GZSZ : Interview de Linda Marlen Runge, l’interprète d’Anni Brehme

"Anni est le genre de personne qui déteste les cages"

Linda Marlen Runge

Interview accordée au magazine L-MAG pour le numéro de Novembre - Décembre.

Linda Marlen RungeLinda Marlen Runge

Dans le plus vieux soap allemand Jasmin Flemming tombe amoureuse d’Anni, le personnage de Linda Marlen Runge.

Et dans la vie réelle une fanbase féminine, qui ne cesse de croître, s’éprend de la lesbienne tatouée et brutalement honnête.
Voilà des raisons suffisantes pour rencontrer l’actrice et chanteuse de 28 ans.
Au bar Südblock à Berlin nous avons discuté avec l’actrice de Marburg à propos de sa routine quotidienne sur la série, de ses deux groupes de musique, et Linda nous a aussi confié ses souhaits pour l’avenir d’Anni.

Comment as-tu obtenu le rôle d’Anni ?

[rires] J’étais au Mexique, fauchée, quand j’ai rencontré un des scénaristes de GZSZ en ligne. C’était plus un délire (une blague), je lui ai demandé de me trouver un job en tant qu’extra dans la série pour quand je rentrerai en Allemagne. Par contre je n’ai plus eu de nouvelles de sa part à propos de ça. Peu après, je suis rentrée en Allemagne, enfin, et il m’a écrit, me disant que mon personnage était désormais prêt, et qu’il ne pouvait pas me promettre quoi que ce soit mais qu’il me souhaitait bonne chance pour l’audition. Avec une légère gueule de bois, je me suis rendue à Potsdam. Deux semaines plus tard le téléphone sonnait, et ils m’ont annoncé qu’ils me désiraient pour le rôle d’« Anni », dans la distribution principale. Incroyable !

Mais je suis sûre que le salaire régulier n’était pas l’unique raison pour laquelle tu as accepté le rôle ?

Non, j’ai vu qu’il s’agissait d’un rôle de personnage lesbien. Je savais que si j’arrivais à le jouer de la manière dont je l’imaginais, cela pourrait aider beaucoup de filles à s’accepter.

À ton avis, à quel point retrouve-t-on Linda à travers Anni, et vice versa ?

Beaucoup. Les traits de base pour le rôle, que nous recevons pour entrer dans le personnage, ne suffisent plus après les deux premières semaines. Et ensuite tu dois donner beaucoup de ta propre personne. Je suis presque plus souvent Anni que je ne suis Linda, parce que je passe ma journée au studio, à jouer ce personnage. Tu dois en fait même faire attention à ne pas trop mélanger les deux.

GZSZ est diffusé depuis vingt-deux ans. Comment c’était de rejoindre cette équipe expérimentée en tant que nouvelle actrice sur la série ?

Étrange. Ça fait seize ans que je me produis sur scène comme musicienne/chanteuse, et tout le monde pense que je suis tout sauf timide. Bien au contraire. Au début, je restais concentrée sur moi-même sur GZSZ et je ne faisais qu’observer. Après tout, c’était un univers différent. Mais cette équipe est tellement géniale que je me suis sentie l’une d’eux dès le premier mois.

Vous représentez un couple avec Janina Uhse alias Jasmin Flemming. Comment est l’alchimie entre vous deux ?

Initialement, Anni était supposée finir avec un autre personnage. Mais durant une scène d’audition, Janina et moi avons accroché immédiatement. Je suppose qu’ils ont aimé notre alchimie. À présent, nous sommes devenues une équipe bien réglée.

Plus de trois millions de personnes regardent GZSZ chaque jour. Ce qui signifie aussi que les acteurs sont très exposés au public. Comment réagis-tu à cela ?

J’ai une assez bonne vision « en tunnel » (recentrée). Je ne suis pas le genre de personne qui se délecte de la gloire, et je reste toujours moi-même, vraiment. Mais quand tu sors lors d’une soirée, et que tu ne regardes pas assez souvent autour de toi, des choses stupides peuvent parfois arriver.

Je prends ça comme une allusion au magazine people sur le net qui t’a filmée en train d’embrasser une de tes collègues avec une caméra cachée il y a quelques semaines ?

Parmi d’autres choses. Ce n’était pas un gros problème pour nous. Je n’ai honnêtement pas remarqué quelqu’un avec une caméra planant au-dessus de nous (rigolant). Et ensuite ils ont tenté de créer un scandale à partir de ça. Mais l’ironie c’est que les fans ont trouvé ça cool, de toute façon, et ont dit que nous devrions faire ce que nous voulons. Ça m’était égal, pour être honnête. Quand j’ai envie de faire quelque chose, je le fais.

Comment tes amis ont-ils réagi au fait que tu rejoignes GZSZ ?

J’étais dans ce milieu artistique, et je me disais toujours : je ne ferai jamais du mainstream (divertissement grand public) ! Mais GZSZ est une sorte de classique. Avec cette approche, j’ai essayé de « l’avouer » à mes amis. Assez curieusement, la plupart d’entre eux se sont démasqués tous seuls, en disant qu’ils aiment se relaxer le soir en regardant la série. (rires)

Regardais-tu GZSZ avant de rejoindre le feuilleton ?

Non, je voyageais beaucoup trop. Je regardais Marienhof quand j’étais enfant. De dix à quatorze ans j’étais fan de Billi. (rires) Je trouvais qu’elle était super cool. J’ai encore ces lunettes style « Linda Perry » !

Et maintenant tu es Anni. Ressens-tu une certaine responsabilité en jouant ce rôle ?

Certainement. J’ai souffert pendant des années parce que je n’étais pas comme les autres filles. Et puis j’ai verni mes ongles en bleu clair et mis des barrettes dans mes cheveux, jusqu’au jour où je me suis tenue devant le miroir et me suis mise à rire de moi-même. Et j’ai pensé : Merde, tu es comme tu es. Je peux apprécier de me retrouver seule (un moment de solitude), et les gens qui ne veulent rien avoir à faire avec moi… très bien, qu’ils restent à l’écart. J’aime Anni, parce qu’elle montre aux autres filles que c’est possible.

À quel point apportes-tu ta contribution, lorsque vous tournez des scènes, à propos des détails qui, selon toi, définissent Anni ?

Énormément. Quand je déclare de manière plausible qu’Anni ne se joindrait jamais aux autres dans leur enthousiasme tout mignon à propos du fait que Nele ait un nouveau petit-ami, un verre de prosecco à la main, mais qu’elle s’en tiendrait plutôt à elle-même, avec une bouteille de bière à la main, en faisant sèchement remarquer que ça ne va seulement durer que trois mois au maximum, de toute façon, ça je peux le faire.

Il y a beaucoup de battage médiatique autour d’Anni et Jasmin. Tu as des fans d’Asie jusqu’en Australie. Gardes-tu le contact avec tes admiratrices (fans féminines) ?

Au début je répondais toujours. Mais après deux mois j’ai dû désactiver l’option « message privé » sur Facebook, parce que ça devenait impossible à gérer. Mais quand quelqu’un se donne beaucoup de peine, je pense que ce serait mal si je ne disais pas au moins merci. Mais ça devrait rester dans certaines limites. Je ne veux pas que les filles fassent quelque chose qu’elles pourraient regretter par la suite une fois qu’elles n’auront plus le béguin pour moi.

Est-ce important pour toi que les lesbiennes acceptent Anni ?

Pour moi, la pire chose serait qu’elles disent à propos de l’histoire Anni & Jasmin : « C’est évident que c’est une hétéro qui tente de jouer une lesbienne. » Quand tu es actrice, tu dois être capable de rendre un personnage crédible. Et si tu ne peux pas faire ça, tu ne devrais pas accepter le rôle.

À quoi ressemble une de tes journées de travail ?

(soupirs) Si je n’ai pas de chance, ma journée démarre à 4 h 30. À 7 h je passe à l’étape coiffure-maquillage. Parfois nous tournons de nuit. Ce qui me dérange le plus c’est quand les gens rabaissent les acteurs de soaps. Souvent nous sommes plus professionnels que les autres. La partie la plus difficile est que nous ne tournons pas dans l’ordre chronologique. Dans une scène tu t’amuses et déconnes avec quelqu’un, et dans la suivante quelque chose de terrible est arrivé à ce personnage. Au début, j’avais l’ambition de puiser toutes les émotions à l’intérieur, à cent pour cent. Après quatre mois je me suis assise par terre dans mon appartement en pensant, je ne ressens plus rien désormais, parce que j’ai tout laissé sortir.

Qui t’aide à éviter l’épuisement professionnel ?

Nous avons des coachs, par exemple Uta Prelle-Köppe. Les gens la connaisse peut-être de son temps sur « Hinter Gittern »/ » Behind bars ». Elle a elle-même passé dix ans dans une série TV. Elle sait exactement comment c’est pour toi, et elle a tellement d’empathie qu’elle arrive toujours à nous remonter.

Un soap quotidien est un boulot à plein temps. Mais tu es aussi une musicienne passionnée. Comment fais-tu pour avoir le temps de tout faire ?

C’est compliqué. J’écris beaucoup, mais je ne peux rien faire avec. Je pars en vacances en Asie maintenant, et je me sens mal, parce que je devrais aller au Mexique rejoindre mon groupe. Mais j’ai travaillé sur la série tout le temps, et pendant mon break j’ai fait une tournée avec mon groupe. Je dois juste me reposer maintenant et recharger mes batteries.

Ton groupe vit au Mexique. Comment travaillez-vous sur votre musique quand tu es ici ?

Par internet. J’ai rencontré mon guitariste à Mexico à une soirée et nous avons discuté peut-être le temps de deux minutes. Après ça je suis rentrée à Berlin. Ensuite j’ai trouvé sa musique en ligne et j’ai pensé qu’il était génial. Il m’a envoyé une version instrumentale, j’ai ajouté le chant et je lui ai renvoyé. Après six mois nous avions terminé un album démo de cette façon. Et puis la question est devenue : que vais-je faire de plus avec ça ? Donc, quasiment du jour au lendemain, j’ai sous-loué ma chambre dans une collocation pour trois mois et je suis partie au Mexique. Trois mois sont devenus deux ans, parce que nous avons réussi à nous produire en tant que têtes d’affiche de festivals en six mois. Mes fans de GZSZ aiment Lejana aussi maintenant, mais malheureusement je n’ai pas de temps pour le groupe.

Ton second projet de groupe est Blood & Honey. Comment cela a-t-il commencé ?

Blood & Honey a commencé parce que Tim Williams, qui joue Kurt LeRoy dans GZSZ, nous a présentés. Tim et moi avons accroché tout de suite. Il m’a présenté à son pote irlandais, un guitariste génial, et seulement une semaine plus tard nous enregistrions notre première démo. Pour moi, la musique est en rapport avec la parenté spirituelle.

Désires-tu devenir une chanteuse à plein temps un jour ? Il est difficile de se créer un chemin dans l’industrie de la musique.

Si l’industrie de la musique ne veut pas de moi, je ne veux pas d’elle. Je ne suis pas seulement une chanteuse si j’ai du succès. Bien sûr, Anni joue de la musique dans la série aussi maintenant. Il y a déjà eu le single « Far Away » qui est paru, et il pourrait y en avoir d’autres dans le futur. Mais ici je peux dire au compositeur de la série ce que j’aimerais faire. Si je ne peux pas vivre de la musique après GZSZ, je retournerai travailler dans les soins gériatriques.

Quels sont tes vœux pour le futur d’Anni ?

J’aimerais qu’Anni apprenne à avoir un peu plus de sympathie. Tu peux être honnête d’une manière qui ne blesse pas les gens. Personnellement, j’aimerais qu’elle se marie, parce qu’elle a trouvé la bonne. L’idée me plaît, parce qu’Anni est le genre de personne qui déteste les cages.

 

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