En Secret (Circumstance)

ne laissons pas l’amour être victime des circonstances…

Année de Production : 2011

Date de Sortie : 28 Décembre 2011

Réalisation : Maryam Keshavarz

Scénario : Maryam Keshavarz

Avec : Nikohl Boosheri (Atafeh), Sarah Kazemy (Shirin), Reza Sixo Safai (Mehran), Soheil Parsa (Firouz), Nasrin Pakkho (Azar), Sina Amedson (Hossein), Keon Mohajeri (Joey)

Nationalité : Américaine, Libanaise, Iranienne

Genre : Drame, Romance

Durée : 1h 45min.

Titre Original : Circumstance


Interview(s) :

Interview de Maryam Keshavarz
Interview de Nikohl Boosheri

En Secret (Circumstance) : Résumé

En Iran, deux jeunes filles doivent faire face à leurs sentiments grandissants, mais surtout, à l’obsession sans limite du frère de l’une d’elles. Dans un pays où religion et interdits sont omniprésents, leur émancipation sexuelle et leur soif de liberté s’opposent à une société qui veut les voir rester dans le rang. Premier film de Maryam Keshavarz tourné au Liban avec un casting iranien.

En Iran, deux jeunes filles doivent faire face à leurs sentiments grandissants, mais surtout, à l’obsession sans limite du frère de l’une d’elles. Dans un pays où religion et interdits sont omniprésents, leur émancipation sexuelle et leur soif de liberté s’opposent à une société qui veut les voir rester dans le rang. Premier film de Maryam Keshavarz tourné au Liban avec un casting iranien.

L'avis d'Univers-L

Scénario/Réalisation
Casting
Lez/Bi Quantité
Lez/Bi Qualité

Résumé : Bouleversant même si imparfait.

Note des lectrices : 4.08 ( 12 votes)
63

En Iran, deux adolescentes de 16 ans, Atafeh la délurée, et Shirin la réservée, inséparables meilleures amies, se découvrent soudain des sentiments bien plus forts que l’amitié. Alors que cette prise de conscience ne les perturbe pas le moins du monde, elles devront pourtant affronter l’obscurantisme des Islamistes les plus radicaux, le poids des traditions familiales, mais aussi et surtout une hypocrisie séculaire qui profite aux hommes souhaitant garder la mainmise et le pouvoir sur les femmes.

Circumstance  (je préfère le titre original que sa traduction française, En Secret), commence comme un rêve, avec lenteur et intimisme, et nous dévoile petit à petit, par touches discrètes et scènes magnifiquement choisies, le quotidien de ces deux jeunes femmes, très différentes, mais qui se sont visiblement trouvées, comme deux moitiés d’une même personne. Dans un pays baigné de soleil, l’Iran, on découvre bientôt une existence à deux facettes : l’officielle, avec les cours dans une école rigoriste, les repas de famille, et la bienséance en public, et l’officieuse et “inavouable”, faite de soirées privées underground et d’infractions plus ou moins graves à la sacro-sainte moralité.

Ce qui trouble d’emblée, c’est donc cette dualité quasi schizophrène, tant les héroïnes doivent constamment jongler et faire un grand écart immense entre leur existence imposée et les tranches de plaisir interdit qu’elles arrivent à glaner, souvent au péril de leur propre sécurité. La dualité, un sentiment et subterfuge que toute lesbienne a connu au moins une fois dans sa vie, et appris à manier, souvent bien malgré elle.

Dans une famille attachée aux traditions mais ouverte d’esprit et surtout très aimante, Atafeh a grandi aux côtés d’un frère aîné qui a visiblement connu quelques errances de parcours, tandis que s’esquissera progressivement tout au long du film le contexte familial de Shirin. Ou comment une fois encore, l’éducation, l’amour et les préceptes reçus dans l’enfance aident à faire de nous l’adulte que nous serons amenés à être…

Les scènes familiales sont filmées avec bienveillance et justesse, à grand renfort de moments de bonheur simple comme suspendus dans le temps (un pique-nique, un match de volley ou encore une baignade dans la mer). Dans ces moments-là, la relation entre le père d’Atafeh et sa fille apparaît tout en finesse et en nuances, même si l’on constate bien vite que l’entrée dans l’adolescence de la jeune fille ne facilite pas la communication. On ignore pendant longtemps le contexte familial de Shirin, qui ne sera dévoilé qu’au fil du temps. En revanche, le personnage de Mehran, d’abord accueilli comme l’enfant prodigue de retour à la maison, prendra vite une dimension omniprésente et effrayante. Si l’on comprend qu’il a lui-même connu l’errance et les erreurs de parcours (la drogue, entre autres), on découvre bien vite qu’il n’a réussi à retrouver un semblant d’équilibre et une place au sein de sa communauté qu’en pratiquant un Islamisme des plus radicaux, à des années lumières de celui que son propre père a souhaité lui transmettre. Un extrémisme qui ne lui a pas permis pour autant de venir à bout de ses démons intérieurs.

Qui est Mehran ? D’où lui vient cette violence sourde qui semble l’habiter ? Comment allie-t-il usage de drogues et dévotion ? Comment a-t-il délaissé la musique (il est professeur de piano) pour se mettre au service de la Police des Mœurs, devenant un de leurs sujets les plus zélés ?

L’amour que se vouent Atafeh et Shirin a-t-il une chance de s’épanouir alors qu’elles risquent d’être reniées par leurs propres familles et d’être mises au ban de la société? Leurs sentiments résisteront-ils aux pressions de la société et aux obsessions malsaines et dévorantes du frère ?
Autant de questions auxquelles je n’apporterai volontairement pas de réponses.

Ce que je peux vous dire, en revanche, c’est à quel point ce long-métrage, pourtant le premier de Maryam Keshavarz, est absolument époustouflant de maîtrise et d’esthétisme. Des cadrages superbes, des paysages grandioses, une ambiance à la fois idyllique par moment, insupportablement oppressante à d’autres (je pense à la scène du chauffeur de taxi fétichiste). Les actrices capturent la lumière et mettent leur beauté au service d’une réalisatrice au sommet de son art. La maîtrise est aussi à son apogée dans les scènes d’amour : une sensualité tellement débordante qu’elle en devient désarmante, et des sentiments mis en exergue avec génie, au détour d’un grain de peau satiné, d’un regard échangé.

La frustration m’envahit car j’aimerais en dire tellement plus. Mais ce ne serait pas vous faire un cadeau que de vous dévoiler ce que pourtant vous mourez sans doute d’envie de savoir. Sachez pour calmer votre impatience que ce film sortira en salles en février, une information plus que réjouissante, délivrée en direct par la distributrice du film en France. De même, l’actrice principale, Sarah Kazemy, prévue à ce 23ème Cineffable mais finalement retenue  à un festival à Rome, a eu l’obligeance d’envoyer sa sœur et sa tante pour nous éclairer sur le film. Comment il a été accueilli par la Diaspora en Iran, le sujet tabou par excellence de l’homosexualité féminine, les conditions de tournage sous surveillance de l’armée, et les risques énormes encourus par le casting du film tout entier…

Autres points de divergence, d’ailleurs soulignés lors du débat qui a suivi la projection : la place de la femme dans la société musulmane, le film qui se veut neutre (mais qui est forcément quelque part aussi de parti pris), les actes impardonnables et inqualifiables, commis sous quelque motif que ce soit (le viol, la censure, la privation de liberté…).

En conclusion, dire que j’attendais Circumstance avec impatience est un doux euphémisme. Je l’attendais avec frénésie, mais aussi avec angoisse, redoutant d’être déçue par le film en lui-même, tant la bande annonce paraissait prometteuse. Il n’en fut rien, bien au contraire !

Si certaines spectatrices n’ont pas adhéré à la présentation qui est faite de l’Iran ou à la dualité du frère qu’on nous pousse presque par moment –comble cruel de l’ironie- à plaindre, cette œuvre a le mérite de mettre en lumière une réalité souvent méconnue de la vie quotidienne en Iran, et l’ampleur de la chape de plomb mise en place par les autorités gouvernementales et religieuses étroitement liées. Là-bas, censure, corruption, paradoxes et contradictions font bon ménage, dans un pays où certains sont prêts, comme partout dans le monde, à faire quelques “petits arrangements avec Dieu”, s’octroyant le droit de choisir à quelle règle ils souhaitent déroger alors qu’ils condamneraient dans l’instant tout écart venant de leur voisin (sans parler de leur sœur !). L’hypocrisie quotidienne dans toute sa splendeur…

Circumstance est une œuvre qui n’a pas forcément reçu un accueil unanime, mais qui a le mérite d’aborder des sujets qui seront malheureusement toujours d’actualité : l’hégémonie des hommes, l’objétisation de la femme, ce besoin de contrôler et d’asservir pour se sentir puissant.

Une œuvre bouleversante qui ne pourra vous laisser indifférent tant il est vrai que  l’Amour ne devrait jamais être victime des circonstances…

En Secret (Circumstance) : Critiques Presse et Récompenses

Prix du Public au Festival du Film de Sundance (2011).
Meilleur long-métrage de fiction 2011 à Cineffable, le Festival du Film Lesbien et Féministe de Paris.

En Secret (Circumstance) : Extraits

ATAFEH : Si tu pouvais choisir un endroit n’importe où dans le monde, tu irais où ?
SHIRIN : N’importe où dans le monde ?
ATAFEH : Oui.
SHIRIN : Un endroit où tu chanterais et où je serais ton agent.

MEHRAN (frère d’Atafeh) : Même à la Mosquée il y a des drogués.
UN RELIGIEUX : La Mosquée est ouverte à tous. Dieu est miséricordieux.

MEHRAN (en voiture, en famille) : Arrête-toi papa !
SON PÈRE : Pourquoi, tu es malade ?
MEHRAN : Non, c’est l’heure de la prière.
SON PÈRE : Tu plaisantes !?!
MEHRAN : Pas du tout.

ATAFEH (en voiture, en plein soleil) : J’ai le visage qui crame. On crève de chaud là-dedans !
SON PÈRE ; Moins qu’en Enfer…

OFFICIER DE LA POLICE DES MŒURS (À Shirin) : Avec les parents que tu as eus, tu as l’activisme dans le sang.

UN DE LEURS AMIS (alors qu’ils doublent un film porno) : Arrêtez, vous criez comme des bêtes. Les filles, ça crie pas comme ça. »

ATAFEH : C’est peut-être toi qui sais pas les faire crier…

A propos de Magali Pumpkin

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2 commentaires

  1. Avatar

    C’est l’un de mes films préférés. Je suis du même avis que toi fofolle j’aurai aimé en savoir plus sur la psychologie des personnages secondaires, Est-ce que la mère s’est doutée de quelque chose lors du match de volley ? Est-que c’est le document que le père écrit sur son bureau qui pousse celui-ci à se laisser emprisonné par le choix de son fils pour s’éviter la prison ?
    La fin aurait aussi mérité d’être plus longue, qu’on en sache plus sur l’état d’esprit de Shirin, sur le fait qu’ elle est comme morte de l’intérieur, que la peur est plus forte que son amour … Ça mériterai que ce film devienne un livre pour mieux appréhender la psychologie des personnages.
    Malgré une petite frustration, je trouve ce film touchant, très bien filmé, une belle alchimie entre les actrice …

  2. Avatar

    Dim 16 Déc 2012 20:30
    pour ma part, j’ai adoré mais j’étais bouleversée…. j’vous explique :mrgreen:

    bon, déjà pour commencer, je ne cataloguerai pas ce film tellement comme lgbt – mais plus une quête de liberté.

    ce qui m’a surtout “choquée” c’est la situation de la femme, des gens dans le pays…. A partir du moment où tu n’es pas en ligne, il y a la repression et ça c’est …. ça m’a laissé baba 😥 (la scène au poste de police, c’est juste horrible)
    où alors, leur pote Hosseïn est arrêté pour espionnage alors qu’il n’a rien fait de mal (pour nous)

    voilà, pour ce côté-là du film….

    sinon, pour leur histoire, moi j’y ai cru… I bought it

    j’ai aimé le jeu d’acteurs, l’histoire, la photographie
    vraiment un beau film…

    néanmoins, je suis arrivée à la fin et j’étais là 😯 “mais non ce n’est pas déjà fini??? j’en veux encore!”

    comme disait je ne sais plus qui plus haut, j’aurais aimé en savoir plus sur les personnages, notamment les secondaires…. on voit que le père est comme emprisonné par le choix de son fils

    et puis, après avoir vu le film, j’ai donc regardé les bonus du dvd (interviews) et c’est juste fou de se dire que les gens qui ont participé au film sont persona non grata en Iran 😯
    (ça me fait penser à Nadia El-Fani qui n’ose plus retourner en Tunisie à cause de ces documentaires)

    bref, si les films militants vous parlent (pour contraster avec une comédie “toute simple” comme imagine me and you), regardez ce film (et en VO c’est mieux) ❗

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