Des lesbiennes dans l’armée

Le 18 décembre 2010, il y a donc près d’un mois, le Sénat américain mettait fin à la législation « Don’t Ask, don’t Tell ». Cette législation adoptée en 1993 sous la présidence démocrate de Bill Clinton devait permettre d’améliorer l’entrée et l’intégration des soldats homosexuel(le)s dans l’armée américaine mais en adoptant des règles assez hypocrites. Tandis que l’armée s’engageait à ne rien demander à ses recrues sur leur orientation sexuelle (Don’t Ask : c’est l’interdiction faite à l’armée d’enquêter et de se renseigner sur ce sujet), les recrues devaient consciencieusement rester « dans le placard » (Don’t tell : l’obligation implicite de rester discret sur sa vie privée). Ce temps est désormais fini, depuis décembre 2010 : hétérosexuels et homosexuels peuvent servir sans avoir d’obligation de faire le silence sur leur vie personnelle. La décision du Sénat met fin à une certaine hypocrisie, puisqu’entre 1993 et 2010, près de 14 000 soldats américains ont été contraints à la démission pour cette raison. Et encore, cette démission était-elle souvent ressentie comme une délivrance en même temps qu’une humiliation suprême après des semaines très pénibles de brimades. Ce fut le cas de l’engagée Bethany Smith : « Lesbienne, elle a été surprise un week-end par un autre militaire, main dans la main avec sa compagne dans les rayons d’un supermarché. La sanction est immédiate : à son retour à Fort Campbell (Kentucky), la base où elle est stationnée, son calvaire commence. « Les autres soldats cherchaient à me ridiculiser, confie-t-elle, puis ils ont commencé à me violenter physiquement. » La violence monte jusqu’au jour où, découvrant une menace de mort sur la porte de sa chambre, elle décide de déserter. Quelques années plus tôt, un soldat homosexuel avait été tué sur la même base de Fort Campbell. « J’étais terrifiée. Je ne savais pas sur qui compter. » Epaulée par une association d’aide aux déserteurs américains, elle trouve refuge au Canada en octobre 2007 » (source : France Soir).

La série The L-Word avait également montré toute l’iniquité et les dérives homophobes de ce système à travers le personnage de Tasha qui jouait le jeu du DADT, mais qui était dénoncée par un autre soldat, enclenchant de ce fait une enquête qui finissait par aboutir à sa radiation de l’armée en Cour martiale. Certes, pas aussi simplement, puisque, rappelons-le, Alice (la petite amie de Tasha), sommée de répondre à la barre, réussissait à « corrompre » l’avocate générale représentant l’Armée interprétée par l’actrice out Kelly McGillis en la menaçant de l’ « outer » à son tour si elle n’offrait pas une porte de « sortie » honorable à Tasha pour qu’elle reste dans l’armée (elle avait compris qu’elle était une lesbienne dans le placard).

Lesbiennes dans l'arméeLesbiennes dans l'armée

L’autre intérêt de ce personnage et de son traitement dans la série événement The L-Word était aussi de montrer le débat à l’intérieur de la communauté lesbienne sur l’utilité pour les lesbiennes d’intégrer l’armée. Alice est pacifiste et antimilitariste. Elle ne comprend pas l’engagement de Tasha. D’après le livre d’Elsa Dorlin sorti en 2008, Black Feminism, ce sont majoritairement des lesbiennes noires qui s’engagent dans l’armée aux États-Unis, souvent par nécessité économique, et ce sont les premières à avoir été victimes des mesures de discriminations contre l’orientation sexuelle.

Cette disposition législative et cette doctrine n’étaient donc pas vraiment une amélioration par rapport à la situation précédente qui permettait à l’armée américaine d’enquêter sur ses membres sur simple rumeur, même si elle montrait que la discrimination pour homosexualité gênait en haut lieu. Le film Serving in Silence (Les Galons du Silence en France), sorti en 1995 mais racontant une histoire précédant l’adoption de la législation DADT, rendait bien compte de l’état d’esprit d’alors et du climat dans les armées.

Lesbiennes dans l'armée

Il s’inspirait d’une histoire vraie : celle du colonel Margarethe Cammermeyer, une femme divorcée qui tombait tardivement amoureuse d’une femme. Des rumeurs provoquaient l’ouverture d’une enquête militaire en 1989, aboutissant à un procès en Cour martiale puis à une radiation de l’armée en 1992. Le colonel fut finalement réintégrée en 1994 et depuis 2010, elle fait même partie d’un comité devant faire rapport au Département de la Défense au sujet du sort des femmes dans la carrière militaire.

Lesbiennes dans l'armée

L’homosexualité masculine et à plus forte raison féminine dans l’armée est un sujet qui a rarement été traité frontalement avant les années 1990 aux États-Unis comme en Europe. Les films montrant des femmes en uniforme, au service de leur pays, et – tabou encore plus grand – arborant des armes, sont plutôt récents. Côté américain, on peut songer au film de Ridley Scott, GI Jane avec Demi Moore et qui date de 1997 (aucune allusion à une homosexualité du personnage, mais en revanche, sa masculinisation était clairement représentée).

Lesbiennes dans l'armée

Côté britannique, pensons à l’excellente série The Investigator qui fut diffusée sur les ondes anglaises en 1998 et qui racontait l’histoire de Caroline Meagher, entre 1977 et 1989, dans les rangs de la « Royal Military Police », recrutée dans le service spécial chargé d’enquêter sur toute femme soldat suspectée d’homosexualité. Jusqu’en 2000, être homosexuel dans l’armée de Sa Majesté était considéré comme un grave délit passible de la Cour martiale et de la radiation pure et simple de l’armée. Mais, depuis 1996, il existait des enquêtes parlementaires demandant la fin des discriminations envers les homosexuels dans l’armée et en 1995, un sondage avait révélé que 69% des femmes et 55% des hommes étaient désormais favorables à ce que des homosexuels déclarés et vivant une relation stable puissent être recrutés comme soldats au service de leur patrie. Toutefois, il a fallu attendre une décision de la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour que les lois discriminatoires en vigueur dans les armées des pays membres de l’Union européenne ne deviennent contraires au droit européen.

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