The Kids Are All Right : Interview de l’actrice Julianne Moore

The Kids Are All Right : Interview de l'actrice Julianne Moore

Interview accordée à Lesley Goldberg le 21 juin 2010 pour le site AfterEllen.com

Julianne Moore est devenue une vraie icône lesbienne.  Elle en a incarné une dans The Hours et Les Vies Privées de Pippa Lee, ainsi que la femme d’un homosexuel dans le placard dans Loin du Paradis. Et cette année, elle se paie les charmes d’Amanda Seyfried dans Chloe et partage la vedette avec Annette Bening en famille homoparentale dans The Kids Are All Right, le film de l’auteure et réalisatrice out Lisa Cholodenko.

AfterEllen.com s’est rapproché de Julianne Moore lors de la conférence de presse de sortie du film pour parler des familles de toutes sortes, de comment était Annette Bening comparée à ses autres partenaires amoureux à l’écran et comment Kids est un film politique, du fait même qu’il ne soit pas politique.

Cette année, vous avez tourné dans Chloe avec Amanda Seyfried et maintenant Kids. Qu’est-ce qui vous attire dans ce genre de rôles ?

C’est intéressant – ces deux rôles parlent de femmes dans la fleur de l’âge, ce qui est exactement mon cas. Je pense que ce n’est pas pour rien si je suis attirée par ce genre de trucs. [Ces deux films] traitent aussi de relations à long terme. Ces deux femmes se disent : « Attendez une minute, où est-ce que j’en suis ? J’ai vécu X années avec cette personne… »

Dans Chloe, elle a le sentiment que son mari la trompe et qu’elle est en train de disparaître, et elle est face à tous ces doutes et elle met sur pieds toute cette histoire. Et dans celui-ci, vous voyez ces personnes qui sont ensemble depuis 20 ans et soudain, cette tension apparaît parce que l’une d’elles ne sait plus qui elle est. C’est intéressant de voir qu’ils traitent du même sujet. Je trouve cette exploration des relations de couple et des périodes de vie très intéressante.

Vous teniez à ce projet depuis longtemps. Qu’est-ce qui vous a autant poussée à travailler avec Lisa ?

J’ai tellement aimé ses films. J’adore Laurel Canyon et High Art – en réalité, je l’ai approchée lors d’un repas dans un festival de films féminins et je lui ai demandé pourquoi je n’avais pas eu vent du script de High Art. [Rires] Et elle m’a dit : « Je crois que vous travailliez sur autre chose. » Et j’ai répondu : « Non, je ne pense pas ! Je ne l’ai même jamais lu ! » Je lui ai dit que j’aimerais vraiment beaucoup travailler avec elle, nous nous sommes confié notre admiration mutuelle et elle m’a envoyé ça.

Ses films sont tellement tournés vers les relations humaines. Elle ne fait pas des films d’action ; il est seulement question de comment les personnes tissent des liens, comment elles communiquent, ce qu’elles essaient de tirer les unes des autres et comment elles s’aiment. C’est le genre de films qui me parle le plus parce que ça traite du comportement humain.

En lisant le script, qu’est-ce qui vous a frappée ?

Le truc avec la famille, c’est qu’elle vous accompagne du début à la fin, et elle traverse avec vous les moments difficiles. Mia (Wasikowska, qui joue Joni, la fille de Julianne Moore) disait dans une interview que ce sont les seules personnes qui traversent votre vie de bout en bout à vos côtés ; elles sont témoins de tout. Ça a quelque chose d’incroyablement intime.

Ce qui est vraiment intéressant avec ce film, c’est que ça souligne combien c’est important la famille. Ce qu’est une relation à long-terme. Ce que ça signifie de rester avec quelqu’un ; de pardonner aux gens leurs erreurs ; de punir certains membres de votre famille ; de les guider et les aider à grandir et à partir après que vous vous soyez tant attachés – toutes ces choses. Ce film est une exploration très intéressante de tout ça.

Le personnage de Jules vous a-t-il plu d’entrée de jeu ? Ou avez-vous envisagé de jouer Nic ?

J’ai tout de suite aimé Jules. C’est Jules qui m’a parlé. J’aimais sa façon d’être en quête de quelque chose, sa façon d’être en porte-à-faux. J’ai vraiment été réceptive à ça.

Elle est très enjouée.

Ouais, c’est vrai. Et elle est aussi très émotive. Elle ressent d’abord, et elle analyse ensuite. Son don, c’est sa capacité à se lier avec les gens. Quelqu’un m’a dit : « Tu as un bon feeling avec tout le monde. » Et j’ai répondu : « C’est un peu comme ça qu’est Jules. » C’est le genre de personnes dont les gens disent : « Hey, je l’aime vraiment bien. » Elle est très avenante. C’était un truc sympa à jouer.

Comment classeriez-vous Annette Bening comparé à tous les partenaires amoureux que vous avez eus à l’écran ? Vous en avez eu tellement !

Je sais ! J’en ai eu des tas ! [Rires] Je suis en train de tourner un film de Steve Carell en ce moment, et je me suis adressée à l’auteur en lui disant : « Je crois que c’est le premier film dans lequel je n’embrasse personne ! » Et il m’a répondu : « Si, vous embrassez Kevin Bacon ! » J’avais oublié que je devais l’embrasser. J’ai embrassé tellement d’acteurs ! Et d’actrices ! Les acteurs et les actrices excellent dans l’art d’embrasser. C’est notre secret – nous sommes tous très bons dans ce domaine.

Certaines scènes de sexe ont dû être coupées pour que le film soit classé tout public. Cela vous a-t-il surprise ?

Qui sait sur quoi se basent ces personnes, je n’en sais vraiment rien. Ça paraît fou. J’ai moins de problème avec ce genre de choses qu’avec des trucs qui explosent. Le sexe, c’est normal, tout le monde le fait. Alors que la majorité d’entre nous ne pose pas de bombes. [Rires]

Montrer votre corps à l’écran ne vous pose pas de problèmes. Il y est exposé de façon très honnête.

Merci, mais ça pose problème à tout le monde de montrer son corps. On ne montre pas grand-chose dans Kids – on ne voit pas de parties du corps. Le truc dans Chloe – ça, c’était plus dur ! Surtout avec une fille de 24 ans sur moi. [Rires]

C’était beaucoup plus facile dans Kids parce qu’on était plus couvertes et c’était plus léger – on chahutait ou des trucs du genre. Ce n’est jamais facile à faire ; vous essayez toujours de donner une expérience authentique dans les films, et là, c’était sensé être drôle.

Êtes-vous nerveuse avant de tourner une scène de sexe ?

Tout le monde est nerveux avant ce genre de trucs, ouais. Mais ça fait partie de notre métier et vous réussissez à le faire.

Vous êtes une alliée de longue date de la communauté LGBT. Que pensez-vous de ce film sur le plan militant ?

Je l’ai dit maintes fois, mais les films n’influencent pas tant la culture qu’ils la reflètent. Je pense que la raison pour laquelle nous pouvons avoir un film comme celui-ci c’est parce que c’est le genre de familles que l’on voit actuellement ; ce n’est pas choquant. Ceci dit, il y avait un article en première page du New York Times à propos de la politique Don’t Ask, Don’t Tell et ils disaient qu’abroger cette loi est un énorme, énorme pas en avant, parce que ce qui change les mentalités, c’est la proximité. Que si votre voisin est gay, si la personne avec vous dans votre unité est gay et que soudain vous réalisez : « Oh, mon Dieu, ils étaient là depuis le début et je n’avais aucune idée qu’ils étaient gay. En fait, ils sont comme moi ! »

C’est ce qui provoque le changement, c’est ce qui fait que les gens pensent, ce n’est pas étranger, ce n’est pas différent. Ceci étant dit, le fait que le film présente tout de cette façon aide beaucoup au final. Mais c’est aussi générationnel. Mes enfants grandissent dans un monde où certains ont deux mamans ou deux papas, ou deux mamans ou deux papas qui se sont séparés et ont retrouvé quelqu’un d’autre, exactement comme de nombreux couples hétérosexuels. Ils vivent dans un monde où tout ceci est une réalité. Ce n’est pas différent.

J’ai lu un script il y a 15 ans, sur une flic lesbienne qui était dans le placard. J’ai demandé à le relire – c’est avec Christine Vachon – et je lui ai dit : « Pourquoi vous ne me l’enverriez pas à nouveau et on y jetterait un œil. » Je l’ai lu, et lui ai écrit par mail que c’était vraiment dépassé. Je ne pense pas qu’on puisse le faire. On devrait littéralement en faire un film d’Histoire. Et c’est génial !

Il n’est jamais fait mention que les enfants rencontrent des problèmes à l’école – c’est agréable comme le fait d’avoir deux parents homosexuels n’est pas du tout traité comme une problématique.

Il y avait aussi un article portant sur une étude menée par l’American Medical Association sur les 24 dernières années et maintenant que les enfants sont devenus grands, ils peuvent s’entretenir avec eux et ils ont constaté qu’ils étaient très bien intégrés socialement, qu’ils avaient bien réussi sur le plan scolaire, etc. Ils sont aimés, soutenus, choyés et sont intelligents. Des enfants très bien éduqués, sans aucun problème. Ce n’est pas un souci, ce qui est formidable.

Avez-vous le sentiment d’avoir pris certaines des manies de Lisa ?

Complètement ! Vous avez entendu ma voix ? J’imitais Lisa ! Lisa disait : « J’adore ça ! Tu fais cette espèce de truc de surfeuse lesbienne. » Et je répondais : « Sérieux, Lisa ! » [Rires] C’était vraiment drôle.

Est-ce quelque chose que vous avez fait inconsciemment ?

C’était conscient ! Bien sûr ! [Rires] C’était complètement volontaire. J’aime sa voix, j’adhère vraiment ! C’était par choix.

Traduction Magali Pumpkin

Interview Originale sur le Site Afterellen.com

Julianne Moore

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