Skin Deep : Interview de la scénariste et interprète de Caitlin, Monica Zanetti

Monica Zanetti - Skin Deep

Interview accordée à Daniel Costa le 22 janvier 2016 pour le site Afterellen.com

Il y a quelques mois nous avons écrit une critique qui encensait le film australien Skin Deep. Ce n’était donc pas étonnant qu’il se retrouve en tête de notre liste des films indépendants de l’année. Ce long-métrage parle de la naissance d’une amitié entre une lesbienne autodestructrice et une hétéro guindée à qui l’on a diagnostiqué un mélanome. Partout où le film a été diffusé, le public l’a adoré. Eh bien, maintenant, davantage de gens pourront le voir puisqu’il sera diffusé au cinéma le 24 janvier.

Nous avons discuté avec la scénariste et actrice du film, Monica Zanetti. Elle nous a, entre autres, parlé de son inspiration pour le film : sa propre lutte contre le mélanome. Elle nous a aussi expliqué pourquoi elle avait décidé de faire un film sur l’amitié et nous a parlé de ses futurs projets.

Attention : il y aura des spoilers.

Qu’est-ce qu’il se passe en Australie en ce moment ? Ces sept derniers mois, j’ai critiqué votre film, All About E et Zoe.Misplaced. En plus, Rosie Lourde, la productrice de Skin Deep, produit et joue dans la super webserie australienne Starting From… Now!. Il y a quelque chose dans l’air australien pour qu’il y ait autant de productions lesbiennes ?

Monica Zanetti : Oui, c’était une année super pour l’Australie. Pour les films indépendants, pour les femmes dans les films indépendants, pour les femmes homo dans les films indépendants. C’est assez incroyable. Surtout le festival de films Mardi Gras, dans lequel nous avons fait notre première l’année dernière. On était impressionnés qu’il y ait tous ces autres films lesbiens australiens. Pour être honnête, je ne sais pas d’où ça vient. Je suis surexcitée et ravie en tout cas. Je suis contente. Avec un peu de chance c’est un thème qui va devenir à la mode et on verra beaucoup plus de ces films.

Vous avez écrit Skin Deep. Comment vous en êtes venue à le réaliser ?

Une fois l’écriture du scénario finie, j’ai d’abord montré le texte à Rosie, et nous savions toutes les deux que c’était quelque chose de spécial. Nous savions que c’était à notre portée, niveau financier je veux dire, que nous pourrions le faire. Et comme aucune de nous n’avait jamais réalisé de film auparavant, nous ne nous sommes pas dit que nous n’y arriverions pas. Je crois que, si à l’époque j’avais su ce que je sais maintenant, si j’avais eu conscience de la montagne de travail qui nous attendait, ça aurait été plus dur de faire en sorte qu’il se réalise.

C’est aussi un drame puissant. Quelle a été votre inspiration ?

J’avais créé les personnages de Caitlin et Leah depuis longtemps. Je les avais en tête probablement avant d’avoir écrit quoi que ce soit. Le personnage de Leah m’est venu de ma propre expérience du mélanome. Je fais partie des gens qui ont eu la chance de s’en sortir. Je ne sais pas ce que vous connaissez sur le mélanome, mais c’est assez tranché dans la gravité. Bien sûr, il y a eu des progrès de faits sur les traitements ces dernières années, mais de mon temps, quand tu l’attrapais, c’était soi tu t’en sortais très bien, soit tu mourrais. Il n’y avait pas de milieu. Et je me souviens de cet instant, chez le médecin, réaliser que j’avais un mélanome et ressentir cette peur réelle et viscérale.

Alors que Caitlin, elle, est inspirée de quelques personnes que je connais. Elle est une espèce d’hybride de ces merveilleuses personnes, ces personnes qui ne sont pas forcément dans la bonne direction dans la vie, mais qui ont tellement d’énergie et de compassion. C’est de là que ça vient.

Vous reconnaissez-vous en Caitlin, ou bien ne vous reconnaissez-vous qu’en Leah, que vous n’interprétez pas mais qui est inspirée de bien des façons par ce qui vous est arrivé dans la vie ?

Les deux. Rosie aime dire qu’elles sont toutes les deux une facette de ma personnalité. Je suppose que d’une certaine manière, c’est vrai. Caitlin est plus… elle a des problèmes avec sa famille, avec son identité, et elle se fait du mal, ce genre de choses. Tout ces côtés sont fictifs, ce n’est pas moi. Mais il y a des choses chez elle dans lesquelles je me retrouve. Elle porte sa peine de cœur sur elle, et je suis comme ça aussi quand j’ai le cœur brisé. J’aime que tout le monde le sache. Je suis également proche d’elle au niveau de son amour de la musique et de ce genre de choses. Il y a vraiment des choses chez Caitlin que je retrouve chez moi, mais elle est aussi beaucoup plus libre d’esprit que moi et elle prend définitivement plus de risques que moi.

De ce que j’ai lu, Jonnie Leahy a dit qu’il était « réticent à appeler Skin Deep un film lesbien ». Êtes-vous d’accord ?

La sexualité est un thème tellement secondaire dans ce film qu’on dirait presque que… Je crois qu’avant de commencer la tournée des festivals, je ne pensais pas que la communauté LGBT l’étiquetterait nécessairement, elle aussi, comme un film lesbien. Je crois que je ne voulais pas présenter ce film à cette communauté en lui disant « voilà, c’est un film LGBT » et qu’elle soit déçue après l’avoir vu. Mais, je crois qu’après l’accueil qu’il a reçu et sa si belle acceptation par les festivals et cette communauté, ça ne me pose absolument aucun problème de l’étiqueter comme un film lesbien à partir du moment où les gens sont au courant — et je crois que vous en avez parlé dans votre critique — qu’il n’y a pas de scène de sexe. Ce n’est pas ce genre d’histoires.

Nope.

Nope ! Et, en fait, je crois qu’il faut s’interroger sur la définition d’un film lesbien. Est-ce qu’on dit qu’il est lesbien parce que la réalisatrice est lesbienne ? Est-ce qu’alors ça en fait un film LGBT ? Ou bien est-ce le fait que l’un des personnages principaux soit lesbien ?

Restons dans ce thème. En ne considérant que l’alchimie entre les héroïnes et les circonstances, l’histoire de Caitlin et Leah aurait facilement pu être romantique. Mais, au lieu de ça, on voit une magnifique amitié se développer entre ces deux femmes. Pourquoi ce choix ?

J’aime me dire que ce scénario représente une progression très naturelle des choses. J’aime me dire que vous pouvez être surpris par ce que font les personnages. Je savais juste qu’à la fin — et sans vraiment spoiler — cette relation serait très particulière. Et puis nous les avons laissé évoluer assez librement, mais dans un laps de temps de douze heures, ça ne paraissait pas naturel et réel qu’elles finissent ensemble, c’était trop court. Je crois, cependant, qu’elles se lient réellement l’une à l’autre et que l’alchimie est là. Je pense que c’est au public d’en retirer ce qu’il veut.

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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