suite à Lauren Laurano ?
Terminé veut dire terminé !
Comment trouvez-vous l’inspiration ?
Parfois d’après des articles de journaux, parfois des nouvelles ou de quelque chose vu à la TV, mais bien souvent l’inspiration me vient de façon mystérieuse… et je n’ai aucune idée du comment et du pourquoi.
Qui vous a inspiré le personnage de Lauren Laurano ?
Lauren est le personnage qui me ressemble le plus.
Lauren est accro aux ordinateurs, il faut l’expérimenter pour pouvoir en parler…
Effectivement. J’adore mon ordinateur. Je l’utilise autant que je peux pour tout.
Etes-vous sensible aux revendications des femmes ? Des homos ? De quelle façon vous impliquez-vous ?
Je pense que la série Laurano était une façon de soutenir ces deux causes. Je ne participe plus aux défilés ! Laissons les jeunes femmes s’occuper de cela. J’ai l’impression que les jeunes femmes aujourd’hui prennent beaucoup de choses pour acquises sans se rendre vraiment compte de ce à quoi notre génération à dû faire face pour que les choses en soient ou elles en sont aujourd’hui. De toutes façons, c’est leur tour maintenant.
Etes-vous impliquée dans d’autres groupes?
Non.
Que pensez vous de l’homosexualité utilisée à des fins politiques ?
Si c’est anti cela me dérange vraiment. Dans le cas de “Dr.” Laura Shlessinger, j’ai écrit à Paramount.
Etes-vous déçue par la politique de Clinton ?
Si j’étais déçue je ne le saurais pas, le saurais-je ? Je pense que Clinton est un très bon président. Si vous faites référence à l’action qu’il a entreprise pour l’acceptation des gays dans l’armée, je dirais que ce n’est vraiment pas une chose à entreprendre juste après avoir pris ses fonctions au sein de la maison blanche. C’était une décision un peu stupide. S’il avait attendu un peu je pense qu’il aurait eu raison de la clause de non discrimination au sein de l’armée. Clinton n’est pas anti-gay.
Y-a-t-il d’après vous une réponse possible à l’homophobie ?
Non. Elle existera toujours. Je ne comprends pas la peur qu’elle engendre. Je n’ai jamais compris en quoi ce que je faisais dans ma chambre et avec qui pouvait en quoi que ce soit être dangereux pour autrui. Les pires sont les fondamentalistes de droite.
Vivez-vous à New York toute l’année ?
Je ne vis plus à New York. Je vis au bout de Long Island (décrit dans “ Gonna Take a Homicidal Journey ”) dans une résidence d’été que j’ai aménagé en résidence principale. C’est un endroit discret face à la mer. J’ai quitté NY pour de nombreuses raisons. Je ne pouvais plus me permettre d’y vivre et c’était franchement trop bruyant.
Comment et quand avez-vous annoncé votre homosexualité à vos amis/parents ?
Je l’ai annoncé à mes parents en 1954 lorsque j’avais 18 ans. Ils ont été merveilleux. Remarquables lorsque l’on se remet dans le contexte de l’époque. Leur réaction a été “ Tant que tu es heureuse ”. Cette année-là j’ai aussi déménagé pour New York et pour la plupart mes ami(e)s étaient eux-mêmes homos. A ceux qui ne l’étaient pas je leur ai annoncé mon homosexualité au fil des années, certains étaient horrifiés, la plupart étaient au courant ou n’y attachaient pas d’importance.
Pensez-vous qu’il est plus facile d’être lesbienne aujourd’hui qu’à votre époque ?
En tant qu’écrivaine, cela n’a jamais été tellement difficile et je n’ai jamais eu à m’en cacher. Je pense que pour les autres, les choses sont plus faciles aujourd’hui, sauf peut être pour les éducateurs et autres personnes travaillant avec des enfants. Toutefois, je ne conseillerais à personne de se balader main dans la main. Là où je vis désormais (Long Island), il y a une grande proportion de lesbiennes. Tout le monde nous connaît et nous traite respectueusement. Ce qu’ils peuvent dire derrière mon dos, ce ne sont pas mes affaires.
Qui admirez-vous ?
Toute personne qui vit comme elle le désire.
Quand écrivez-vous ? Toute la nuit ou toute la journée ?
Toute la nuit ? Toute la journée ? Vous devez blaguer, pas moi. J’écris de 9h à 13h, cinq jours par semaine. Et maintenant que je suis plus âgée, j’en fait moins dans le même laps de temps. Ainsi soit-il.
Quel est votre plat préféré ?
Difficile d’en donner un quand on est comme moi un gourmet gourmand. J’adore manger. Mais je me joins à Lauren pour dire que j’aime tout ce qui est à base de chocolat.
Quel est votre endroit préféré ?
Grand Case, St. Martin.
Quelle est la plus grande qualité dans la vie ?
L’acceptation des choses que l’on ne peut pas changer.
Y a- t- il quelque chose que vous ne pouvez pas supporter ?
Ceux qui sont constamment branchés à leur natel.
Avez-vous des regrets ?
Je n’en ai pas.
Croyez vous en dieu/déesse ?
Je pense que oui bien que je n’en sois pas toujours certaine.
Y a- t- il quelque chose après la vie ?
J’espère que oui.
Etes vous une lesbienne légitime. En d’autres termes possédez-vous des chats ? (référence à une citation de Kip la compagne de Lauren)
Oui. Les vrais Nick et Nora, des persans comme leurs homologues dans la série.
Quels sont vos plans pour l’avenir ?
Terminer le livre sur lequel je travaille. Prendre plus de vacances. Et être en mesure de m’amuser un peu plus.
Parlez-nous de votre compagne.
Linda et moi vivons ensemble depuis 27 ans. Les choses n’ont pas toujours été faciles. Nous avons eu pas mal de problèmes mais nous avons réussi à les surmonter. A un certain moment, nous avons même vécu séparément pour que les choses marchent entre nous.
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