Si et Seulement Si : Interview de Belinda Bismuth

Si et Seulement Si : Interview de Belinda Bismuth

Interview réalisée par Isabelle B. Price le 11 Janvier 2010 pour le site Univers-L.com

Une passion peut-être, mais de celles qui durent alors, je dirais que c’est aussi devenu un besoin. La première fois que j’ai vraiment écrit pour le plaisir d’écrire, j’avais 15 ans, je crois que c’est un peu tardif d’ailleurs… Jusque là, je m’étais contentée de jouer avec les mots à des fins scolaires, dans mes rédactions comme on disait à l’époque, ou encore d’écrire des lettres à mes ami(e)s. L’histoire commence un mercredi en cours d’anglais, ma prof de l’époque nous avait demandé d’écrire un poème, simple exercice de grammaire en réalité. Mais, sans doute pour l’impressionner (sourire), j’y ai passé tout l’après-midi et ai donné naissance à mon tout premier poème, en vers et en anglais. J’ai adoré l’écrire, adoré le lire et j’ai été flattée par l’enthousiasme de ma prof préférée… C’est ainsi que le virus a pris possession de mon corps, ou de ma tête, ou des deux ; poèmes, nouvelles, textes courts, saynètes, je n’ai plus cessé.

Pourquoi avoir commencé par écrire une pièce de théâtre ? Pourquoi ce genre en particulier ?

En effet, ma première publication est une pièce, mais comme je vous le disais, je n’ai pas commencé par là. Cependant, il est vrai que j’aime particulièrement le Théâtre. J’ai eu la chance de suivre des cours pendant ma vieille adolescence, de jouer et quelques fois de mettre en scène, et je suis depuis cette époque fascinée par la vie qui se dégage des dialogues, des mots. J’aime les mots, et, au Théâtre, plus que dans tout autre genre littéraire sans doute, de par leur vocation à être joués, les mots donnent le ton.

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de Si et seulement si… ?

Rien. Ou tout. Je ne me suis pas vraiment donné le choix, je ne savais même pas, lorsque j’ai commencé à écrire « Si et Seulement Si… », que j’écrivais une pièce de théâtre. Au départ, il ne s’agissait que de quelques scènes de vie postées sur mon blog. Puis, je me suis rendue compte que les deux personnages étaient les mêmes le long des scènes, on me demandait la suite, alors je l’écrivais, puis encore et encore. Et un jour, l’histoire s’est terminée. La pièce était née.

Les personnages, ils ont un petit côté réel, vous vous êtes inspiré de votre vécu ?

Non, du tout, toute ressemblance avec un personnage ayant réellement existé serait totalement fortuite. Sourire. Plaisanterie mise à part et jusqu’à un certain point, c’est très inspiré de mon petit vécu, d’un côté de la scène comme de l’autre. D’ailleurs, je crois que dans ce schéma d’écriture, c’était inévitable.

L’absence d’indication sur les personnages, au début, était voulue. Vous n’avez pas eu peur que les lecteurs confondent Camille et Léa ?

À l’écriture des premières scènes, les personnages n’avaient même pas de noms, seuls des tirets indiquaient les changements de voix… C’est justement pour éviter une éventuelle confusion que leurs prénoms sont apparus. D’autant plus, que, bien qu’elles soient différentes, Camille prend de Léa et Léa de Camille au fil du temps, ajoutez à cela les silences, et la confusion potentielle serait devenue certaine.

Les caractères entre les deux héroïnes sont très différents, comment avez-vous travaillé pour les différencier autant ?

Je les ai modelées au fur et à mesure des échanges, avec toutefois un dessin assez précis de l’une et de l’autre, avec un peu de moi, et un peu de celles qui ont partagé ma vie dans chacune, ce qui a construit des personnages qui se sont distribués les rôles naturellement, comme une évidence. Ma schizophrénie latente m’a sûrement été d’un grand secours. Sourire.

Les réparties de Camille, sa manière de jouer avec les mots sont très bien trouvées. En plus elles tombent toujours aux moments dramatiques. C’était volontaire pour dédramatiser ?

De Léa vous vouliez dire, non ? Qui a parlé de confusion ? Sourire. Merci pour le compliment. Je ne saurai répondre à votre question telle qu’elle est posée. Dire que c’était volontaire reviendrait à dire que j’ai écrit la pièce selon un schéma précis, ce qui n’est pas vraiment le cas. Disons simplement que c’est sans doute ce qui se passe dans la vie lorsque la pression est trop forte et que l’on a un caractère joueur…

L’idée de construire l’histoire autour de deux femmes mais de laisser la possibilité de changer le sexe des protagonistes, vous l’avez toujours souhaité ?

Au départ, mes personnages sont des femmes, c’est clair. D’ailleurs, je me suis aperçue que je n’aurais pas pu écrire cette pièce dans le cadre d’un couple hétérosexuel, elle est bien trop proche de moi pour ça. Cependant, j’ai trouvé à la lecture complète du texte, que le fait que ce soit deux femmes n’était qu’anecdotique, que c’était juste une histoire d’Amour… Alors oui, toujours dans le souhait de laisser la plus grande liberté possible au lecteur ou au metteur en scène, les remplacer par deux hommes, ou un homme et une femme, pourquoi pas ?

J’ai trouvé assez génial le fait qu’il n’y ait pas moins lesbien que cette histoire. C’est plutôt universel avant tout, non ?

Voilà, c’est ce que je disais. C’est « juste » une histoire d’amour. Que ce soit lesbien relève de ma sensibilité. Génial ? Carrément ? Merci ! Sourire.

Et pourtant, en laissant les deux prénoms féminins, vous allez être classée dans les livres lesbiens…

Les étiquettes… ce fléau. Oui, ce sont deux femmes. J’ai envie de dire, et alors ? Cela permet à des femmes homosexuelles de lire ou de voir des histoires dans lesquelles elles peuvent mieux s’identifier, mais je ne vois pas ce que ça change au fait que ce soit du Théâtre. J’espère ne pas être classée sous l’étiquette « auteur lesbien », je ne pense pas que dire d’un livre qu’il est lesbien apporte une quelconque indication sur son genre ou alors, je propose de créer le genre « livres hétérosexuels »…

Vous avez songé à adapter vous-même la pièce de théâtre ? En court-métrage ? Sur scène ?

Juste songé. Mais c’est impossible pour moi aujourd’hui. D’autant plus que j’ai envie de la voir vivre dans d’autres yeux. D’ailleurs, si quelqu’un a envie de lui donner vie, je l’invite à me contacter !

Avez-vous rencontré des difficultés pour faire éditer Si et seulement si… ?

J’ai écrit la pièce fin 2007, elle a été éditée en 2009, presque deux ans jours pour jours après sa création. Donc j’ai eu quelques difficultés. J’ai parfois passé une première étape de sélection, mais pas la deuxième, parfois eu des réponses stylisées… Tiens, pour revenir sur votre question de tout à l’heure, je n’ai pas tenté d’éditions dites « lesbiennes », seulement par crainte d’être cataloguée justement, mais ça ne m’empêche pas d’avoir quelques unes de leurs parutions dans ma bibliothèque ! Au printemps dernier, j’ai contacté les Éditions de la Mouette, une petite maison d’édition qui monte, et j’ai trouvé preneur. Je les en remercie encore, « Si et Seulement Si » est leur première pièce de théâtre, il fallait un peu de cran.

Vous avez eu beaucoup de retour sur le livre ? Positifs ? Négatifs ?

Je m’inquiète de n’avoir que des retours positifs pour l’instant, je soupçonne les mécontents de jouer les hypocrites. Sourire.

Vous travaillez sur quoi en ce moment ?

Sur beaucoup de choses en même temps, j’attends un moment plus calme pour me fixer… Je suis en pleine création d’entreprise alors, mes mots se font rares, si on met de côté les correspondances administratives. Chaque chose en son temps, il paraît.

Comment se procurer Si et seulement si… (Toi & Moi)  ?

En le commandant chez votre libraire préféré ou sur le Net en ligne sur le site de l’Edition de la Mouette et plus particulièrement sur le lien direct suivant : http://editiondelamouette.com/SietSeulementSi.aspx

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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