To Each Her Own : Interview de la scénariste et réalistrice Heather Tobin

Heather Tobin

Interview accordée au site Cherygrrl.com

To Each Her Own est une histoire qui traite du passage à l’âge adulte vers vingt ans en la personne de Jessica Sutterland (Hannah Hogan), une jeune femme mariée dans le placard. Sa vie est bouleversée après avoir fait la rencontre de Casey (Tracy Rae) une jeune femme ouvertement gay. Écrit, dirigé et produit par Heather Tobin, le film explore les sentiments et les émotions que les gens ressentent lors du coming-out et Tobin espère que – avec son travail – davantage de personnes comprendront combien la lutte contre l’homophobie intériorisée et extériorisée peut vraiment être dure. Ici, Cherry Grrl en apprend un peu plus sur To Each Her Own, qui trace actuellement sa route dans le circuit des festivals de films, avec la talentueuse réalisatrice indépendante qui nous a apporté cette histoire à la vie.

Beaucoup de femmes peuvent s’identifier à l’histoire de To Each Her Own  : quelqu’un de nouveau et d’inattendu entre dans notre vie et change tout. Comment avez-vous eu l’idée de ce scénario et quels étaient vos objectifs en racontant ce type de coming-out ?

Casey était clairement inattendue pour Jess, elle a complètement bouleversé son monde, ce qui effraierait n’importe qui. Mais au fur et à mesure que le temps passe, elle réalise qu’elle a peur parce que ça lui fait du bien. Je pense que tout le monde s’est déjà retrouvé dans cette situation un jour ; lorsque quelque chose est trop beau pour être vrai, vous prenez peur et vous le rejetez. Vous avez peur que tout cela ne cesse et inconsciemment c’est plus facile à gérer si vous êtes la cause du départ de la personne. Casey n’est pas seulement nouvelle et excitante, elle est également la première femme de Jess et a la réputation d’être une coureuse de jupons. Les gens tendent à aimer la régularité et la stabilité ; Jess n’a jamais connu que Trevor et bien qu’elle ne soit pas amoureuse de lui, elle l’aime beaucoup, il est son meilleur ami depuis de nombreuses années. Blesser quelqu’un que vous aimez est toujours difficile, même quand c’est la meilleure chose à faire pour tout le monde. Cela fait partie des thèmes abordés dans le film. Quand j’ai écrit le film je n’avais jamais été amoureuse et la plupart des choses écrites étaient fictives. Depuis je suis tombée amoureuse trois fois et j’ai eu l’occasion de me mettre à la place de Casey (enfin à peu près). C’est marrant parce que tout était fictif et c’est devenu réalité. En 2003, lorsque j’ai été diplômée de l’école de cinéma, j’ai fait un documentaire sur la légalisation du mariage homosexuel au Canada, I Do ? (un documentaire traitant du mariage homosexuel). C’est en réalisant ce documentaire que j’ai eu l’occasion d’interviewer plus de 70 personnes homosexuelles et de découvrir leurs histoires. Au moment de l’écriture de To Each Her Own je me suis beaucoup inspirée de ces histoires pour créer les personnages du film. Réaliser le documentaire et rencontrer autant de personnes homosexuelles fantastiques m’ont vraiment aidée à définir ma propre sexualité. Je suis partie d’une soi-disant bisexuelle à une lesbienne très fière. Une transition mentale que beaucoup d’entre-nous devons traverser, le déni est généralement l’un des plus gros problèmes du coming-out.

Pourquoi avez-vous décrit les personnages de Jessica et Trevor comme couple marié au lieu d’un couple simplement engagé ? Saviez-vous que le public jugerait encore plus durement les actions de Jessica à cause de ça ?

Ça ne m’a jamais traversé l’esprit que les gens jugent ses actions plus durement à cause du fait que Jessica soit mariée ; je voulais juste mettre l’accent sur son niveau d’engagement envers la personne qu’elle croyait être celle avec qui elle passerait le reste de sa vie. Pour moi, les gens ne devraient pas tromper ceux avec qui ils sont engagés et le mariage ne rend pas ça pire qu’un engagement officieux. Je ne me suis jamais inquiétée du fait que le public voit mal Jess. Je voulais que l’histoire soit vraie et dans la vraie vie, même les meilleures personnes gèrent mal certaines situations et ce n’est pas toujours le reflet de qui ils sont vraiment. Il y a beaucoup de facteurs à considérer et, avec un peu de chance, la confusion de Jess aidera le public à se sentir mal pour elle et à ne pas la juger trop durement mais s’ils le font, c’est bon aussi. Les films doivent provoquer de vraies émotions pour les gens et refléter qui ils sont. Tout le monde a un avis différent sur les problèmes moraux, que ce soit l’éducation ou l’expérience qui ait forgé ce point de vue.

Malgré le fait d’avoir eu des sentiments pour une femme précédemment dans sa vie, Jessica a décidé de se marier à un homme. Pourquoi a-t-elle choisi de suivre ce chemin ? De quoi avait-elle peur ?

Eh bien j’aimerais laisser la réponse aux spectateurs, pour qu’ils se forgent leur propre opinion. Si le film est aussi fort que ce que je pense qu’il est le public saura ce à quoi Jessica pensait en le regardant. Pour moi, c’est simplement qu’elle aimait Trevor en tant qu’ami et qu’elle n’a jamais vraiment réfléchi au fait qu’il pouvait y avoir plus que ce sentiment dans la vie. Elle n’avait jamais rencontré une autre personne homosexuelle dans sa petite ville et être avec Trevor c’était « simplement comme ça ». Je pense que beaucoup de lesbiennes âgées peuvent s’identifier à cela. Se marier à un homme c’était juste ce qu’il fallait faire. Avec un peu de chance, c’est le genre de pensées que mon film changera.

Qu’est-ce que Jessica a trouvé avec Casey et qu’elle n’avait pas avec Trevor ?

C’EST LA QUESTION À MILLE FRANCS et on ne peut pas y répondre avec des mots. Lorsque vous êtes gay, que vous n’êtes sortie qu’avec des hommes et que vous rencontrez une femme pour la première fois, le monde prend finalement un sens. C’est quelque chose que je souhaite à toute personne homosexuelle. Faire son coming-out est le meilleur sentiment du monde et je ne pourrais jamais le décrire avec des mots. Je ne suis certainement pas assez poète pour ça [rires].

Que recherchiez-vous pour vos personnages principaux et en quoi Hannah Hogan (Jessica) et Tracy Rae (Casey) ont répondu à vos attentes ?

En tant que réelle réalisatrice indépendante j’ai tourné To Each Her Own avec 10 000$ en plus de mon matériel de film à 30 000$ que je m’étais précédemment acheté en travaillant dur à l’usine. Je savais que je n’avais pas assez de fonds pour faire un film à succès grâce à des acteurs connus, des effets spéciaux ou d’autres trucs classes. Je n’avais même pas les fonds pour payer mes acteurs. Donc je savais qu’il était nécessaire que j’ai de bons personnages et le seul moyen pour que le film soit bien était que mes acteurs soient géniaux. J’ai ouvert un casting à Toronto et j’ai vu plus de 200 personnes. Les treize acteurs du film étaient magnifiques et j’ai eu de la chance pour le talent de mes personnages principaux. Trae Rae (Casey) était encore au lycée en ce temps là et avait, de manière innée, davantage de talent de comédie que la plupart des gens n’en ont en plusieurs années d’expérience. Hannah Hogan (Jess) était en vacances d’été entre sa première et deuxième année à l’école de comédie de Humber College et était la première de sa classe. Shaughnessy Redden (Trevor) avait déjà participé à beaucoup de films indépendants. Ces trois-là m’ont époustouflée tous les jours de tournage et je dois entièrement le succès de mon film aux supers talents des rôles principaux.

À votre avis, qu’est-ce qui différencie votre film des autres films qui parlent d’une femme quittant un homme pour vivre sa vie avec une autre femme ? De quelle façon le spectateur pourrait être surpris par cette histoire ?

Je crois que beaucoup d’autres films avec cette histoire n’explorent pas en profondeur ce que ressentent les personnages. La plupart du temps ce sont des comédies romantiques alors qu’ici, au fond ce film est un vrai drame. Les émotions sur le visage de Jess permettent au public d’accéder directement à son âme et de la comprendre. Dans ce film, la coureuse de jupons (Casey) apprend à aimer et vous ne pouvez pas vous empêcher d’aimer le loyal Trevor. Il aime Jess et veut vraiment son bonheur, ce qui est une qualité rare chez n’importe qui. Certaines personnes trouvent difficile de s’identifier à lui parce qu’il est très compréhensif, mais c’est marrant parce que Trevor est le personnage auquel je m’identifie le plus. Souvent dans ma vie, je me suis éloignée d’une fille que j’aimais parce que je savais qu’il y avait quelqu’un de mieux pour elle. L’altruisme est une qualité rare et peu de personnes savent en faire preuve de bon cœur et c’est pourquoi mon public trouve Trevor un peu trop gentil. Mais c’est une exception et il est exceptionnel de rencontrer quelqu’un comme ça. À mon avis, Trevor savait au fond de lui que sa femme était gay durant tout ce temps et il attendait qu’elle ait le déclic. Il profitait donc au jour le jour de sa relation, parce qu’en fin de compte la vie est une suite de moments et il faut les apprécier. Les personnes gentilles tendent à arriver dernières. J’adore le personnage de Trevor pour ça. C’était important pour moi de ne pas le montrer comme quelqu’un de méchant. Trop souvent les hommes sont mal perçus dans les films lesbiens.

Le film a été diffusé dans divers festivals. Quelles ont été les réactions du public pour l’instant ?

En général le film a eu d’excellentes critiques. C’est vraiment génial de voir combien les réactions des gens à travers le monde peuvent être différentes vis-à-vis d’une même chose.

Qu’est-ce qui a été le plus gratifiant pour vous avec de la réalisation de ce film ?

Les courriers de fans. Des filles de 15, 16, 17 ans m’écrivent et me posent des questions sur le coming-out. Savoir que des personnes regardent mon film et agissent sur ces sentiments qu’ils ont réprimés. Ou simplement changer un peu l’opinion de quelqu’un qui avait un avis vraiment négatif sur les personnes homosexuelles. Le plus tôt les homophobes réaliseront que nous sommes comme tout le monde, le plus tôt nous pourrons vivre correctement ensemble. Et la seule façon d’améliorer cela est de voir davantage de personnes homosexuelles. Quand le fait d’être gay deviendra partie intégrante de la société, les regards de travers stopperont. Les gens apprennent à travers les puissants outils que sont les médias, et davantage de films homosexuels doivent être réalisés afin d’arrêter cette homophobie extériorisée et intériorisée.

Quels sont vos futurs objectifs pour ce projet ?

Eh bien en ce moment c’est un tirage à pile ou face entre signer avec différents distributeurs ou faire une distribution indépendante. Dans tous les cas, les festivals de films continuent jusqu’en septembre et après cela le film sera à vendre sur le site.

Y a-t-il un autre film sur lequel vous travaillez actuellement qui traiterait de la communauté lesbienne ?

Pour l’instant, mis à part ce film de science-fiction vraiment cool que j’ai écrit il y a un petit moment et qui s’appelle Innate Responses, je ne compte pas m’éloigner du thème de l’homosexualité. Il n’y en a simplement pas assez. En ce moment je suis en train d’économiser de l’argent pour tourner un film lesbien à Vancouver en septembre. Il faut vraiment que je commence à rechercher des fonds parce que tourner des films avec le salaire minimum n’est pas drôle [rires]. Donc les fans peuvent restez à l’affût pour cela. Il n’a pas encore de titre mais c’est quelque chose sur lequel il faut garder un œil.

Interview Originale sur le site Cherrygrrl.com

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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