Around the Block : Interview de la réalisatrice et scénariste Sarah Spillane

Sarah Spillane - Around the Block

Interview accordée à Trish Bendix le 1er août 2014 pour le site Afterellen.com

Ce soir, le nouveau drame de la réalisatrice australienne gay et out, Sarah Spillane, fait sa première à Los Angeles. Dans ce film australien, Christina Ricci interprète une enseignante américaine ayant emménagé avec son petit-ami à Redfern, un quartier pauvre de Sydney en grande majorité aborigène. Le personnage de Ricci, Dino, tourne ses étudiants vers la production de la pièce de théâtre Hamlet, espérant les motiver et les éloigner du monde criminel, pauvre et raciste dans lequel ils vivent. Entre-temps elle se rend compte qu’elle-même vit dans le mensonge et part fréquemment espionner son ex-petite amie, Kate (Andrea Demetriades), par la fenêtre du restaurant dans lequel celle-ci travaille. Ruby Rose fait une apparition dans le film en tant que patronne d’un bar lesbien dans lequel Dino se rend. Leur scène d’amour de plusieurs minutes est d’ailleurs le seul contenu sexuel d’Around the Block.

Nous avons parlé avec Sarah de la réalisation de cette scène, de son inspiration pour ce film et de ce qu’elle a pensé de La Vie d’Adèle.

Vous avez écrit le scénario d’Around the Block. Pouvez-vous nous parler de votre inspiration pour l’histoire ?

Je suis une très grande lectrice de philosophie. J’ai écrit le scénario il y a des années et j’étais très intéressée par le concept d’existentialisme ou de liberté existentielle. En gros, on s’interroge : sommes-nous, en tant qu’individus, avons-nous la faculté d’être libres, de réellement faire les choix qui détermineront notre vie, en dépit de notre passé, notre religion, notre sexualité et de toutes les choses qui semblent nous définir ?

Vous voyez, l’idée m’est aussi venue parce que je vivais à Redfern à l’époque – c’est là que le film se passe – et que j’étais entourée par la communauté aborigène, qui est une communauté assez désavantagée économiquement et socialement parlant. Mes amis et les gens avec qui je vivais dans ce quartier étaient encore plus loin de ce concept de liberté individuelle que ce que j’imaginais. C’est donc devenu une toile de fond parfaite pour examiner ce problème.

Et puis, évidemment, il y a une espèce de relation entre le personnage qu’interprète Christina Ricci et moi-même. Il se trouve que j’ai enseigné à Redfern donc j’ai vraiment pu faire le parallèle entre son histoire et la mienne et comprendre les questions sociales qui l’empêchaient d’être libre. Du coup, le film est devenu une espèce d’examen de la vérité, de ce que l’on attend d’elle et de la façon dont elle se libère de ces attentes.

Il devient évident que Dino, bien qu’étant avec un homme, est amoureuse d’une femme et semble, sexuellement parlant, plus intéressée par les femmes. Que pouvez-vous nous dire là-dessus ?

Encore une fois, Dino subit ses propres changements existentiels et cela lui permet de trouver un moyen d’être honnête envers elle-même et envers ce qu’elle est. Ce que suggère le passé de Dino c’est que cette femme, Kate, est son véritable amour et qu’elle est complètement et éperdument amoureuse de cette femme. Mais à un moment donné, elle a choisi de mettre fin à cette relation et de suivre une vie conventionnelle : se marier à un blanc de classe moyenne ; ils parlent même d’acheter une maison, ils parlent d’aboutissement. Elle a un mode de vie très conventionnel. Elle arrive à un point où elle s’inspire de ce qu’elle enseigne à ces jeunes, elle en arrive au point de dire « Vous savez quoi ? Je suis hypocrite. Il faut que j’accepte qui je suis, et cela signifie aussi être honnête envers la personne que j’aime », qui est une femme, Kate.

Comment en êtes-vous venue à choisir Christina Ricci ?

Lorsque j’ai écrit le scénario je savais que je voulais une étrangère dans le rôle principal. Quand je dis « étrangère », je veux dire non-australienne. Il était très important que ce personnage puisse aborder l’histoire et cette communauté sans passif, qu’il puisse avoir une espèce de regard nouveau et presque une espèce d’idéalisation. J’ai alors tout de suite commencé à envisager des actrices américaines, et Christina est une actrice que j’admire énormément. Elle s’investit réellement dans ses rôles et ils sont tous toujours intéressants et différents les uns des autres. Chaque rôle qu’elle joue est différent du précédent. En plus, elle a un petit quelque chose qui permet de faire croire qu’elle ait pu vivre à Redfern. Il y a d’autres actrices que j’admire, mais je n’arrivais pas à les visualiser dans une école d’un quartier pauvre de Sydney. Christina était juste parfaite en ce sens et j’étais aux anges quand elle a accepté. Je travaillais ici, sur un autre projet. Je ne suis pas installée à Los Angeles mais j’y vis depuis les cinq dernières années.

Nous nous sommes posées et avons parlé. Elle avait quelques questions. Nous voulions toutes deux être sûres que l’on était sur la même longueur d’onde, que l’on voyait l’histoire et le personnage de la même façon. Elle était carrément d’accord et j’étais aux anges.

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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