Interview accordée en Novembre 2006 à Yuki Keiser pour le site Tokyowrestling.com
À propos de la situation aux États-Unis : y avait-il une seule personne sortie du placard avant Ellen Degeneres ?
Il y en avait quelques unes, mais vraiment très peu. Comme Amanda Bearse de Mariés, deux enfants -elle a fait son coming out au début des années 90. Il y avait aussi Melissa Etheridge et KD Lang. Mais depuis qu’Ellen l’a annoncé publiquement, de nombreuses personnes ont fait de même, donc ça a vraiment fait la différence. Pas juste le coming out d’Ellen -d’autres choses se sont produites aussi. Mais oui, ça a vraiment fait une différence.
Quelles étaient ces autres choses ?
Je savais que vous alliez me demander ça. (rires) Je n’arrive pas à me les rappeler toutes à l’instant. (rires) Mais le climat politique, beaucoup d’activisme et beaucoup de personnes travaillant dans les coulisses ont permis que ça devienne possible, petit à petit.
Je présume que The L-Word est une autre étape importante. Diriez-vous que les deux principales étapes pour les États- Unis ont été Ellen et The L-Word ?
Je dirais que si vous deviez choisir les deux plus grandes avancées de ces 10 dernières années, alors ce serait probablement ces deux-là. Mais il y a aussi eu de nombreuses autres petites avancées tout au long du chemin. Vous voyez, comme le premier baiser lesbien à la télévision dans LA Law [La Loi de Los Angeles]. C’était un pas en avant énorme, à l’époque, mais un petit rétrospectivement. Le film Bound a aussi eu son importance, je pense.
Pensez-vous que les lesbiennes soient en quelque sorte tendance dans la société actuelle ? Croyez-vous que la mentalité du public américain ait changé ces 10 dernières années ?
Elle a un peu changé. Je veux dire, je pense sans aucun doute que la situation est meilleure qu’il y a 5 ans quant à la façon dont les gens perçoivent les gays et les lesbiennes. Mais nous sommes au cœur d’une guerre des droits civils en ce moment donc c’est un peu un scénario du genre “2 pas en avant, 1 pas en arrière”. Et les lesbiennes ont moins de visibilité maintenant qu’elles n’en avaient il y 5 ans à la télé et dans les films.
Moins ?! J’étais sûre qu’elle était en progression.
C’est mon opinion. Mais je pense que c’est principalement dû au climat politique. Nous n’avons qu’une seule série à la télé en ce moment avec The L-Word alors qu’il y a 5 ans, nous en avions plusieurs. Donc c’est une situation étrange.
Je pensais qu’avec The L-Word, la visibilité lesbienne était plutôt élevée.
Eh bien, elle l’est sans l’être. Nous avons des programmes sur le câble comme The L-Word, mais en termes de télévision généraliste, nous devenons de plus en plus invisibles. Mais quand nous y sommes, nous avons tendance à être mieux représentées. Donc je ne sais pas. Il y a tout un tas de trucs qui se passe, mais je pense que le climat conservateur y est pour beaucoup.
Quel genre d’image pensez-vous que les hétéros ont des lesbiennes ?
Oh… Je ne sais pas…
Je vous demande ça parce que plus je travaille au sein de la communauté et moins je sais quelle sorte d’images elles ont… (rires)
(rires) Ouais, je vois exactement ce que vous voulez dire ! On ne peut plus lire dans leurs pensées. Je ne sais pas, je pense qu’ils essaient sûrement de s’y retrouver au milieu de ces contradictions : entre les lesbiennes qu’ils voient dans The L-Word et les lesbiennes perpétuant les vieux stéréotypes.
Est-ce que beaucoup d’hétéros connaissentThe L-Word ? Est-ce que la série a du succès auprès d’eux ?
Oui, ils connaissent. Il y a beaucoup de femmes hétéros qui regardentThe L-Word et quelques hommes hétéros, mais majoritairement des femmes.
Pensez-vous que les hétéros ont conscience qu’il existe une culture lesbienne ?
Oui, ici, je pense que les gens savent qu’il existe une culture lesbienne. Oui, je le crois. Je pense qu’ils la conçoivent de manière caricaturale, mais je pense qu’ils sont conscients qu’elle existe.
Je vous demande ça parce qu’au Japon, les personnes hétérosexuelles n’en sont pas conscientes. Elles pensent souvent que ce n’est qu’une tendance sexuelle.
(rires) Oh, oui, ils continuent à faire ça ici aussi ! En fait, ici aussi, c’est encore réduit seulement à ça. Ça dépend beaucoup de qui vous avez à faire.
Pensez-vous que les “lesbiennes” font vendre ? Je pense par exemple à la campagne de publicité Dolce & Gabbana de printemps été 2006 où l’ont voit des femmes ensemble.
Oh, oui, je pense que ça fait vendre. Parce que ça reste inhabituel, donc ça fait en quelque sorte un petit choc. Ce n’est pas dans la norme. Les gens sont tellement saturés par les publicités et les campagnes de pubs que n’importe quoi d’un peu nouveau et différent capte leur attention, je pense.
Pourquoi pensez-vous que faire son coming-out soit réputé si difficile pour les actrices et acteurs ? Croyez-vous que cela représente un vrai risque pour leur carrière ou est-ce seulement la peur ?
Non, je pense qu’il y a les deux. Ça peut être risqué pour certaines personnes quand pour d’autres, c’est plus dans leur tête que le problème se situe, plutôt qu’un risque véritable.
À quel point la série The L-Word est-elle connue et aimée des lesbiennes ?
Eh bien, les gens s’intéressent sans aucun doute à The L-Word. Même les gens qui ne l’aiment pas. (rires) C’est un programme très populaire parce qu’il y a au moins une ébauche de représentation de nous-mêmes. Et même si ça ne semble pas vraiment ressembler à votre vie en particulier, ça n’a pas d’importance, vous voyez.
Personnellement, qu’en pensez-vous ?
(rires) Je pense que c’est un programme avant-gardiste. Je crois qu’il a reçu beaucoup de critiques parce que vous ne pouvez pas vraiment réussir avec un seul programme, quoique vous fassiez. Tout le monde veut projeter ses propres espoirs et rêves dans ce programme. C’est comme d’essayer de faire une série télé familiale qui représenterait toutes les familles. Ça ne pourra pas marcher.
Quel genre de critiques avez-vous entendues ?
Il a été dit que certaines des intrigues étaient trop mélos. Elles sont un peu trop bizarres parfois. Je pense, vous voyez, que la mort de Dana n’a pas plu aux spectateurs, parce que c’était un personnage très apprécié. De ce que j’ai pu entendre des lectrices, les gens n’aiment pas du tout Max. Les spectateurs trans comme les nons trans.
Pourquoi à votre avis ?
D’après les retours de notre lectorat, c’est parce que les problématiques des trans n’ont pas été bien représentées. Je ne suis pas trans, donc je ne peux pas vraiment m’exprimer sur le sujet. Tous les autres ont dit qu’ils ne l’aimaient pas uniquement parce qu’il est énervant. (rires)
(rires) Je n’ai pas l’impression qu’il donne une bonne image des personnes transgenres.
Non, exactement. Il n’a pas besoin d’être parfait, mais un peu moins caricatural, ce serait bien, vous voyez. Et puis Jenny est devenue moins agaçante, mais elle n’est toujours pas le personnage préféré des gens.
Qui est votre préférée ?
Ma préférée, je pense, était Dana et aussi Alice. J’adore Leisha Hailey, elle assure !
Traduction Magali Pumpkin
Univers-L Toute la Culture Lesbienne
